Ttvèç 5s aùxbv xai àuôôouXov t(7Topr|xacri (Suidas
3. L'auteur de la biographie anonyme d'Aristophane a flairé le rapport de ces sottes traditions avec l'accusation de ^îvîaî que Gléon intenta au poète : toç \ivov 6'a-jTov k'Xsye (KXéwv) uapôaov o\ |jl£v aûvôv çaaiv sivai
TdSiov Quant aux dilTérents pays où on le fait naître, excepté Égine,
ce sont peut-être ceux où Philippe avait fait le commerce.
4. KaTsxX-^pwas Vi xai xV Alyivav, wç Beoylvr,? çr,7iv èv iîù Trep'i Atyivr,;-
DÉBUTS D'ARlSÏOPHAxNE 295
citer. Quoiqu'il fût engagé dans un parti politique qui, deux fois, s'empara violemment du pouvoir, la vie d'Aristophane paraît avoir été toute littéraire : elle se passa à écrire de poétiques pamphlets et ne fut militante que comme celle d'un journaliste, qui serait et resterait uniquement journaliste. Son histoire se confond donc avec celle de ses comédies.
Aristophane débuta de bonne heure au théâtre, non pas presque enfant, comme le dit avec une évidente exagération le scholiaste des GrenouHles\ mais entre vingtquatre et vingt-cinq ans, en 427. Soit par timidité et par précaution, soit pour se conformer à une loi formelle ou plutôt à la coutume régnante, il ne présenta pas d'abord ses comédies sous son nom. Il les fit paraître par l'intermédiaire de deux de ses amis, Philonidès et Gallistrate, à la fois poètes et acteurs, qui continuèrent plus tard à être ses interprètes favoris, Gallistrate jouant, si l'on en croit la tradition % ses pièces politiques, et Philonidès celles qui se rapportaient à la vie privée. « D'abord, dit-il dans sa parabase des Guêpes, le poète s'était tenu dans l'ombre et avait prêté secrètement son secours à d'autres poètes : semblable au génie prophétique d'Euryclès, qui se cachait dans son ventre, il se glissa dans l'esprit d'autrui et lui souffla beaucoup de traits comiques. Ce ne fut
1. S^eBov (xetpaxîaxoc;. Thomas Magisler se contente de dire èv véa xo- {xiÔTi TY) YjXiyîa.
2. Aristophane eut au moins un troisième interprète, xVpoUodore, qui joua la Paix (Ilyp., I). — Quant à la distribution des rôles entre Callistratos et Philonidès, j'ai suivi, avec tous les critiques, l'indication des Prol. de Corn., III. L'auteur anonyme de la vie d'Aristophane donne au contraire les pièces politiques à Philonidès, celles qui se rapportent à la vie privée à Callistratos. C'est probablement une erreur de copiste. Les deux auteurs paraissent bien puiser à la môme source. 11 faut donc les corrif^erl'un par l'autre, et le second par le premier, comme a fait Clinton {Fasti hell., t. I, p. 75). Les didascdlies, qui nous sont parvenues, s'accordent avec les Prolégomènes.
que plus tard qu'il courut pour son propre compte, à visage découvert, les chances du théâtre » (v. 1018-1021). Il avait dit à peu près la même chose dans la parabase des Nuées, en ajoutant que ces premiers essais furent accueillis favorablement du public : « Vierge encore \ ma Muse n'avait pas encore atteint Tàge légal de la maternité. Elle dut exposer son premier-né qu'une autre recueillit et qui a grandi sous votre bienveillante tutelle » (530-532).
