SCENE III
Les mêmes, le Zouave.
LE ZouAYE, s'adressant à l'Instituteur.
Vous ne maigrissez pas, Monsieur.
L'INSTITUTEUR, souriant.
J'aurais bien mauvaise grâce à aigrir un beau zouave tel que vous.
Le ZouAvE, sur le méme ton,
Pour peu que vous Jouiez ainsi sur los mots, vous prendrez un exercice qui vous fera certainement maigrir.
LA FEMME DE L'AVOCAT, avec malice.
Surtout s’il persiste à prendre cet exercice sur le terrain de la Comédie Infernale, il m’aigrira pour tout de bon.
L'INSTITUTEUR. souriant.
Vous êtes toujours méchante, madame. Si vous teniez compte des sentiments de respect et d’intérêt que je vous porte, vous vous reprocheriez yos petites malices. Vous savez bien que je ne puis vous aigrir , sans mn are moi-même et sérieusement.
LA FEMME DE L'AVOCAT, avec ironie.
Vous êtes bien flatteur. D'ailleurs qui ne sait que vous êtes un fort, un très fort en bons points, et qu’il est difficile de vous en rendre de ce côté-là.
L'INSTITUTEUR, riant d'abord, puis sérieux.
J'est probablement à cause même de mon embonpoint, que vous vous servez, madame,de pointes si aigues. Vous voulez absolument piquer la moëlle, n'est-ce pas? Eh bien, c'est fait depuis longtemps. Plus même : vous avez piqué le cœur, le cœur du chrétien, du catholique en censurunt si sévèrement la Comédie Infernale.
LA FEMME DE L'AVOCAT
La Comédie vous tient donc bien au cœur.
L'INSTITUTEUR
D'autant plus, madame, qu'elle renferme plus de principes catholiques.
."AVOCAT, avec malice.
Et qn'’elle scandalise plus de gens en rendant publiques les querelles cachées du clergé.
L’'INSTITUTEUR
Vous dites, monsieur l'avocat, que l’auteur de Ia Comédie a causé un profond scandale, en rendant publiques les querelles cachées du clergé.
L'AVOeaAT.
Précisement.
L'INSTITUTEUR
Moins un mot, votre prétention serait juste.
IL/ AvocaAT.
Diantre! Il parait que je suis bien près de la vérité, cette
fo s du chose en
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Ah! L, est-il don
Le mot scandale ; dale,
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Au cont jamais eu 8 vous dites :
maître, vou domaine de
Certes !
Je puis m 4 apostasié, panloup, l’a dogme de l’ dale, que d’é
Non !
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fo's du moins. Si je conna:ssais ce mot, je le retirerais. La «chose en vaut b:en la peine.
L'INSTITUTEUR
Qui ! maisen retirant ce mot, vous détruisez tout le reste, L'Avocar.
Ah ! Le mot est plus sérieux que je ne le croyais. Quel est-il donc ? Il me tarde de le connaitre.
L'INSTITUTEUR
Le mot each! Ilest faux. S'il était vrai, il y aurait
scandale ; mais comme il est faux, il n’y a point de scandale,
L'Avocar.
C'est du nouveau !
L'INSTITUTEUR
Au contraire, c’est ancien comme la Vérité. Il n’y a jamais eu scundale à parler de choses connues. Lorsque vous dites : Judas a trahi Jésus ; Pierre a renié son divin maître, vous ne faites pas un scandale ; ces choses sont du domaine de l’histoire.
L'Avocar.
Certes ! Vous allez loin dans les âges !
L'INSTITUTEUR
Je puis me rapprocher si ça vous fait plaisir. Chiniquy a apostasié, le Père Hyacinthe est excommunié ; Mgr. Dupanloup, l’abbé Gratry, Mgr. Maret se sont opposés au dogme de l’Infaillibilité ! Est-ce produire un grand scandale, que d’énoncer tous ces faits ?
L'Avocar.
Non !
L'INSTITUTEUR
De même en est-il de la Comédie Infernale. Tout ce sv’elle dit, tout ce qu’elle rapporte, est connu, très connu.
L'Avocar.
S'il vous plait...
L'INSTITUTEUR
Les difficultés qui existent entre Mgr. de Montréal et les Messieurs de St. Sulpice ont fait le tour de la presse canadienne; il y a des journaux qui ont discuté les décrets de l'Evêque de Montréal, qui ont parlé des démarches faites à Rome par les Messieurs de St. Sulpice.
