Ailleurs il paraît être question d'un procès de ^sviai
'EÔéXw pà'l'aç upoç vautoôixaç llvov è^aîcpvY)!;
« Je veux, me rendant sur un vaisseau près des Xaidodiques, l'accuser d'être un étranger (qui a usurpé les droits de citoyen). « — Mais qu'on prête ces mots au père ou au fils, on ne les comprend pas facilenient. Car l'un, comme l'autre, s'accuserait lui-même du même coup et s'exposerait à perdre les droits de citoyen.
il n'aura pas à s'en réjouir K » Mais il est impossible de deviner les péripéties et le dénouement du drame malgré ces mots qui étaient peut-être dans la bouche du vieillard : « Non, je n'aurai pas honte de laver cet impur de toutes les souillures que je sais qui sont en lui -. »
Si Ton regrette de ne pouvoir retrouver le sens des principales scènes de la fable des Bétaliens, c'est qu'en comparant cette pièce à celle des Nuées on aurait l'avantage de suivre le progrès d'une même pensée comique dans l'esprit d'Aristophane. Car, de part et d'autre, la donnée principale du drame était l'opposition de l'ancienne éducation et de la nouvelle. Plus d'un détail avait dû passer de la première dans la seconde. Ainsi ce vers : « Chantemoi quelque scolion, tiré des poésies d'Alcée ou d'Anacréon ^, » rappelle la scène où Strepsiade demande à Phidippide de lui chanter quelque morceau d'Eschyle ou de Simonide; et il est probable que le débauché répondait à son père comme Phidippide à Strepsiade, en faisant fi des vieux poètes, en n'estimant que le moderne Euripide
1. Deux autres traces de ce procès clans les fragments : 1° un vers où il est dit que « l'hôliaste s'est glissé près de la barre »; 2<» un autre où on lit : « appelle en témoignage iEgée et Ércchthée ». Aussi je ne comprends pas très bien la note de Kock sur le fragment 201 (s'il n'obtient pas la cinquième partie) : « Itaque fratrum exspostulatio fortasse in modum litis instituta fuit. » Rien ne semble plus improbable qu'une telle supposition. Il paraît s'agir bel et bien d'un procès réel et non d'un procès fictif et par jeu comme celui du chien Labès dans les Guêpes.
2. Toutefois les mots « je n'anrai pas honte » pourraient faire supposer que ce vers était prononcé par le jeune homme vertueux, ayant la générosité de vouloir sauver son frère de ses vices et de l'opprobre. La possibilité de l'attribuer au débauché admise par Kock est bien invraisemblable. L'expression métaphorique xapr/ov que j'ai traduit par impur, mais qui pourrait se traduire par sot, imbécile, pourrait seule justifier cette interprétation. Le débauché se proposerait donc de déniaiser son frère. Mais, alors, oùx ataxuvoO[xat, oaa xaxà, aûvotSa seraient bien graves, et j'oserai ajouter bien impropres dans la bouche du KaTaTtjvwv.
3. L'éditeur d'Aristophane dans la collection Didot se trompe lorsqu'il dit qu'on rapporte ce vers aux Détaliens par une conjecture probable. Athénée le donne formellement comme tiré de celt(î pièce (XV,, 694 A).
OU les sophistes, dont Euripide a transporté si malencontreusement l'art et les subtilités dans sa poésie. Mais le poète qui avait déjà prêté à son Gatapygon Tirrespectueuse impertinence de Phidippide envers son père, lui en avait-il aussi donné Timmoralité dénaturée et avait-il rattaché intimement cette immoralité à ce qu'il attaquait surtout dans l'éducation nouvelle, je veux dire à la rhétorique ou à la sophistique? Avait-il mis en action les tristes leçons des sophistes et des rhéteurs? Ou s'était-il contenté de représenter plus en satirique qu'en comique les jeunes gens à la mode « portant des sacs de procès et des meules d'assignations », ou criant triomphalement : « Je dénonçais, exigeais qu'on crachât de l'argent, menaçais, calomniais * »? Voilà ce que nous ignorons et ce que nous apprendrai', la comparaison suivie des Détalieiis et des Nuées, dont Aristophane lui-même nous a signalé la parenté.
