Chevaliers^ 878-880; Acharniens, v
2. Les scholiastes ne savent même pas bien de quoi il s'agit. Ils nous disent d'abord que Gléon fut puni d'une amende de o talents pour outrage aux chevaliers (8'.à to uêpt^etv toÙç iTruéaç). Puis ils ajoutent la raison que j'ai mise dans mon texte : « Gléon reçut 5 talents des insulaires pour conseiller aux Athéniens d'alléger leur contribution. Les chevaliers, l'ayant appris, parlèrent (contre ce trafic) et lui redemandèrent (l'argent perçu) àvxéXeyov xa\ à-jrYjx-Yjdav aùrov. » G'est ce que rappelle Aristophane {Acharn., v. 6). — Quant aux auteurs des biographies anonymes, ils placent le fait après les Chevaliers, tout en renvoyant aux Acharniens, et c'est Aristophane qui devient l'accusateur.
nous sommes en face d'une accusation qui peut être une calomnie, et non d'un fait avéré par un jugement public. Lorsqu'on sort des insinuations vagues et sans preuves à Tappui, Gléon ne doit paraître qu'un orateur fougueux, soupçonneux, violent, qui avait Toreille du peuple et exerçait sur lui la plus grande influence *, ni plus ni moins probe que la plupart des hommes politiques d'alors. Quant à son ascendant sur le peuple, on ne peut le comparer à Tespèce de royauté que Périclès exerça sous des titres divers, de 469 jusqu'à sa mort, et qui a fait dire si justement à Thucydide : « Le gouvernement dAthènes était alors la république de nom; mais, de fait, c'était l'empire d'un seul cito3'en principal. » C'est donc par une exagération évidente qu'on attribue à Cléon cette toute-puissance que nous lui voyons dans les Chevaliers, la tyrannie sur Athènes comme sur les sujets d'Athènes, sur le sénat comme sur le peuple, sur les chefs élus comme sur les simples citoyens. On ne voit pas, malgré le titre de stratège que lui décernent très gratuitement les scholiastes, qu'avant l'affaire de Sphactérie il ait eu jamais de commandement militaire, et qu'il ait été au nombre des stratèges, qui non seulement disposaient des forces de la république au dehors, mais avaient encore dans la ville une juridiction fort étendue. Dans l'affaire de Sphactérie il ne fut général qu'accidentellement ; et, jusqu'en 421, c'est-à-dire jusqu'à Tannée de sa mort, il ne parut plus jamais à la tête d'une armée*. L'anneau, que
1. BtaiÔTOtTO^ Twv TCo).iTtov, Tûi T£ 5r,a(i> itapà TCoXu €v xiù xhxz TTiÔavtita'WK. (Thucvd., IIK 36.)
2. Encore dans l'expédition où il fut tué. rien ne prouve qu'il commandât à litre d'un des dix stratèges. Il semble, d'après les mots de Thucydide, qu'il neùl alors qu'une simple commission militaire. «< Cléon avec l'assentiment des Athéniens fit voile après l'armistice -^ur l'Épi-
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Peuple lui enlève dans les Checalien pour le donner à son adversaire Agoracrite, est simplement Tinsigne d'une charge de finance (^aalx;). Cléon avait en effet l'administration générale des revenus publics, une sorte de surintendance (tx;jl'1x; t/.^ xov/f.^ nzryjrpjoj), et, à ce titre, il devait veiller à la répartition et au recouvrement du Y^y^^ ou de la contribution de guerre, que payaient les alliés et les sujets, p«jur qu'Athènes les préservât de la domination persane *. Cette fonction, de jour en jour plus considérable p«3litiquement depuis Aristide, donnait à qui, savait s'en servir une influence prép«jndéraiite dans TÉtat ; et c'est grâce à elle qu'Éphialte et Périclès purent réussir dans leurs réformes judiciaires, qui étaient aussi des réformes politiques. Mais aussi elle exposait à tous les s«jupçons les plus injurieux, à toutes les insinuations perfides et malveillantes, surtout dans un pays où le plus grand éloge (ju'on pût faire d'un homme public était de dire qu'il avait les mains pures. Voilà ce qu'il faut avoir toujours présent à l'esprit en lisant les Chevaliers et la partie politique des Guêpes.
Les aristocrates voyaient déjà dans Cléon un second Périclès, mais un Périclès plus mal élevé, plus violent et moins honnête, parce qu'il nélail pas né. -Et ce qui redoublait leur dépit et leur fureur, c'est qu'ils lui avaient eux-mêmes tendu l'échelle pour monter à cette position dominante et souveraine, s'il y parvenait jamais. La scène
Uirace arec 1200 hoplites aUiénieDS, etc. -, exactement comme Démosthène doue rafEaûre dePrlos : « Démosthèoe. simple particulier depais son retour de rAeamanie, arait été autorisé sur sa demande à disposer s'il le Toolait de la flotte athénienne (commandée par Eurymédon et Sofriiode) dans la traversée en vue da Péloponnèse. «
1- Kaî "mjrt aauâdos, vn ^zx-rJ/iw, ûç od rss i^vi: TX|ur.Ic3i;. Je sais que Cortioâ nie rezistence, à cette époque, d^un surintendant des finances. Mais tqpl le drame d'Aristophane affirme ce que nie Curtia^
est trop curieuse pour ne pas la citer tout entière telle que la donne Thucydide. Aussi bien elle nous éclairera sur les sentiments de ces hommes qui prétendaient être seuls de bons citoyens, et sur leur incroyable légèreté politique. Elle nous apprendra de plus ce que pèsent historiquement les éternelles plaisanteries d'Aristophane sur « le gâteau lacédémonien, pétri par Démosthène et escamoté par Gléon ».
