‹ La comédie grecqueChapitre 70 sur 109 · Nuées, V · texte numérisé non relu

Nuées, V

qu'elles conseillent très sérieusement à Strepsiadc de se livrer à Socrate et à la sophistique, et d'apprendre l'argument de l'injuste, afin de gagner toutes les causes les plus contraires à la justice. Puis, elles font tout à coup volte-face, au moment décisif, quand le Juste et l'Injuste se disputent Phidippide, qui a enfm consenti à prendre la place de son père dans le pensoir des philosophes. « Qu'elle est belle, élevée, illustre, cette sagesse que tu pratiques! s'écrie le chœur après le discours du Juste. Quel doux parfum d'honnêteté exhalent tes paroles! Heureux les hommes d'autrefois, qui vivaient quand tu fus en honneur M » On ne s'attendait guère à cette exclamation dans la bouche des Nuées, mères et divinités des sentences bien aiguisées, des raisonnnements captieux et de tous les charlatans qui ne vivent que de sophisme et de mensonge. Mais, dans tout le reste de la pièce, les Nuées ne tiennent plus d'autre langage. « Où mène la passion du mal? disent-elles de Strepsiade tout triomphant de l'habileté malsaine de son fils. Voilà un vieillard pervers qui veut frustrer ses créanciers; mais il ne peut manquer de lui arriver quelque aventure qui punira bientôt ce fourbe de ses honteux projets ^ » Et lorsque, rossé par Phidippide, qui lui prouve en règle qu'il a droit de le battre, Strepsiade accuse les Nuées de son malheur : « Toi seul en es la cause, lui répondent-elles, parce que tu as suivi la voie du mal. — Que ne me le disiez-vous alors, au lieu d'exciter un pauvre vieillard ignorant? — Nous agissons toujours ainsi quand nous voyons un homme se passionner pour le mal; nous le

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