SCENE XVI
Les précédents.
JUNIER, à la tribune.
Princes,
Les théories des races, du libéralisme, du socialisme, on vient de vous le prouver, ne sont pas appelées à être l'évangile de l'humanité. Vous voulez savoir maintenant ce qu'il faut espérer de la politique. Je suis à vos ordres. Et afin de jeter toute la lumière possible sur la question, jembrasse la politique européenne depuis 1789 jusqu'à nos Jours.
(Applaudissements).
JUNIER.
On taxera peut-être de paradoxale l'affirmation que le lib: ralisme joua un rôle au Congrès de Vionne et de la Sainte-Alliance. C'est néanmoins un fait évident. Le libéralisme de 1789 eut la France pour théâtre, la terreur et l'Empire furent des phases. Libéralisme, anarchie, césarisme byzantin ont ensemble une intime affinité. Les conquêtes de Napoléon propagèrent le libéralisme pratique en Europe (Code de Napoléon, sécularisation, ete.) Les écrits des philosophes et des encyclopedistes français et le joséphisme l'avaient classes lettrées.
propagé théoriquement dans les
Mais le joséphisme ne se bornx pas à la théorie : avec eux il prépura le règne des institutions modernes, avantvarde au libéralisme. Les principes de la franc-maçonucrie dominaient dans la réaction de 1815. Le mélange des confessions religieuses de la Sainte-Allianee, le mysticisme humanitaire d'Alexandre, les déclamations de Stein le prouvent assez. Comment expliquer autrement que les gouvernements n'aient lutté en Italie, en Allemagne et en Espagne contre la révolution que par des institutions de volice ?
PLUSIEURS VOIx.
Très- bien !
JUNIER.
Sous lord Palmerston, l'Angleterre s’est constituée, l’imprudent apôtre du libéralisme sur le continent. Il pénétra sous la protection du pavillon britanique, jusque dans les régions officielles, et sous Napoléon III il triompha “omplètement en Europe par la proclamation des principes de non-intervention des nationalités, de la souveraineté du peuple. Ces principes, on les décora du titre pompeux de principes modernes, mais ils ne sont autre chose qu'un vêtement mesquin destiné à couvrir l’absence de tout principe.
KaAKos.
C'est cela même !
JUNIER.
Le principe de l’équilibre européen qui, lors de son inauguration au dernier siècle, n’était qu'un système de conpensations matérielles, reçut en 1815,une interprétation plus élevée.
OxIvor.
Que signifia-t-1l ?
JUNIER.
Il signifia alors, dans la famille européenne, I: garantie collective de toutes les puissances contre les empiétements d’un seul. Peu à peu, toutefois, les doctrines libérales, avec leur humanitarisme sentimental et en niant lo droit positit des traités, minèrent le sol du droit international restauré, il est vrai, mais fondé bien plus sur des mesures de police, que sur des principes religieux et des institutions chrétiennes. ..........,e.
avé] tout SOUS
adm et le
ratio rope
BELPHÉGOR
C’est ce qui parut manifestement dans la guerre pour l'indépendance de la Grèce et, plus tard, on 1830, dans toute l’Europe.
constituée,
| JUNIER.
tinent. Il
que, Jusque L'année 1848 ne fut qu’une éruption violente et, par
il triompha
conséquent, peu durable, d’un volcan souterrain artiticieles principes
lement comprimé et toujours alimenté, au lieu d’être éteint,
1 à 4 >uverainoté par les mesures des gouvernements. re pom peux -hose qu’un PLUSIEURS Voix.
ce de tout ir Led l'rès-bien ! Très-bien !
JUNIER.
Il appartenait à Napoléon III et à sa modération machi. avélique de pénétrer la politique extérieure de l’absence de tout principe, et d'introduire cette anarchie internationale sous laquelle l’ordre européen se trouve aujourd’hui enterré,
de son inauime de €on- BÉLIAL,
terprétation ; ; I C'est un peu fort !
JUNIER.
N'est-ce pas Napoléon TIT qui, avec son ascendant, a fait admettre en Europe l’absurde principe de non-intervention et le principe plus inepte encore des nationalités ?
. | BéLrar.
b, 1; garanti mpiétements Et ces principes qui les lui inspira ? Lbérales, avec ; b droit positit UNIER, ‘ "GESTE 6, . : : : ; .. : | Rs Moi. Mais je les avais puisés ici au sein de nos délibé-
: à ice, : A . F : ‘ res de poli ® B rations, et Lucifer avait proclamé qu’ils sauveraient l’Eu, tutions chré- rope !
PLUSIEURS vorx.
Pravo!
LuCIFER.
Et j'uvais raison. N'est-ce pas en vertu de ce même princire de non-intervent'on que Napoléon proclamait et que soul il n’observait pas, que l'Italie a été créée et que l'Espagne et l'Autriche ont été empêchées de secourir le St. Siège ? Qu'est-ce qui a protégé l'expédition garibaldienne en Sicile età Naples? Qu'est-ce qui sanctionni l'invasion des Etats Pontificaux ? N'est-ce pas le principe de la non-intervention ? Et c’est un tel principe que vous essayez de flétrir aujourd’hui !......... esse
JUNIER.
Pour deux ou trois bonnes applications de ce principe, il ne faut pas le célébrer à outrance, ni jui donner une place marquée parmi les oracles, La politique de nonintervention est le champ libre de toutes les prétentions, de toutes les injustices internationales ; car il suffira qu'un peuple soit puissant pour engendrer querelle à son voisin plus faible, sans qu'il soit à craindre que personne n’intervienne et ne prête main forte à l'opprimé.
