Cours de Littérature dramatique, leç. VII
2. Quand cette action continue vraiment, comme dans les Oiseaux, après cette exhibition de personnages épisodiques. La plupart du teraps^ lorsque ces scènes se produisent, l'action est achevée; elles ne l'arrêtent donc pas; elles en prolongent les conséquences. Mais dans les Oiseaux ces scènes épisodiques arrêtent franchement l'action, qui ne se termine qu'au moment où la gent volatile obtient Basileia pour épouse de son conseiller et conducteur Pisthétairos. Toutes les scènes satiriques que le poète a mises entre le passage d'Iris par le domaine des oiseaux et l'ambassade envoyée par les Dieux, sont, au point de vue dramatique, complètement inutiles. L'action des Oiseaicx gagnerait merveilleusement à
C'est ainsi encore qu'à la fin de la Paix nous voyons paraître le chresmologue ou devin Hiéroclès, qui voudrait bien prendre part aux festins de la paix, après avoir poussé à la guerre ; puis le fabricant de faux, qui se réjouit, tandis que le marchand de panaches et les faiseurs de casques et de lances gémissent de toutes leurs forces; le fils de Lamachos, qui chante la guerre, et celui de Gléonyme, qui ne sait chanter que la lâcheté. On pourrait montrer le même procédé dans les Acharniens, dans les Femmes à rassemblée; il fait les frais de la plus grande partie du Ploiitos. A la place d'une action bien conduite nous avons des épisodes décousus; à la place d'une comédie qui marche et se développe, une comédie à tiroir; et c'était une nécessité du genre.
Mais était-ce une nécessité logique ou une simple fatalité, comme semble le dire Schlegel dans son explication? Si l'on ne voit que fantaisie dans l'Ancienne Comédie, comme sont trop portés à le faire les critiques depuis Schlegel, on doit rigoureusement arriver à cette conclusion, qui leur est pourtant si antipathique, que cette comédie, quelque esprit qu'on y dépensât, n'était qu'une forme primitive et la plus vulgaire de l'art; car une comédie à tiroir, suite de scènes décousues et qui ne s'engendrent pas les unes les autres, n'est qu'un embryon dramatique, si on la compare à la comédie fondée sur une fable suivie et bien déduite. Mais les pièces d'Aristophane ne sont rien moins que des fantaisies. Toutes, à part les Oiseaux ^Qwi-èiMQ, dont il n'est pas facile de saisir le sens
leur suppression, si cette action, comme j'espère l'établir, a pour but de mettre en lumière cette vérité que la conquête est funeste au peuple conquérant, qui travaille non pour lui-même, mais pour un tyran futur.
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général, ont pour but de démontrer quelque vérité et de réfuter l'erreur opposée. Lorsqu'on les considère à ce point de vue, leur construction n'a plus rien qui étonne, ne présente plus rien que l'art le plus fin ne puisse avouer; car il ne suffit pas de mettre en lumière, par quelques scènes vives et piquantes, Tabsurdité réelle ou apparente de la thèse que l'on attaque; il faut encore en faire sentir les conséquences funestes ou ridicules. C'est à cela que servent les scènes épisodiques par lesquelles se terminent plusieurs comédies d'Aristophane. Vous qui vous érigez en réformateurs radicaux de la société, vous vous figurez peut-être que tout irait bien mieux si toutes choses étaient communes à tous. Vous demandez la communauté des biens, méditez ce dialogue : « Apporter ses biens à la masse, quelle folie! Je n'ai pas si peu de sens. Non, non, je veux d'abord examiner et calculer à loisir. Je ne serai pas assez sot pour me dépouiller, si ce n'est à bon escient, du fruit de mes sueurs et de mes épargnes. Voyons comment les choses tourneront. Hé! l'ami, que signifie cet amas de meubles? Est-ce que tu déménages, ou vas-tu mettre en gage ton mobilier? — Non, mais, suivant la loi qui a été votée, je vais porter ces objets sur la place publique pour en faire don à l'État. — Ah bah?
— Sans doute. — Ah! Jupiter sauveur, le malheureux!
— Gomment? — Gomment? c'est bien clair. — Et ne fautil pas obéir aux lois? — A quelles lois, mon pauvre ami?
— A celles qui ont été votées. — Votées? Es-tu fou? — Je suis fou? — Oh! tu es l'imbécile par excellence. — Parce que j'exécute la loi? N'est-ce pas le premier devoir de l'honnête homme? — Dis plutôt du niais... Vraiment tu vas porter tout cela en commun? — Sans doute. — Quelle folie! Ne pas attendre ce que feront les autres, et
ensuite... — Eh bien! ensuite? — Attendre et remettre encore. — Pourquoi ? — Qu'il survienne un tremblement de terre ou un coup de foudre de mauvais augure, qu'une belette traverse la rue, et nul n'apportera plus rien, idiot. — Ce serait une belle affaire, si je ne trouvais plus de place où déposer cela. — Grains plutôt de ne pas le retrouver. Mais pour le déposer, sois tranquille, il y aura toujours de la place, fût-ce dans un mois. » Voilà un ennemi décidé de la communauté des biens, mais le héraut appelle les citoyens au repas commun : « Oui, j'irai, pourquoi tarder? La république l'ordonne. — Et 'OÙ vas-tu, puisque tu n'as pas déposé ce que tu possèdes. — Au banquet. — Mais si les femmes ont du sens, elles exigeront d'abord que tu déposes ton bien. — Oh ! je le déposerai. — Quand? — Ce n'est pas moi qui tarderai. — Gomment? — Il y en aura de moins pressés que moi. — En attendant , tu vas dîner. — Que faire? L'homme de sens doit prêter son concours à l'État K »
Peut-on faire sentir d'une manière plus saisissante que les derniers au travail et au sacrifice pour le bien commun seront les premiers à user et abuser des bénéfices de la communauté? Vous songez aussi, grands législateurs qui portez barbe, à faire disparaître les abus et les incommodités du mariage en décrétant que les femmes seront communes. Mais prenez garde, il faudra, si vous voulez être équitables, ajouter à votre loi ce second article que les hommes seront communs à toutes les femmes. Si cela vous agrée, je vous conseille de lire dans Aristophane la scène où deux vieilles disputent un jeune homme à une fillette qui lui plaît; peut-être trouverez-