La première œuvre d'Aristophane, donnée au théâtre en 427 (ol. 88, 1), était intitulée les Bélaliens, c'est-à-dire les invités ou convives sacrés ou les parasites du Dieu ^; et le Dieu ici était Hercule. Il me paraît fort difficile de se faire une idée de la fable de cette comédie. Je voudrais" pouvoir dire, avec le savant auteur de V Histoire de la critique chez les Grecs, que « la scène ouvrait par un banquet dans le temple d'Hercule, où l'on voyait réunis selon l'usage les Détaliens; qu'à la fin du repas l'archonte leur donnait le spectacle d'une comédie, sorte de fiction que le poète paraît avoir renouvelée plus tard dans d'au-
J. Mot à mot : « J'étais encore une vierge, et il ne m'était pas permis d'enfanter « : ce qui semble indiquer une loi. Mais Aristophane, lors même qu'il n'eût voulu parler que d'une coutume, aurait pu employer le même langage. Rien ne prouve qu'il y ait eu une loi formelle, interdisant de présenter des comédies avant tel âge. Les scholiastes qui parlent de cette loi à plusieurs reprises en savent si peu de chose qu'ils mettent cet âge légal tantôt à trente, tantôt à quarante ans. Ce qui me paraît probable, c'est que l'archonte, qui disposait à peu près souverainement du chœur, n'en donnait qu'à des hommes parvenus à l'âge politique, c'est-à-dire à l'âge où l'on pouvait prendre la parole dans les assemblées, que cela était devenu une tradition, une coutume ayant force de loi. C'était une espèce de pro'cédure dramatique fondée sur l'usage et non sur la loi écrite.
2. La traduction française de V Histoire de la littérature grecque d'Ol. Millier porte les Mangeurs^ ce qui me parait un contresens. J'en dis autant du litre de Viveurs que M. E. Burnouf donne à cette pièce. Car il ne s'agit ici ni de mangeurs quelconques ou de gloutons, ni de viveurs, mais des parasites qui prenaient part aux repas sacrés : les Détaliens étaient les parasites d'Hercule.
très pièces, et qui rappelle une tragédie célèbre de notre ancien théâtre, le Saint-Ge?îest de Roirou. ». Malheureusement les fragments qui nous restent de cette œuvre d'Aristophane n'indiquent rien de pareil. Il serait bien extraordinaire, vu la constitution habituelle du drame aristophanesque, que le chœur eût été en scène dès l'ouverture de la pièce K De plus, l'auteur avait-il recours pour remplir son action comique à « quelque Hercule ivrogne et glouton, à des esclaves menteurs et fripons roués de coups par leurs maîtres, et à tout cet appareil de basse bouffonnerie qui charmait les auditeurs de Magnés et de Gratines » ? Un mot du scholiaste des Guêpes pourrait donner lieu à cette supposition, du moins au sujet d'Hercule. « Dans les drames antérieurs à celui-ci, lisons-nous dans ce scholiaste, il a été déjà dit beaucoup de choses sur la voracité insatiable d'Hercule », si l'on entend les mots « èv toIç t^^^o toutou » des comédies d'Aristophane et non, ce que je crois plus vrai, des explications ou exégèses sur ces comédies ^
Mais s'il me paraît impossible de retrouver la fable et les incidents épisodiques des Détaliem, certaines paroles
1. Prologue, partie chorale, épisode, exode ou sortie, telles sont, d'après les grammairiens et d'après les pièces d'Aristophane qui nous sont parvenues, les parties constitutives de l'Ancienne Comédie. Dans l'hypothèse que je rejette, le prologue eût manqué aux Dctaliens. Il est vrai qu'il manque aussi aux Suppliantes d'Eschyle. Mais c'est l'unique pièce, tragédie ou comédie, où cette particularité se rencontre.
2. Cette scholie (v. 60 des Guêpes) : èv xoiç orpo toutou... 7ro).)>à TipoEÎprjTai, me paraît empruntée mot pour mot à un recueil plus copieux que celui que nous possédons, dans lequel l'interprète avait expliqué l'usage que les auteurs de comédies comme ceux de drames satyriques faisaient du personnage d'Hercule. Voici d'ailleurs la traduction de toute cette scholie : «■ Au sujet des pièces représentées avant celle-ci, il a été dit beaucoup de choses sur la voracité d'Hercule. On suppose pour faire rire qu'il est invité à un repas et qu'il supporte impatiemment de le voir trop lentement servir. » Remarquez que le scholiaste ne dit pas tîoisî, ni èTiotr,(ie, mais TioioOdi.
