‹ La comédie grecqueChapitre 7 sur 109 · Hermès, IX, p. 319 et sq. \j^\J^J · texte numérisé non relu

Hermès, IX, p. 319 et sq. \j^\J^J

n LA COMÉDIE GRECQUE

listes sur'Carpentrasou Brive-la-Gaillarde, et sur les bons tours que tel ou tel de leurs personnages ?e vante d'avoir joués dans ces petites villes, qu'il y a un genre de comédie particulier à Brive-la-Gaillarde ou à Garpentras.

On comprend de reste que les exemples dont je viens de me servir pour me faire mieux entendre de mes lecteurs français, ne sont pas ceux qu'emploie 1 erudit allemand. Il prend un tour plus savant; il rapproche de Terreur qu'il attribue aux grammairiens d'Alexandrie une erreur analogue commise par les grammairiens de Rome, reproduite par certains historiens, accrue encore par les polygraphes grecs. Ne se sont-ils pas avisés de faire venir l'atellane à Rome de la petite ville osco-campanienne d'AtellaSet même de supposer qu'elle fut primitivement écrite et jouée en osque % sans doule pour être mieux entendue des Romains qui ne savaient pas cette langue? « Dans le Latium, dit Willamowitz, il y avait un genre de farces populaires qui montrait au brave paysan et bourgeois latin, sous une caricature comique, toutes les petites misères éternellement vieilles et éternellement jeunes de sa vie journalière. Mais l'amour-propre national et, dans le Latium, probablement la police aussi ne souffrait point que l'existence propre (de la nation)

1. C'est bien ce que semble dire Tile-Livc dans le passage classique de son VII^ livre, cli. n, sur réta'ilisseuieiit des jeux scéniques à Rome : u Quod genus {id est fabcUas atellanas) ab Oscis acceptum tenuit juventus {Romana), nec ab hislrionibus poilui passa est ». — Tout classique qu'il est, ce passage, à en croire Mommsen, est cousu d'imaginations vaines et de méprises.

2. Quoique les Osqucs aient disparu [comme nation), lisons-nous dans Strabon, leur idiome s'est conservé parmi les Romains, à ce point que certains poèmes en cotte langue sont produits sur la scène et représentés dans certains Jeux qu'ils tiennent de leurs ancêtres. Twv yàp "Oaxwv èxXeXotuoTtov yj StaXsxxo; (Jiévsi Tiapà xoî; 'Pti)|xaîoiç, wœte y.at TiotïjjxaTa «rxrjvooaxsTaOat xaTci x'.va àywva Tîixp'.ov xai |xi[j.o),oY£ta6a'. (liv. l\. ch. iv).

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fût portée directement sur la scène, ce qui eût blessé le respect qui lui était dû. C'est pourquoi la scène stéréotypée fut placée dans la petite ville osque d'Atella, ville ennemie et d'ailleurs détruite de la frontière campanosamnite. Là-dessus arrivent les historiens de la littérature qui proclament ce fait remarquable que la farce latine avait son origine véritable chez les Osques, à Atella, et même qu'elle avait été jouée d'abord en osque à Rome. Nous n'avons même pas besoin d'affirmer que la comédie de Mégare est l'Atellane d'Athènes ^ »

