‹ La comédie grecqueChapitre 98 sur 109 · Parodie de trois vers du Bellérophon d'Euripide · texte numérisé non relu

Parodie de trois vers du Bellérophon d'Euripide

de la défense, urnes de vote, témoins et pièces de conviction, plaidoyers : rien n'y manque, pas même la statue du héros Lycos qui, placée dans le tribunal, semble présider aux jugements et prendre plaisir aux pleurs des condamnés. De plus, par une attention délicate de Bdélycléon, le vieux jugeur voit à portée de sa main « le pot qu'en chambre on demande ^ », et une large marmite de lentilles bien chaudes. Une seule chose pourrait déplaire à une critique étroite et par trop scrupuleuse, c'est que, Philocléon étant juge unique, il n'y a plus de secret possible et que par conséquent les deux urnes sont inutiles : ce qui ruinerait le dénouement de cette scène bouffonne, dénouement d'un comique si vif et si amusant. « Ph. Allons, qu'on renverse les urnes. Quel est le résultat?

— Bdél. Nous allons voir Tu es absous, Labès... Eh!

qu'as-tu, mon père? — Ph. Ah! là! là! de l'eau. — Bd. Reprends tes sens. — Ph. Est-il absous vraiment? — Bd. Oui, certes — Ph. C'en est fait de moi. — Bd. Ne t'afflige pas, mon bon père, du courage! — Ph. Ainsi j'ai chargé ma conscience de l'acquittement d'un accusé. Que devenir? Dieux saints! pardonnez-moi; je l'ai fait sans le vouloir. Ce n'est pas dans mon caractère » (993-1002). Trait d'une admirable profondeur! Tout juge ou juré qui vient de condamner un homme au supplice ou au déshonneur devrait demander pardon à Dieu de son jugement et trembler de s'être trompé. Mais l'habitude a si bien perverti Philocléon qu'il se ferait une religion de rendre une sentence d'acquittement, et qu'il se considère comme souillé devant les hommes et les Dieux d'avoir, même malgré lui, absous un accusé.

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