de la parabase des Nuées et quelques vers qui ont survécu à la pièce ne laissent aucun doute sur le sujet et sur l'intention finale du drame. « Je n'ai pas oublié, dit Aristophane, le jour où, dans cette enceinte, des hommes qu'on est heureux d'avoir pour auditeurs accueillirent avec tant de faveur mon jeune homme modeste, 6 o-wcppwv, et mon débauché, 6 xa-ïauuywv » (527-529). Voilà deux des personnages principaux de la pièce. Il faut y ajouter leur père, vieillard naturellement entiché de l'austérité des vieilles mœurs et n'estimant que l'antique éducation. Le sujet du drame était par conséquent l'opposition et la lutte de l'antique éducation, sobre et modeste, et de la nouvelle, frivole, bavarde, insolente et immorale. Les Détaliens qui formaient le chœur étaient comme les juges du camp *. 11 reste dans nos fragments bien peu de chose du rôle du jeune homme vertueux, et je ne sais si l'on aurait pu avec quelque certitude rapporter à ce rôle un seul des rares vers qui nous ont été conservés, avant que Daremberg en eût découvert quelques lignes en 1852 dans les scholies hippocratiques du Vatican ^ Le débauché nous est repré-
1. Après avoir expliqué l'étymologie de AaitaXeuç, le grammairien Orion ajoute : Kat AaixaXeï; ôpàixa 'Aptaxocpàvouç, èueioï) ev lepôi 'HpaxXéouç SsmvoOrsç xa\ àvauraviec; y/jpoç èyevovTO... (p. 49, 8). « Les Détaliens, drame d'Aristophane (ainsi nommé) parce que les Détaliens soupant dans le temple d'Hercule et s'étant levés formaient le chœur. » Le participe présent ôeiTrvoOvxeç semble favoriser l'explication de M. Egger que nous avons repoussée, surtout si l'on retranche le participe aoriste àvaatavTsç, comme le fait YEtymologicum M. Mais ràvaaràvxeç d'Orion prouve que l'action commençait après et non pendant le repas. — Le père des deux jeunes gens faisait partie des Détaliens et non du chœur, exactement comme Philocréon fait partie des juges et non du chœur des Guêpes.
2. Voici ce texte retrouvé : ^o\ yàp (jocptcrjxaT' èaitv èyà) xT/)ai(iY)v oùx. eùOù; aTreoîopaaxs? ex ôiôaaxâXou. Je ne reproduirai pas les corrections proposées par Diibner, Schneidewin, WiHamowitz : on peut les voir au n» 199 des fragments d'Aristophane de Kock [Com. Grx. fr.^ p. 441). Je traduis la leçon qu'il propose : « As-tu quelcjne science des arts utiles? — J'ai cherché du moins à l'acquérir. Mais toi, tu t'es aussitôt enfui de chez le maître d'école. » 11 y avait donc une altercation entre les deux
sente dans un bout de conversation avec son père comme dédaignant Homère et en général les poètes, ces éducateurs de la Grèce, mais fort au courant du langage des légistes et zélé partisan du sophiste Thrasymaque et de l'éloquent Alcibiade, ce modèle de la jeunesse dorée d'Athènes.
Je traduis la page où Galien nous a conservé quelques débris de cette conversation, parce qu'ils nous montrent combien Aristophane était imprégné de l'esprit nouveau contre lequel ses préjugés aristocratiques se débattaient. Après avoir expliqué ce que les grammairiens appellent des gloses, « je pense, continue Galien, que des exemples tirés des Détaliens d'Aristophane vous satisferont à ce sujet.
« — Ensuite, dis-moi ce que signifie cette glose d'Homère Corymba, crie dans cette pièce un vieillard du bourg^ des Détaliens, qui propose à son fils dissolu des questions d'abord sur le sens de Corymba, puis sur celui d'aménêna karêna. A quoi celui-ci réplique en lui proposant des gloses qui se rapportent au droit et tirées des tables de Selon :
« — Eh bien! que ion cher fils^ mon frère que voici ^ dise ce que signifie idyioi.
« Il demande ensuite le sens d'opyein ^ Il est évident par ces exemples que glose signifie un vieux mot qui est passé d'usage. »
frères comme entre le père et le JSls dcbauclic. Mais il me parait fort chanceux d'y rapporter quelques vers isolés et par conséquent d'une signification dramatique fort douteuse.
1. K6p'j[jLSa signifie armure ou ornement de la proue d'un vaisseau; àfxevYjvà xâprjva, têtes débiles des morts; îoutoi, témoins; oTtuistv, violer. ^- Je ne sais pas pourquoi Kock fait de ces débris de la conversation du père et du fils un fragment distinct de ce qui suit, et les rejette au n» 222, tandis que les lignes suivantes sont au n» 108.