l. Hennés, t. IX, p. 331. Quoique comparaison ne soit pas raison, je ne fais pourtant aucune difficulté d'avouer que ce rapprochement de l'Atellane et de la comédie mégarique serait d'im grand poids dans la question, si les assertions de Willamowitz sur l'Atellane étaient fermement établies. Or je ne connais d'essai de démonstration sur ce point qu'unmot de Mommsen {Hist. rom., t. IV, ch. xni) auquel se contentent de renvoyer tous ceux qui rejettent la vieille tradition sur l'Atellane. Je laisse aux lecteurs à juger si cette note est bien probante. « Les erreurs, depuis des siècles, fourmillent à propos de l'Atellane. On rejette actuellement partout, et avec raison, l'indication mensongère des chroniqueurs grecs que l'Atellane aurait été jouée à Rome en langue osque; et pour peu que l'on y regarde, il ne paraît pas moins inadmissible que ce genre, né dans le Latium [mais cest ce qui est en question) et s'inspiranl de la vie rurale ej, urbaine du Latium, se soit jamais, en quoi que ce soit, rattaché à la nationalité osque. Il est une autre explication à donner de ce litre de « jeux d'Atella ». On avait besoin d'une mise en scène nouvelle pour la farce latine, avec ses personnages et ses plaisanteries stéréotypés; toujours il faut une capitale à la folie et à ses grotesques. Or la police du théâtre romain ne permettait pas de placer la scène dans l'une de& cités romaines ou des cités latines eu simple alliance avec Rome, bien que la togata eût obtenu droit de domicile chez ces dernières. Mais Atella, qui partagea le sort de Capoue et n'eut plus d'existence légale à partir de 543, n'en continua pas moins d'exister à titre de village habité par des paysans romains et convenait parfaitement à la désignation scénique. {Mais VAtellane n'est-elle née qu'après 543?) Ce qui prouve l'exactitude de nos conjectures, c'est que d'autres farces avaient aussi élu domicile dans d'autres villes de langue latine qui n'existaient plus ou n'avaient plus d'existence civique. Nous citerons les Campaniens de Pomponius,. peut-être aussi ses Adelphcs et ses Quinquatrus dont la scène était à Capoue, et encore les Soldats Pométiens de Novius, dont la scène était à Sucssa )^om{t[\ii. {Mais ces quatre pièces sont des Atellanes et non des Capuanes et des Pométianes.) Au contraire, l'Atellane ne hante jamais une ville qui soit debout : ce serait faire injure à celle-ci. La vraie patrie de l'Atellane est donc le Latium; sa localisation poétique et scénique est le

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Qu'est-il besoin après cela de parler des auteurs qui auraient travaillé dans ce genre? Les Susarion, les Evétès, les Euxénidès, les Myllos et les Méson, cités par les grammairiens et par les compilateurs des' bas âges de la littérature grecque, et dont ils font (tant ils sont peu sûrs^ de ce qu'ils débitent!) tantôt des comiques de Mégare, tantôt des comiques d'Athènes, ne sont pas moins problématiques quant à leur existence, que la comédie mégarique elle-même. Les trois ou quatre vers qu'on cite de Susarion sont certainement apocrj'phes, même au dire des anciens. Des autres poètes, on ne nous fait connaître que les noms. Pas un vers, pas une indication de scène ou de personnage, pas même le titre d'une pièce : silence étrange, si l'on fait réflexion que la comédie mégarique aurait duré plus d'un siècle.

Il faut abandonner, je crois, à la critique négative de M. Wil\amowitz les Susarion, les Myllos et autres. S'ils ne sont pas de simples fantômes créés par une érudition fausse * pour combler les vides de l'histoire littéraire, ils ne valent pas beaucoup mieux pour nous, puisque

pays osque; mais elle n'a rien de commun avec la nation osque. » Hypothèse ingénieuse; mais où sont les preuves? Appuyer sur cette hypothèse la thèse hypothétique de la non-existence de la' comédie mégariennc. n'est-ce pas ce que les logiciens appellent « demonstrare obscurum, si non per obs^curius, at certe per obscurum »?

1. Pour Myllos, cela ne paraît faire aucune difficulté. Rencontrant dans Gratinos déjà le proverbe irâvr' àvtousi ô MuX).b; et ne sachant quel était ce Myllos, les grammairiens n'ont rien imaginé de mieux que de supposer que c'était un poète comme ceux de l'ancienne comédie qui se chargeaient de faire la police de la cité (uavr' àxoyei). 11 est plus malaisé de s'expliquer ce qui a pu faire inventer les autres. Car il y avait toujours une raison quelconque aux imaginations les plus fantastiques et les plus bourrues des grammairiens. Or d'un côté il ne parait pas qu'ils en aient su plus long que nous sur ces poètes; ce qui veut dfre qu'ils n'en savaient rien. Et d'un autre côté on ne trouve dans les parties composantes des noms de Susarion, d'Evétès, etc., rien de bien significatif ni qui se rapporte à l'histoire de la comédie.

