‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 40 sur 181 · LE VILLAGEOIS ET SA FEMME · texte numérisé non relu

LE VILLAGEOIS ET SA FEMME

Très bien ! Très bien !

L'INSTITUTEUR

Quand on sait dans quels termes les sociétés contemporaines se trouvent actuellement avec le dogme des anges, des mauvais anges surtout; quand on voit ce que la science la plus vantée a fait pour ruiner le monde des esprits; quand on apprécie, pour ce qu’il est véritablement dans l’économie du christianisme, ce dogme si décrié et si suranné des esprits tentateurs, il n’est pas permis de blâmer les voix courageuses qui s'élèvent pour le rappeler.

LE VILLAGEO!S.

Bravo!

L'INSTITUTEUR

Lorsqu'on regarde autour de soi, je ne dis pas dans le cercle des esprits perdus, des caractères tombés, des consciences perverties ou des âmes déshonorées, mais dans . le cercle des âmes grandes, des caractères élevés, des consciences généreuses et des esprits nobles, et que l’on voit de tels esprits, de telles consciences, de tels caractères et de telles âmes combattre la vérité qu'ils voudraieat

défendre ; nuire à l'Eglise qu’ils voudraient servir, perdre les âmes qu'ils voudraient sauver, oh ! alors, on demeure étonné, et on se demande avec tristesse d’où proviennent tant de faiblesses et d’égarements !

LE VILLAGEO!S.

Et involontairemeut on se rappelle les démons ! L'INSTITUTEUR.

Oui! on se rappelle involontairement l'ancien serpent. On se rappelle qu’il y a des moments où l’action du démon est telle, qu'elle séduirait les élus eux-mêmes, si les élus pouvaient être séduits.

LE VIiLLAGEO!S.

Et si alors un livre comme la Comédie Infernale nous tombe sous la main, quelque dur que soit son langage, il faut, bon gré mal gré, reconnaitre que ce livre, que ce langage, est l’expression de la vérité.

LA FEMME DU VILLAGEONS

Et qu’il est chrétien et orthodoxe comme la vérité dont il est l’expression.

L'INSTITUTEUR

Et qu’étant chrétien et orthodoxe ce livre ne manquera vas de porter son fruit.

LA FEMME DE L’AVOCAT, 'oniquement.

Et que tous ceux qui mangeront de ce fruit, mourront d’une indigestion d’orthodoxie.

L’'INSTITUTEUR

L’orthodoxie ne tue point, madame. Il y a dans notre temps malheureux des hommes pieux, mais égarés, mais illusionnés, qui se sont fait de l’orthodoxie cette triste idée, Ils ont cru et ils croient encore que la vérité est dangereuse, qu’elle peut entraîner les plus grandes catas-

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LA COMÉDIE IFFERNALE. 147

trophes. Et ils ont demandé à la vérité de 8e retirer de la presse, de la publicite, de l’enseignement, des sociétés, des gouvernements, des lettres encycliques et même des conciles. Ils ont appelé certaines vérités, des vérités irritantes, compromettantes, alarmantes et les ont considérées comme des causes de discorde et de division entre les catholiques. Des laïques recommandables par leur science et leur piété ont donné dans cette erreur; des prêtres 8’y sont laissé prendre, et on ax même vu d'illustres évêques devenir la proie facile d’une prétention aussi erronée, laquelle forme uxe école, l’école de la prudence ou mieux l'école de la peur, l’école du Libéralisme catholique.

L'AVOCAT, malicieusement.

En effet le Libéralisme catholique devait se trouver là: C’est le cauchemar de monsieur.

L'INSTITUTEUR

Cette malheureuse école catholique-libérale s’est séparée

autant que possible de l’orthodoxie. Elle a méprisé les enseignements des Pontifes romains; elle a pactisé avec beaucoup d’erreurs sociales; elle est devenue le véhicule des principes subversifs de 89; et on l’a vue dans ces derniess temps opposer la digue de ses prétentions, aux torrents des lumières que versait sur le Concile du Vatican, l’Esprit-Saint dans son infinie sagesse et son éternelle prudence.

LE VILLAGEO!S.

Et le St. Esprit a rompu la digue ?

L'l\sTITUTEUR.

Il était temps. Le monde agonisait. La société offrait partout le triste spectacle de l’affaiblissement. La vérité potique, la vérité sociale étouffée et pervertie par les doctri-

es libérales catholiques, ne jetait plus sur les nations, ses tlartés fécondes, et les nations, marchant dans des voies ans lumière, s’en allaient à l’abîme.

Mais Dieu a sondé la profondeur du mal, et, dans sa bonté, il x résolu de sauver le monde.

Il a défini, par son Eglise, la source infaillible de l'orthodoxie.

Il à indiqué aux sociétés, l'admiruble flambeau capable de les diriger duns los voies du salut social et étornel.

Il a donné à la parole du Vicuire de Jésus-Christ la sanction de l'infuillibilité, et désormuis tous ceux qui croiront à la parole de Pierre seront sauvés : l'orthodoxie sera leur part, la moilleure purt, la part qui ne lour sera pas

ôtée.......…..

LA FEMME DE L'AVOCAT

Je parie que vous ailez nous dire que la Comédie Infernale a choisi la meilleure purt ?

Je le redirai simplement, Vous avez reproché à la Comédie Infernale des personnages allégoriques, il n’a fallu qu'un mot pour prouver le contraire. Ensuite, vous trouviez énorme d’avoir mis les prêtres et les évêques en rapport direct avec les démons.

La discussion à établi invinciblement que tous les hommes sont tentés par les mauvais anges. Mais, avez-vous objecté, les mauvais anges peuvent-ils se transformer en anges de lumière ?

Des faits irrécusubles vous ont prouvé plus encore : vous avez vu le démon se transformant en serviteur, en médecin, en moine, en prédicateur. le démon conseillant le bien à celui-ci, pour conduire celui-là au mal, ete. Enfin est venue une dernière prétention. Pourquoi, disiez-vous, pourquoi rappeler la question surannce des démons ?

Et il a été prouvé qu’en rappelant une telle question, qu'en la vulgarisant, la Comédie avait combattu une des plus grandes erreurs du temps.

Dites maintenant s’il est possible qu'une œuvre soit plus orthodoxe et plus catholique ?

Je l’affirmerai donc hautement, du moins en ce qui regar

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Malgré ce que pourront dire et faire contre cette œuvre los journalistes, les politiques, les prêtres libéraux et gallicans, elle n’en fera pas moins son chemin et son bien |

Ici la porte de la salle s'ouvre pour laisser entrer un jeune homme exsouave pontifical, qui, après les saluts d'usage, va prendre place à côté de l'Instituteur.

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