‹ La comédie grecqueChapitre 66 sur 109 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

pies concepts de l'esprit ou de la fantaisie, ils se plient plus commodément au but du poète politique. Ne leur demandez pas de ne pas se prendre eux-mêmes, contre toute vraisemblance, pour plastron de leurs ironies et de leurs bouffonneries; pourvu qu'ils se montrent bien odieux et bien ridicules, et qu'ils fassent rire de la cause qu'ils représentent et que le poète attaque, ils ont joué leur rôle, et l'auteur a fait son œuvre, qui est bien plus satirique que comique. Ne leur demandez pas davantage d'être conséquents avec eux-mêmes; à quoi bon? Gela pourrait faire tort à la conclusion politique de la comédie. Si le bon vieux Démos était nécessairement un imbécile, jouet prédestiné des corroyeurs et des charcutiers hâbleurs, il ne pourrait être ramené à cet heureux temps où il ne prenait ses chefs que parmi les Eupatrides. Sa duperie se changera à la fm en rouerie machiavélique K L'auteur comique d'ailleurs, en vrai orateur qu'il était, ne devait-il pas caresser par quelque endroit ce public qu'il flagellait avec une liberté si outrageuse, et panser d'une main les blessures qu'il faisait de l'autre à l'amour-propre? Si Philocléon dans les Guêpes est d'abord tout juge, puis tout vaurien, cela n'est-il pas conséquent à cette idée que la pire misère est de se croire souverain parce qu'on fait le mal, et que, somme toute, il vaut encore mieux être un vaurien qui s'amuse, qu'un justicier et, qu'on me passe ce barbarisme, un condamnateur de profession qui, gueux et misérable avec ses trois oboles, n'a de plaisir que dans le mal d'autrui?

1. Il dit comme Tibère et comme Vespasien : « Je les observe, tandis qu'ils volent, faisant semblant de ne pas voir, en sorte que tout ce qu'ils ont volé, je les force de le vomir en leur enfonçant un bon jugement dans la gorge. »

Je ne m'arrêterai pas à montrer que l'action, s'il y en a une dans les comédies d'Aristophane, est conçue dans les mêmes vues que les caractères ; je veux dire que, dans son étrangeté fantastique, elle a pour but principal de rendre sensible telle ou telle démonstration politique, philosophique ou littéraire. Mais le poète tient encore moins compte, si c'est possible, de la réalité et de ses conditions dans cette partie de son œuvre que dans les caractères. Sans doute, l'Ancienne Comédie représente, jusqu'à un certain point, la vie humaine et des personnages humains avec leurs vices et leurs défauts; et l'on pourrait même croire qu'elle se tient plus près de la vérité que la Comédie Nouvelle, puisqu'elle ne vit que d'actualités et qu'elle ne craint pas de mettre en scène des personnes vivantes; mais elle transporte cette réalité dans un monde où s'efface toute démarcation entre le vraisemblable et l'invraisemblable, entre le possible et l'impossible. Là, toutes les conditions de la vie sont renversées ou plutôt supprimées, et l'on ne peut poser au poète les questions où, quand, pourquoi^ comment^ par quels moyens ^? Ces questions sont bonnes, quand il s'agit du monde tel qu'il est; elles n'ont plus de sens pour le monde purement imaginaire, ou pour le monde renversé, où se joue la fantaisie d'Aristophane. L'action des Oiseaux se passe entre ciel et terre, dans les régions vaporeuses de l'air où la ville de Néphélococcygie est suspendue on ne sait comment; celle des Grenouilles voyage avec Bacchus, et, partie d'Athènes ou des environs, se fixe définitivement aux enfers; celle de la Paix est on ne sait où, à Athènes, dans les airs, aux portes de

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