‹ La comédie grecqueChapitre 67 sur 109 · Quis, quid, iibi, quibus aiixiliis, cur, quomodo, quando · texte numérisé non relu

Quis, quid, iibi, quibus aiixiliis, cur, quomodo, quando

l'Olympe, aux champs enfin, où Trygée épouse Opora *. Même les pièces dont l'action se passe dans Athènes n'ont pas Tair d'appartenir au monde réel; ici paraît un chœur de guêpes avec un long aiguillon dont « elles vous piquent en dansant et en criant et qu'elles dardent, comme une étincelle » ; là, un chœur de nuées habillées en femmes. Le chœur est-il composé de personnages humains : l'action est tellement folle qu'elle ne semble pas être davantage de ce monde sublunaire, où la folie pourtant ne manque pas. Dans quel pays un simple particulier pourrait-il faire sa paix avec l'ennemi et jouir des biens de la paix, tandis que la guerre embrase tout autour de lui? Il n'y a rien d'fmpossible ni même d'invraisemblable à ce que des femmes conspirent dans une fête qui leur est particulière, la perte d'un homme qui ne cesse de les insulter de ses épigrammes et de ses satires; mais les ruses qu'emploient Euripide et son beau-père pour parer ce coup sont tellement extravagantes et burlesques, que l'on ne se sent pas moins dépaysé que si la scène était aux enfers, à Néphélococcygie ou dans les intermondes rêvés par les philosophes. L'Ancienne Comédie se moquait donc de l'illusion dramatique autant que la recherchera la Comédie Nouvelle.

Il résulte de là une conséquence à peu près inévitable, c'est que, toute vraisemblance étant écartée, les hommes étant réduits à l'état de marionnettes, et leurs actions à l'état de caricatures bouffonnes et impossibles, il ne reste plus au poète de moyens et de ressorts pour constituer

1. Il fallait que nos théoriciens du xvii^ siècle, qui ne juraient que par Arislolc ou plutôt par Heinsius, tinssent bien peu de compte d'xVristophane pour parler d'unité d'action, de lieu et de temps, au sujet de la comédie.

une action véritable, qui ait un commencement, un milieu et une fm, un nœud, des péripéties et un dénouement. Destinée à représenter grotesquement une idée abstraite, Faction est aussi immobile que le masque des personnages; elle se réduit en général à une scène extrêmement frappante; après quoi, si on la considère selon les règles habituelles de Fart dramatique, elle semble languir malgré Tesprit et la verve plaisante du poète; et lorsque la pièce finit, on ne voit pas pourquoi elle finit, si ce n'est que le poète l'a ainsi voulu. Le chœur lui est alors d'un grand secours et lui sert de Devis ex machina; quand le poète comique s'est assez joué, le chœur coupe court à la plaisanterie en faisant quelques gambades et en entonnant une cantate sérieuse ou bouffonne, et la farce est jouée K G'eot ce dont Schlegel lui-même est forcé de convenir, malgré son enthousiasme pour l'art aristophanesque, malgré ses théories sur la fantaisie libre et sur le fantastique à toutes brides. « En général, écrit-il, l'Ancienne Comédie était exposée à se ralentir dans sa marche. Quand on commence par le merveilleux, quand on peint le monde renversé, les incidents les plus extraordinaires se présentent d'abord comme d'eux-mêmes ; mais il est impossible que cette première vivacité se sou-

1. Cependant Aristophane fait dire au chœur, dans les derniers vers des Guêpes : « Mais dansez si bon vous semble, nous ne vous imiterons pas. Conduisez-nous promptement hors de la scène "amais on n'a vu de comédie que le chœur terminât par des danses,

toOto yàp o'jôstç tïw Trâpoç ôéôpaxsv

'Op^ou[JL£vov oaït; àuYjXXa^ev '■'opbv xpuycoôcôv. »

Sur quoi le scholiaste remarque que le chœur faisait son entrée, mais non sa sortie en dansant. Je n'examine pas si cette règle était absolue et si Aristophane ne l'a pas plus d'une fois enfreinte. Mais en la supposant absolue, elle ne serait pas contraire à mon assertion. Je ne dis pas que le chœur faisait sa sortie en chantant et en dansant, mais qu'il pouvait annoncer par un chant et une danse la fin de la pièce ou Texodos.

tienne, et tout paraît faible en comparaison des coups décisifs qu'avait d'abord portés la fantaisie \ »

Le poète donc, ne pouvant fournir sa carrière, est obligé de recourir à des épisodes et à des personnages épisodiques qui concourent jusqu'à un certain point à ridée principale de la pièce, mais qui n'en semblent que des dépendances accessoires qui ne développent pas l'action et qu'on pourrait supprimer sans trancher dans le vif. Les oiseaux, par exemple, ont bâti Néphélococcygie ; aussitôt se présentent des intrus qui demandent à être inscrits citoyens de la ville nouvelle et que Ton exclut impitoyablement. C'est un pauvre hère de poète tout prêt à chanter avec enthousiasme la nouvelle cité, moyennant une tunique neuve et un manteau ; c'est un devin, offrant à bon marché des oracles qui en prédisent la prospérité; c'est Méton, le géomètre, qui vient arpenter les brouillards et la capitale de la gent ailée; c'est un crieur de décrets qui tient boutique de fausses lois; c'est Ginésias, le poète dithyrambique, aux expressions vides et par delà les nues; c'est un délateur qui voudrait une bonne paire d'ailes pour pratiquer plus facilement son honnête métier en volant d'un lieu à un autre, etc. Retranchez ces scènes, d'ailleurs très spirituelles et très vives, et l'action de la comédie" gagnera plutôt que d'y perdre.

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