La seconde pièce d'Aristophane, intitulée les Babyloniens, fut représentée en 426 (ol. 88, 2), par Gallistrate, qui en fut le chorodidascale ^ Enhardi sans doute par le succès des Détaliens, le poète qui avait obtenu la seconde place dans le concours prit le peuple même, avec son activité désordonnée et ses mesures de salut public, pour cible de ses railleries. La parabase des Acharniens nous indique à la fois le but qu'il s'était proposé dans les Babyloniens et l'iritation que son audace causa à ceux qu'il y avait attaqués, surtout à Gléon, le plus influent des démagogues depuis la mort de Péricles. « Depuis que notre
1. On peut prendre tous ces verbes à la troisième et non à la première personne, et les mettre dans la bouche du vieillard.
2. Celui qui dresse et enseigne le chœur, c'est-à-dire l'auteur réel ou supposé, à qui un chœur était accordé par l'archonte.
poète, lisons-nous dans cette parabase, fait représenter des comédies, il ne s'est pas encore donné d'éloges sur le théâtre; mais, calomnié par ses ennemis auprès des volages Athéniens et accusé de bafouer sa patrie et d'outrager le peuple, il veut répondre aujourd'hui et ramener à lui les Athéniens inconstants. Il soutient qu'il vous a fait beaucoup de bien : si vous ne vous laissez plus duper par les discours des étrangers, ni séduire par des flatteries, si vous n'êtes plus des badauds en politique, c'est grâce à lui. Autrefois les députés des autres cités voulaient-ils vous duper, ils n'avaient qu'à vous appeler le peuple couronné de violettes^ et à ce mot de violettes vous vous dressiez sur la pointe des fesses. Ou si, pour chatouiller votre vanité, quelqu'un disait la brillante et grasse Athènes *, il obtenait tout, parce qu'il parlait de vous comme d'anchois à l'huile. En vous prémunissant contre ces artifices, le poète vous a rendu de grands services, ainsi qu'en vous faisant toucher du doigt ce qu'est vraiment le régime démocratique. Aussi les étrangers, venus pour acquitter le tribut, désirent-ils voir ce grand poète qui a osé dire la vérité aux Athéniens. » Continuant à se vanter, Aristophane ajoute cette boufl'onnerie, que je pourrais passer, vu qu'elle ne nous apprend rien, si les anciens biographes ne la transformaient en fait réel. « Et sa renommée de hardiesse a pénétré si loin que le grand roi % questionnant
1. 'Io(nr£9avoc, Xiitapa: 'A9îivat, expressions de Pindare dans un dithyrambe en l'honneur d'Athènes. (Voy. Bergk, Lj/rici Grxci, t. I, pars i, fr. 54, 55, 56.) At-Kapat a le double sens de brillante et de grasse, et le poète joue sur ce double sens dans la ligne suivante. — xVristophane reprend à son propre compte les deux épithètes dont il a l'air de se moquer ici, dans la scène finale des Chevaliers.
2. Telle fut, dit la première biographie anonyme, la renommée du poète qu'elle pénétra jusque chez les Perses et que le roi demanda auquel des deux peuples appartenait le comique. Outo) ôà ysyovsv t) .5r,(XY] ToO TTOiYjToO (i; xol TTapà llépjai; ô'.Tr,x£tv xai xbv ^aicXsa Ilîpawv u'jvOivsaOai
un jour les députés de Lacédémone, leur demanda d'abord quelle était celle des deux cités qui avait la supériorité sur mer ; puis, aussitôt, quelle était celle à laquelle le poète comique prodiguait ses traits mordants. — Heureuse, celle-là, ajoutait le roi, si elle écoute ses conseils; elle croîtra en puissance, et la victoire lui est assurée. — Voilà pourquoi les Lacédémoniens vous offrent la paix, si vous leur rendez Égine; ce n'est pas qu'ils se soucient de cette île; mais ils veulent vous enlever le poète. Et vous n'abandonnerez, ne lâcherez pas ^ celui qui défendra toujours dans ses comédies la cause de la justice. Ses leçons, assure-t-il, vous conduiront à la félicité, sans qu'il emploie les compliments, ni la corruption, ni l'intrigue, ni la fraude; au lieu de vous inonder d'éloges, il vous montrera la voie 1? meilleure. Je me ris des artifices et des trames de Gléon. » (628-G60.) Le but des Babyloniens était donc tout politique; le poète y bernait la démocratie et ses magistrats élus ou tirés au sort % en assaisonnant ses plaisanteries sans doute de quelque bonne petite
Tiap' oTtoxépoiç tv(\ 0 xw|xtoûo7ioi6ç. — Au moins la seconde rédaction de celte biographie ne donne-t-elle la chose que comme un on-dit.