L’Archevêque de Québec est venu à Montréai,en mission officieile, relativement à ces difficultés.
De nombreuses assemblées ont eu lieu à Montréal, où |
les Messieurs de St. Sulpice se sont opposés publiquement à leur évêque. Des commissaires civils ont été nommés par le gouvernement, pour examiner des questions touchant
directement l'affaire du démembrement ; on en a même À
appelé pour certains détails à l'autorité judiciaire, etc, etc, etc. Est-ce là co que vous rangez dans l'ordre des querelles cachées ?
L'AvocarT.
Si encore la Comédie se bornait à ces querolles |
L'INSTITUTEUR
Elle parle du curé Dowd. Et ce qu’elle en dit est connu, non-seulement de toute la population irlandaise, maï même de la population canadienne ; et ce par la voie des journaux, l'Ordre par exemple.
L'Avocar.
Je n'ai jamais lu l'Ordre.
D'autre Comédie « Code des les polémi lettres d’éx
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Vous le sa Le & canda mauvaise, ce Conveniente vræbens occasi
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A COMÉDIE INFERNALÉ.
L'INSTITUTEUR
D'autres l'ont lu pour vous. Que reste-t-il dans la Comédie qui ne soit du domaine de la publicité? Est-ce le Code des Curés ? Est-ce le programme catholique ? Sont-ce les polémiques qu’il a soulevées ? Ou bien encore, les lettres d'évêques qu'il a appelées ?
L'Avocar.
J'ai eu tort de me servir du mot cache; je le retire, tout er maintenant mon accusation de scandale.
L'INSTITUTEUR, Qu'est ce que le scandale ?
L'Avocar.
Vous le savez aussi bien que moil
Le scandale est une parole, une action où une omission mauvaise, capable d'entraîner les autres dans le péché.
Convenienter dicitur quod dictum vel factum minus rectum, vræbens occasionem, dit St. Thomas, le prince des théologiens.
LA FEMME DE L'AVOCAT, avec moquerie.
Corame quoi il sera prouvé que St. Thomas a posé par avance les chers principes, capables de justifier la Comédie Infernale !
Le ZouAvs.
Qui sait, madame ? St, Thomas a touché à tant de D vérités!
LA FEMME DE L'AVOCAT, ironiquement,
Peut-être 1 Taisons-uous, en tout cas. Laissons parler le “ séraphique ” instituteur !
PLUSIEURS Voix riant.
Ah! Ah! Ah!
L'INSTITUTEUR
Monsieur l'avocat accepte-il la définition du scandale ? L’AvocaAT.
Certainement.
L’'INSTITUTEUR
Reprochez-vous quelques omissions à la Comédie ? L'AvocaT.
Loin de là.
L'INSTITUTEUR, Que lui reprochez-vous ?
L'Avovar.
Une action: celle de décrier le prochain, et des paroles, de nombreuses paroles de médisance.
Vous reconnaissez, cependant, que tout ce que dit la]
Oomédie, est depuis longtemps connu du public,
L'Avocar.
Il le faut bien.
1 INSTITUTEUR
Pour être une parole et une action de scandale, il faut,
n'est-ce pas, que cette action et cette parole soient mauvaises ? :
L’AVocaAT.
Oui! Toute parole et toute action de médisance 801 mauvaises, ù
Cepenc que la me
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Ce sont VOUS satisf “ dit, écrit.
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L'INSTITUTEUR
Cependant, je vais vous prouver, la théologie en main, que la médisance cesse, lorsque les faits sont connus,
L'Avocar.
Une autorité, s’il vous plait ?
L'INSTITUTEUR
Ce sont tous les théologiens qu'il faudrait citer, Pour vous satisfaire, je cite le Cardinal Gousset : “ Nous avons “ dit, écrit-il au No. 1071 de sa Théologie morale, qu'il y a ‘ médisance, lorsqu'on révèle les fautes ou les défauts “ cachés du prochain ; car celui-là n’est point coupable de “ médisance qui parle des vices ou des désordres de quel- “ qu’un à des personnes qui les connaissent, ou qui en parle “ dans un endroit où ils sont publics : on ne nuit point à “ la réputation de la personne dont on parle, si toutefois “ on ne se permet point d’exagération.”’
L'AvocarT.
L'auteur de la Comédie a exagéré.
L'INSTITUTEUR
En quoi, s’il vous plait ?
L'AVOcAT.
En tout.
L'INSTITUTEUR
Des preuves ?
