‹ La comédie grecqueChapitre 65 sur 109 · Chevaliers · texte numérisé non relu

Chevaliers

'■]. IIM., 296.

face du peuple qu'il veut tromper, à un rival de popularité et de bassesse : « Oh! tu ne me vaincras pas en flagornerie ^ »? Cléon, à supposer qu'il eût été effectivement corroyeur, se souvenait-il tellement de son premier métier, que tous ses discours sentissent le cuir? Et ces métaphores de « complots ressemelés % je te tannerai la peau ^ et autres semblables qui reviennent sans cesse dans ses propos, sont-elles du personnage ou du pamphlétaire dramatique?

Prenez Euripide, prenez Socrate; ils ne sont pas moins faux et moins fantastiques que Cléon. Mais si Cléon, Socrate, Euripide, Lanaachos, Agathon, en un mot tous les personnages réels ou fictifs mis en scène par Aristophane, ne sont au point de vue dramatique que des pantins qui gesticulent, grimacent et gambadent, et qui, agités d'un mouvement factice et tout extérieur, obéissent au fil que le poète tient dans sa main et non aux lois de la nature, ils sont parfaitement appropriés à la fin que poursuit le pamphlétaire en les traînant sur le théâtre. Types grotesques d'une classe d'hommes, ils entrent en quelque sorte comme arguments dans la thèse qu'il s'est proposé de démontrer. Par leurs masques, par leur accoutrement, par leurs actions, par leurs paroles, ils prouvent : Cléon, que la démocratie est le régime des gredins impudents; Socrate, que la philosophie n'est qu'une sophistique, mère de tous les désordres et de tous les vices ; Euripide, que la fausse poésie est un fléau pour les mœurs publiques. Ne leur demandez pas d'être vrais, naturels, vivants ; comme types abstraits ou comme sim-

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