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nous ne'savons absolument rien de leur personne ni «le leurs a3uvres : de sorte qu'il est aussi difficile de prouver que de réfuter leur existence. Ils sont donc connue un terme négligeable et nul dans la question des origines de la comédie. Il faut, de plus, accorder à Willamowitz que tous les textes qu'on produit des comiques athéniens en faveur de l'existence de la comédie dorienne de Mégare, peuvent bien susciter l'idée de l'existence de cette comédie, mais ne la démontrent pas invinciblement. Car les citations d'Aristophane, de Philonidès, d'Eupolis, s'expliquent aussi bien dans l'hypothèse de Willamowitz que dans Tancienne tradition. Une seule me paraît résister à l'interprétation nouvelle, je veux parler du texte d'Ecphantidès. De quelque manière qu'on le constitue, il faut ou le tourner par des subtilités vaines, ou le rejeter comme inauthentique, si Ton ne veut pas y voir ce qu'il dit réellement. Soit que l'auteur dise par la bouche d'un de ses personnages qu'il ferait bien entendre un air de la comédie mégarique s'il ne craignait de paraître donner un drame à la façon de Mégare, soit qu'il déclare qu'il est fatigué de voir représenter des comédies dans le goût des Mégariens, et qu'il veut éviter pour sa part d'en faire dans ce goût, il témoigne, dans un cas comme dans l'autre, de l'existence d'une comédie telle quelle à Mégare. Néanmoins le texte des vers d'Ecphantidès est trop mal assuré pour servir de fondement à une démonstration.

Mais la brève notice d'Aristote sur les origines et la formation de la comédie et sur les disputes auxquelles la question de priorité d'invention donnait lieu, est d'une clarté comme d'une autorité incontestable. Aux Athéniens qui s'attribuaient volontiers non seulement la supé-

riorité de génie, mais encore la priorité d'invention dans tout Tart dramatique, les Mégariens de la Grèce, par la bouche de savants inconnus, opposaient comme réponse que la comédie florissait dans leur ville avant de bégayer à Athènes avec Ghionidès et ses devanciers. Ils alléguaient à l'appui de leurs prétentions cette raison, sur laquelle nous aurons à revenir, que la démocratie régnait alors chez eux (w? sul t-?;? Tiap' auToIç OYijj.oxpaTia; Y£VO{i.£VT,ç) : ce qui fixe approximativement la date et la nature de leur comédie. Quant aux Mégariens de Sicile, qui prétendaient aussi à une priorité sur le théâtre d'Athènes, ils citaient le poète Épicharme, Sicilien, antérieur aux Athéniens Ghionidès et Magnés ^ « G'est pour cela, dit Aspasios dans son Commentaire sur l'Éthique à Nicomaque, que les Mégariens paraissent évidemment être les inventeurs de la comédie ^ » Mais ces prétentions auraient été absurdes et Aristote n'aurait pas manqué d'en marquer par un mot l'extravagance, si l'on avait pu soupçonner qu'elles étaient dénuées de tout fondement, parce que les Mégariens n'avaient jamais eu de comédie. Loin de là, Tauteur de la Poétique les cite comme plausibles, ainsi que les raisons tirées, soit des faits politiques, soit de certaines étymologies, qu'on invoquait à l'appui ; et non seulement il les cite, mais, sans les prendre expressément à son compte, il les confirme en partie, en faisant remarquer que ce fut Phormis et Épicharme qui introduisirent les premiers la fable comique, et en déclarant nettement que cette partie de l'art est d'origine sicilienne '. Aristote avait si peu de