Puis, opposant les néologismes aux gloses, Galien continue par la citation de cette insolence :
« Tu n'es que gibier à bière [sorella), parfums et bandelettes (des morts) \ * ^' *t
« Et ie vieillard réplique d'un ton railleur : fP
« — Sorellaî vois, ce mot vient de Lysistratos ^
« Le jeune impudent reprend :
« — Mais peut-être tu seras renversé par le temps
(xaTaTcXt-yr^a-s!.).
« Et le vieillard, continuant à railler, répond :
« — KaTauXt-yv^o-st.! cela vient des maîtres d éloquence.
« Le jeune homme ajoute : ^
« — Bien! ces paroles seront mises en dépôt quelque part (aTtOxela-eTai) ^, \ff
« — C'est dWlcibiade que vient cet àTroxclo-eTat., riposte le père.
« Et le fils, ne s'arrêtant point là, dit sans respect pour le vieillard :
« Pourquoi faire des suppositions et'parler mal d hommes qui cultivent V honnêteté (xa).oxaya9£iv)?
1. Je continue à traduire Galien, au lieu de mettre les uns au bout des autres les vers conservés, comme s'ils formaient un dialogue suivi. Soit que le texte soit corrompu, soit que je l'entende mal, je n'y vois que des propos interrompus, et je n'oserais attribuer un pareil dialogue à Aristophane.
2. HopéXXï] est une traduction impertinente de Tuixéoyâptov. Aristophane l'a forgé sur le patron de TopéX^v], cri que poussaient les Thraces au son de la nûte dans les enterrements, si j'en crois Hésychios : TopéXXï) èuiçtovr][j.a OpY)vr)Ttxbv aùv aùXôj Ôpaxixôv. La racine du mot aristophanesque est aopoç, cercueil. — Lysistratos de Cholarga était sans doute un orateur afîectant les nouveaux mots et les nouvelles tournures. Il était flétri par les comiques comme perdu de mollesse et aussi comme gueux et joueur; d'où vient qu'il jeûnait plus de trente jours sur le mois. On l'avait surnommé Ghênalopex (oie-renard). Voir dans les Acharniens (855-859) de quelle manière le drape Aristophane.
3. J'adopte la conjecture de Kock dans sa note. Je n'entends pas les autres leçons.
« — Hélas! ô Thrasymaque S s'écrie le vieillard, quoi est celui de nos g,vocats qui connaît ce mot^t »
Sans doute le mot de xaXoxayaBs^v, que venait de ^ forger le jeune élève des sophistes, devait être aussi étranger, et grammaticalement et moralement, aux orateurs qu'à leur maître Thrasymaque. Car maître et disciples n^étaient aux yeux d'Aristophane que des infâmes qui n'avaient rien de commun avec le beau (xalov) ni avec le bien (àyaOov).
Après ce trait qui s'entend de lui-même, tous les autres auraient besoin de longs commentaires. J'aime mieux relever la singularité de la scène que d'entrer dans ces explications fastidieuses. Voilà un homme du bon vieux temps, discutant avec un jeune fou, partisan de la mode nouvelle. De quoi va-t-il lui parler? Du travail des champs, de l'économie, de la patience au travail, de l'obéissance aux lois, et, quand la patrie l'exige, du courage d'affronter la mort? Non. Il ne parle que de mots surannés et hors d'usage, qui prenaient déjà le nom de gloses. De même, au lieu de relever avec la dignité paternelle les impertinences de son fils, il le raille sur les nouveauté de son langage et sur les modèles qu'il imite. Les contemporains de Selon, et même ceux d'Eschyle ne s'occupaient pas beaucoup, j'imagine, de gloses et de néologismes; ils lisaient Homère et les autres poètes, sans trop se soucier de questions grammaticales, pour jouir naïvement des charmes de la poésie et pour y puiser le goût et l'habitude des sentiments héroïques. Les curio-
1. Thrasymaque ne peut être que le sophiste nommé dans le Phèdre. mis en scène dans le premier livre de la République. 11 avait fait un livre de rhétorique sur les passions.