Tous.
Très-bien !
JUNIER.
Grâce À cette politique absurile, les traités sont violés, même au moment où on les sigue, témoin le traité de Zurich. Le droit des gens n’est qu'un vain mot. Les aspirations nationales, qui ne sont que le mot d’ordre des sociétés secrètes, pour tout bouleverser, constituent le droit. Aussi aucune alliance n’est possible entre les Etats; cur le principe de la solidarité, pour faire régner et venger le droit, à fait place à l'inimitié, à la déiunce universelles.
A chin en @ s'il roYa voiti avec sur jours voir, trem sans Fussi SUP dehor
Il y sance de l’A Paris.
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Elle Césaris
Aujourd'hui l'amitié entre les Etats n'est plus qu'uno chimère, et on ne peut plus prévo:r les évontualités. Tout, en effet, est possible et aucun gouvernement ne peut diro s'il existera demain. Ce quelque chose que l’on appelle royaume d'Italie, fait jeter à l'Italien un regard de convoitise sur le Tyrol et la Dalmatie, et il contemple Nice avec regret. Indifférent aux alliances, hier il s'appuyait sur la France, aujourd’hui c'est sur la Prusse, mais toujours contre l’Autriche, qui feint de ne pas s'en apercevoir, pour ne pas se brouiller avec le libéralisme. Vionno tremble devant Berlin et St. Petersbourg qui n'est pas sans craindre Berlin. L’Angleterre jalouse observe la Fussie qui arme en secret ; elle manifeste au plus fort des sympathies intéressées. La France en ce moment est en dehors du débat.
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C'ARREAU. si Et la Prusse ?
ce principe, donner une ue de nonprétentions, suffira qu'un à son vois‘
JUXNIER.
Il y a quinze ans la Prusse était si peu une grande puissance, que ce fut par grâce et par l'intervention amicale de l'Autriche qu'il lui fut donné de siéger au Congrès de Paris. Aujourd’hui la Prusse est la soule puissance; je veux dire la seule puissance militaire.
Le génie de son pouvoir ne trône pas à Perlin, ni dans aucun autre Cabinet. Comme le destin, dans la mythologie grecque, règle et soumet la volonté des dieux ; ainsi trône la grande loge et c’est elle qui dirige la conspiration générale de toutes les sociétés. L'Italie lui est soumise; Nayoléon l’a servie; l'Autriche est devenue sa victime ; la Prusse lui paiera son tribut.
nne n’inter-
sont violés, le traité de 1 mot. Le d'ordre des nstituent le re les Etats; er et venger universelles.
LuciFEr.
Tant mieux ! Car la grande loge fait l’œuvre de l'enfer.
JUNIER.
Elle ruine l'Eglise comme la ‘ruinent le libéralisme, le césarisme et le socialisme, et voilà tout. Maiselle ne peut
rien pour le bonheur et ln prospérité-des pays. Or, les erreurs qui sapent l'Eglise, si elles ruinent en même temps les peuples, ne nous sauvent qu'à demi.
BELPHÉGOR
L'intérêt de l’enfer n'est pas d'ensevelir les générations à mesure qu’elles paraissent, pas plus que d'anéantir l'humanité. Plus les peuples seront prospères, plus longtemps le genre humain vivra, et plus sera considérable l4 somme de mal opéré.
JUNIER,
Cependant, jusqu'à ce jour, nous n'avons pu réussir i communiquer la vie à ce que nous détachions de Dieue de son Eglise. Il y à manifestement un vice radical dans notre inanière de faire. Queljue chose manque à nos conseils.
BÉHÉMOTH
Ce qui nous manque, c’est lu liberté. Nous sommes ici enchainés sous une volonté de fer. Nous ne sommes rien; c'est Lucifer qui est tout. Or, Luciter si c’est toujours le despotisme, ce n’est pas toujours la sagesse.
(On se figure aisément l'impression produite sur Lucifer par ces derniéres paroles. Il 8e lève furieux, veut parler, frapper, etc.; mais colère lui coupe la parole et lui ôte toute présence d'esprit. Puis les princes interviennent, quelques-uns en faveur du malheureux monarque, le plus gra ‘ nombre en faveur de Béhémoth. Il s’en suit un tumulte indescriptible, pendant lequel Junier laisse la tribune Babel et Baal, comme le tumulte s’apaise, engagent la conversation suivante, mais à voix basse).
Baaz.
Tu vois, mon cher Babel, que les choses vont assez selon notre gré. Les quatre discours que nous venons d’entendre ruinent considérablement l’orgueilleux monarque. Pour peu que nous voulions exploiter la situation, nous ke renverserons avant longtemps.
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PaBer.
C'est maintenant le tour de Sabathan. Suaistu dans quel sens il parlera ? S'il pouvait corroborer le témoignage des autres, quelle fortune ce serait !
Baa.
S'il plagie son discours à la même source que les autres, il est certain qu'il conclura comme eux.
BaBer.
Es-tu sûr que les autres ont plagié.
BaaL.
Certainement, tout ce qu'ils ont dit, à part les transitions ot les réponses à certaines objections, est tiré textuellement d’une brochure récente, intitulée: « Quelle est l'avenir de l'Europe ?” |
BABEr.
Le nom d'auteur de cette brochure ?
Bar.
Je n’en saisrien. J'ai seulement oui dire qu'elle est d'un diplomate autrichien, grand catholique ot ami intime
de Pie IX.
(Comme Baal prononce ces derniers mots, Sabathan monte à la tribune et demande la parole. Le tumulte cesse tout-'.fait.)