DEBUTS D'ARISTOPHANE : LES DETALIENS, LES BABYLONIENS
LES ACHARNIENS
Insuffisance et insignifiance des biographies anciennes d'Aristophane. — Les Délaliens : opposition de l'éducation ancienne et de la nouvelle. — Impossibilité d'en retrouver la fable. — Indication d'une scène entre le Détalien et son fils, élève des sophistes et des orateurs : singularirités de cette scène et contradiction des préjugés et du tour d'esprit du poète. — Les Babyloniens : sujet probable de la pièce; conjecture et rapprochement avec une scène des *Acharniens. — Contre qui fut portée par Cléon l'accusation d'sta-ayYeXiaç ou de haute trahison? — Les Acharniens. — Explication historique : i° du personnage de Dicaeopolis; 2° du chœur des paysans d'Acharnés. — Remarquable composition de la pièce comme pamphlet; négligence et décousu de la composition dramatique. — Gaieté et verve ne se ralentissant jamais. — Supériorité d'Aristophane, dès cette pièce, comme pamphlétaire dramatique.
Il y a dans Tesprit d'Aristophane un tel mélange de liberté et d'attachement aux préjugés antiques, de lumière et d'ombre, que l'on voudrait connaître l'homme et les particularités les plus caractéristiques de sa vie pour se rendre compte de ces contradictions et de ces violents contrastes. Mais on doit se résigner à savoir seulement qu'il était d'une riche famille et chevalier. Les trois biographies que nous possédons, l'anonyme ', celle de Suidas
1. Je ne compte pas la seconde biographie anonyme tirée d'un manuscrit de Venise. C'est une autre version de la première légèrement modilice dans les termes, la même quant au fond. — Mais à ces trois biogra-
et celle de Thomas Magister, ne nous apprennent rien; elles ne contiennent même pas de ces contes ingénieux, plus vrais parfois que l'histoire , dont se compose en grande partie la biographie des trois maîtres de la scène tragique. Rien sur ses parents ; rien sur son éducation et sa jeunesse; rien sur ses rapports avec les hétairies et sur l'esprit des ces confréries politiques. Cruelle ironie du sort contre celui qui a jeté le nom d'étrangers et d'intrus à tant de ses concitoyens : c'est à peine si, d'après ces sèches biographies, on pourrait affirmer qu'il fût lui-même Athénien de race. Fils d'un certain Philippe qui ne nous est pas autrement connu, Aristophane, né vers la 82« olympiade (452 av. J.-C), était pourtant bien d'Athènes ou de l'Attique, du dême de Kydiathéné, et de la tribu Pandionide. Ceux qui le font Éginète, Rhodien, même Égyptien \ et qui lui donnent pour mère une esclave % prennent pour des documents historiques les calomnies de ses adversaires politiques ou des poètes comiques, ses rivaux ^ Il paraît bien qu'il alla vers 430 en qualité de ciéruque ou de colon dans l'île d'Égine, enlevée à ses habitants. Ce fait que mentionnait un historien d'Égine, cité par un scholiaste de Platon S semble confirmé par la parabase des Acharniens, que nous aurons bientôt l'occasion de
phies, on peut ajouter une brève notice tirée du scholiaste de V Apologie de Platon.
1. Éginète, d'après l'anonyme; de Kamiros ou de Lindos dans l'île de Rhodes, d'après Suidas; Égyptien, d'après le scholiaste des Nuées (au vers 372), qui répèle un certain Héliodore, savant athénien, lequel le faisait naître à Naucratis (Athénée, VI, 16).