1. J'ai cité tout au long le texte d'Arislote en le traduisant dans ce chapitre même, p. 5.

2. Aeîxvuxat yàp èx xo-j-rtov oxt Mtyapr,^ xr,!; xto[JL(oôta; eOpixai {Com. sur VÉth. à Nie, liv. IV, cli. ii).

3. Ce qui revient à dire qu'elle est d'origine mégarique, Épicharme

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doute sur la réalité de la comédie mégarique que, voulant dans son Éthique à Nicomaque donner un exemple du faste ridicule, il cite un chorège (Athénien) qui, dans le passage par où le chœur faisait son entrée, ferait tendre des voiles de pourpre comme les Mégariens (oiov xal xwp-tooolç yop'/^ycov sv t/j Ttapcioo) —opcp'jpav slo-cpspojv coo-— sp ol MsYaprjç). Car, ainsi que le remarque Aspasios, la coutume était de tendre ce passage de peaux, et non d'étoffes de pourpre. C'était donc du faste, quelque chose de contraire à la bienséance et de froid (c'est-à-dire d'inepte: car le froid est identique à l'ineptie dans le langage des Grecs), que de faire mal à propos étalage de riches étoffes en pareil cas; et cette ineptie était digne des Mégariens et de leur théâtre. Tout cela suppose que la comédie mégarique n'est pas une fiction née de la méprise des grammairiens, interprétant mal les plaisanteries des comiques d'Athènes contre leurs voisins de Mégare. Si méprise il y a, c'est Aristote qui en est le premier coupable. Mais on peut dire, sans faire injure aux savants de l'Allemagne, que l'autorité d'Aristote pèse un peu plus que leur érudition et leurs raisonnements. Il avait des moyens d'information qu'ils n'ont pas; et l'on sait quel usage judicieux et fécond il savait en faire, notamment en ce qui concerne le théâtre. Il avait recueilli tout ce qu'on pouvait en savoir, et nous sommes heureux aujourd'hui, lorsque nous rencontrons çà et là quelques miettes de ses Didascalies ^ ou même des ouvrages analogues, qu'Ératosthène et d^autres savants d'Alexandrie avaient faits à son exemple. Il est vrai que M. Willamowitz n'a

n'ayant fait que perfectionner la comédie qu'il trouva à Mégare (de Sicile), laquelle la tenait elle-même de sa métropole, la Mégare de Grèce.

pas le mauvais goût crestimer trop peu Aristote, ni l'audace commode d'écarter les textes qui pourraient le gêner, en les déclarant apocryphes ou interpolés. 11 s'incline avec vénération devant le génie du philosophe et lui accorde même dans l'histoire littéraire une sorte (( d'infaillibilité * » qu'il ne faut attribuer à personne. Mais c'est un respect quelque peu platonique, ce me semble. Au lieu d'accepter purement et simplement les textes de la Poétique, ou de les expliquer d'une manière nouvelle et de montrer en quoi ils ne signifient pas ce qu'on leur fait dire, il tourne tout autour et, définitivement, les écarte tout doucement et sans examen, sans doute parce qu'ils lui paraissent usés jusqu'à la corde (todtgehezten), à force d'être cités. Mais usés ou non, ils sont les seuls renseignements précis sur les origines de la comédie grecque et semblent bien, quoi qu'en dise le savant critique, supposer l'existence d'une comédie raégarique.

Nous ne reviendrons pas sur le chapitre m, § 3 ni sur le chapitre -v de la Poétique; nous croyons en avoir suffisamment expliqué le sens et la portée. Mais il est bon, pour faire saisir l'artifice du critique, d'examiner rapidement deux particularités dont il abuse et tire habilement parti pour obscurcir et infirmer ce qui, dans ces textes, pourrait être contraire à sa thèse. D'abord la courte notice du chapitre v est assez confuse. L'auteur annonce qu'il va parler des origines et des transformations progressives de la comédie grecque, et la majeure partie de ce passage si bref est uniquement consacrée à la comédie ' attique. Ensuite, dans tout ce qu'il dit de la comédie, il

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