1. Pris à la lettre, tout ce passage sur Égine signifierait qu'Aristophane était Éginèle de naissance et qu'il l'était aussi probablement de race, puisqu'il est né certainement avant le remplacement des habitants par des colons athéniens. Mais il fallait qu'il fut notoirement Athénien de sang et né dans TAttique, pour se permettre cette plaisanterie si peu de temps après les accusations de Cléon lui contestant sa nationalité. — Aristophane semble confirmer le témoignage de l'auteur cité par le scholiastc de Platon qui le fait Éginète; il était au moins propriétaire à Égine. Quant aux modernes qui rejettent cette tradition, sous prétexte que les cléruques athéniens d'Égine n'étaient que des pauvres, ils n'ont pas fait attention à ce passage de Thucydide : « Des gens d'Andros et de Ténos, trois cents Garysticns et des troupes fournies par les colons athéniens établis à Égine, étaient arrivés en armes dans le même but » (VIII, ch. Lxix), c'est-à-dire pour aider à la révolution oligarchiqne des Quatre- Cents. On m'accordera bien que les colons (jui envoyaient ces troupes étaient des oligarques et par conséquent des riches.
2. 'ExwixwÔYjae yàp xdtç te x).r)poi)Tàç xot -/eipoTOvriTa; àpx°'î' (Scholie sur les Acharniens. v. 378-380.)
DÉBUTS D'ARISTOPHANK SOI
calomnie : cela ne manque jamais aux pamphlets politiques.
Nous aurons à examiner si les Babyloniens, dont le drame a tiré son titre , formaient réellement le chœur, comme on le suppose. Ce qui est constant, c'est qu'ils étaient de vils valets de moulin , la dernière espèce d'esclaves chez les Athéniens, « plus marqués au front que ne l'avaient été les Samiens vaincus ^ ».
SajjL uov 6 or^^ôq so-tiv (oç -oA'jvpàjjijxaToç, disait un personnage en les voyant paraître sur la scène. Les mots méprisants de stigôn^ (ïlstnanos qui leur étaient prodigués rappellent le même détail, je veux dire qu'ils étaient des esclaves au front marqué : ce qui est encore confirmé par les mots de 7r£07,TrjÇ (esclave familier avec les entraves) et Çwtswv (moulin), cités par les glossaires avec la rubrique : Aristophane, dans les Babyloniens, C'était donc ces espèces de forçats qu'on présentait au peuple comme des ambassadeurs; de qui? Du grand roi, sans doute. Rien, dans nos fragments ni dans les notices des anciens, ne justifie cette supposition d'Ol. Millier: « On y feignait sans doute que Babylone s'était soulevée contre le grand roi toujours en guerre avec Athènes; il était facile, dit le poète, de faire croire des choses de ce genre aux crédules Athéniens *. » Pour moi, je crois que ces envoyés étrangers, des flagorneries desquels Aristophane se vante d'avoir désabusé ses compatriotes, ressemblaient fort au Pseudartabas et aux députés thraces des Achaniiens ; qu'ils étaient introduits dans l'assemblée du peuple par des ambassadeurs athéniens, revenus
1. Une satnœna ow pirogue leur avait été imprimée sur le front, comme elle Tétait sur leur monnaie. (Plutarque, Vie de Peridès, cli. xxvi.)