On venait d'apprendre que les troupes de Pylos souffraient et que, si elles ne recevaient pas de renforts, les Spartiates, renfermés à Sphactérie, pourraient bien échapper, et avec eux le fruit de l'expédition de Démosthène. On parlait d'envoyer s'enquérir de Fétat des choses, au lieu d'agir. Alors Gléon « conseilla aux Athéniens, qu'il voyait incliner vers la guerre, de ne pas envoyer aux informations et de ne pas perdre en vains délais l'occasion favorable, mais d'aller attaquer les assiégés dans l'île même, si les nouvelles (de l'armée) étaient exactes. En même temps, faisant allusion à Nicias, alors stratège, qu'il détestait, il l'accusait indirectement en disant qu'avec les préparatifs dont on disposait, il serait facile, si les généraux étaient des hommes de cœur, d'attaquer l'île et de s'emparer des soldats qui l'occupaient ; que c'était là ce qu'il ferait, s'il avait le commandement.
« Les Athéniens commençaient à murmurer contre lui et demandaient pourquoi il ne partait pas à l'instant, si la chose lui paraissait si facile. Nicias, qui se voyait personnellement attaqué, lui dit que les généraux l'autorisaient pour leur part à prendre les troupes qu'il voudrait et à tenter l'entreprise. Gléon, croyant d'abord que c'était une feinte, semblait prêt à accepter; mais lorsqu'il s'aperçut que l'offre était sérieuse, il recula et dit que ce n'était
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pas lui, mais Nicias qui était général; il commençait à craindre, sans croire encore cependant que Nicias osât se démettre en sa faveur. Mais Nicias insista derechef, se démit du commandement de l'armée de Pylos, en prenant les Athéniens à témoin. Plus Gléon faisait d'efforts pour échapper à cette expédition et pour revenir sur sa déclaration, plus la multitude (car tel est son caractère) pressait Nicias de lui abandonner le commandement et criait à Gléon de s'embarquer. Enfin, n'ayant plus moyen de revenir sur sa parole, il accepta le commandement de l'expédition et, s'avançant au milieu de l'assemblée, il déclara qu'il n'avait pas peur des Lacédémoniens, qu'il n'embarquerait avec lui personne de la ville, et qu'il ne prendrait avec lui que les troupes de Lemnos et d'Imbros, des peltastes auxiliaires d'Énos et 400 archers également étrangers. Avec ces forces réunies aux soldats de Pylos, il s'engagea à ramener dans vingt jours les Lacédémoniens prisonniers ou de les tuer sur place. Les Athéniens rirent un peu de sa forfanterie; mais les gens sages ne virent pas ce résultat sans quelque plaisir; car ils calculaient que, de deux biens, il y en avait un qui ne pourrait leur échapper : ou bien être débarrassés de Gléon — c'était ce qui leur semblait le plus probable — ou, si leurs espérances étaient trompées, se rendre maîtres des Lacédémoniens. » (L. IV, ch. XXVII, 28.)
Ge simple récit est aussi méchant que toute la comédie d'Aristophane, et, moins les paroles odieuses de la fin, me semble charmant. Mais j'ai peur que Thucydide n'ait fait ici acte de pamphlétaire plutôt que d'historien. Avec sa connaissance des manèges parlementaires et des mouvements de la place publique, il devait savoir à quoi s'en tenir sur ces Athéniens qui commençaient à nu/rmi/-
rer, sur cette multitude qui pressait d'autant plus Cléon d'accepter qu'il reculait davantage, sur ces citoyens qui rirent un peu de sa forfanterie, N'étaient-ce point par %^ hasard ces petits jeunes gens que Phrynichos nous représente se pressant aux pieds de la tribune pour y faire tapage et pour troubler l'orateur adverse par des rires et des huées *? Thucydide veut rendre Cléon ridicule, et c'est Nicias qu'il rend méprisable. Cléon avait cent fois raison de crier que ce n'était pas à lui, simple orateur, mais aux stratèges en fonction, à Nicias, qu'il appartenait de secourir une 'armée athénienne en détresse, et d'achever ce que Démosthène avait si bien commencé, mais avec des forces insuffisantes. Il avait encore cent fois raison d'assurer que, si les stratèges étaient des hommes de cœur et faisaient leur devoir, rien n'était plus • facile que de frapper à Sphactérie un coup décisif. Peu importent ses forfanteries de mauvais goût. Ce qui prouve qu'il voyait plus juste et qu'il était mieux informé que Nicias, ce n'est pas seulement le résultat, c'est ce que Thucydide ajoute : « Cléon prit dans l'assemblée toutes ses mesures; il reçut le suffrage des Athéniens pour cette expédition, se choisit pour collègue Démosthène, un des chefs qui étaient à Pylos, et pressa son départ. Ce qui l'avait déterminé à s'adjoindre Démosthène, c'est qu'il avait appris que, de son côté, ce général songeait à faire une descente dans l'île. Car les soldats, fatigués de leur séjour dans un lieu où ils manquaient de tout et plutôt assiégés qu'assiégeants, brûlaient de courir au danger. Un incendie survenu dans Tile avait aussi augmenté la confiance de Démosthène. » (IV, ch. xxix.) Cléon