L'Avocat.
Des preuves ! Des preuves! toujours des preuves f
L’'INSTITUTEUR
C’est une nécessité. Je n’y suis pour rien, Mentionnez des faits qui prouvent l’exagération. En avez-vous ?
L'Avocar.
Je n’en ai pas de présents à la mémoire.
ï L'INSTITUTEUR.
Vous devez on avoir. Cherchez un peu. Je ne croirai jamais que vous acousiez sans avoir en votro possession
au moins un fait, un simple fait à alléguer.
Le ZouAvE.
C'est cela ! On ne va à la guerre, qu’armé de la tête aux pieds.
L'INSTITUTEUR, à l’Avocat.
Voyons, monsieur, j'attends. Avez-vous des preuves ou n'en avez Vous pas ?
L’Avocar.
Je n’en ai pas de présentes à l'esprit.
LE ZouAvE.
Alors, rentrez au quartier. Vous viendrez au feu
lorsque vous serez muni.
L'INSTITUTEUR
L'auteur n’a rien exagéré. Il a atténué, et voilà tout, Tout ce qu’il dit est vrai, tout ce qu'il touche de difficultés est connu depuis iongtemps du public. Seulement il rétablit la vérité sur des points importants.
LE ZouAvE.
; Le public croyait que l’Evêque de Montréal avait tort dans Paffaire du démembrement ; l’auteur a prouvé le
contraire,
Chacun œuvre ino
Plusieur avait été d contraire,
Ona vor pie et cathol,
On a voul fait un deva religion ; la (
En précha beaucoup de à prouvé le ri
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LE VILLAGEOIS
Chacun croyait que le. Programme catholique était une: œuvre inopportune ; la Comédie prouve le contraire.
LA FEMME DU VILLAGEO!S
Plusieurs étaient sous l'impression que le programme avait été désavoué par les Evêques ; la Comédie proue le. contraire.
Le Zouave.
On a voulu donner le Code des C'urés comme une œuvre pie et catholique ; la Comédie prouve le contraire.
LE VILLAGEO!S.
On a voulu insinuer que les politiques s'étaient toujours fait un devair d'accorder aux Evêques ce qui était dû à lu. religion ; la Comédie prouve le contraire.
LE ZouAVE.
En prêchant des doctrines gallicænes et libérales,. beaucoup de gens se disaient ultramontains ; la Comédie a prouvé le ridicule d’une telle prétention.
LA. FEMME DE L’AVOCAT,. avec ironie.
Mais c’est un psaume que ces messieurs sont à chanter!
Les ZouAvE, riant.
C’est le Laudate des ultramontains, Madame.
LA FEMME DE L'AVOCAT, d'un air malicieux.
J'espère que vous allez le chanter en entier, afin que nous ayons. la consolation de savoir une jérémiade de plus.
Lx Zouaves.
S'il ne faut que cela pour faire plaisir à madame, nous sommes à. ses. ordres. La Comédie Infernale, en prouvant les
droits de l’Evêque, et en rétablissant la vérité sur toute l'affaire du démembrement, à fait cesser un grand scandale!
LA FEMME DU VILLAGEO!S
Les journaux libéraux prônaient partout que trois évêques avaient pu désavouer une œuvre essentiellement orthodoxe : sans la Comédie le public serait encore sous cette impression, et grand serait le scandale des âmes honnêtes, de voir la vérité combattue par ceux qui ont le devoir strict Ge la défendre.
LE VILLAGEONS.
On en avait tant dit sur ce pauvre programme, qu’à la fin plusieurs s'étaient persuadé que la vérité catholique est une chose dangereuse qu'il faut cacher à tout prix, et qu’il n’est pas permis d'affirmer publiquement sans le consentement des chefs politiques ! Suns la Comédie Infernale, on serait demeuré avec cette conviction fausse et scandaleuse.
LE ZouAvE.
Le Code des Curis, auprès d’une certaine catégorie d’intelligences, ne passait-il pas pour une œuvre de haute raison canonique et légale ? Combien d’esprits n’eut-il pas égarés, si la Comédie Infernule, ne l'eut fait connaître pour ce qu’il est en réalité !
LE VILLAGEO!S.
Le Programme, disait-on, n’a pas sa raison d’être. Les politiques n’ont jamais entravé l’Episcopat. Cependant les politiques avaient retiré les régistres à certaines paroisses de Montréal, sous le prétexte que l’évêque n’a pas le droit d’ériger des paroisses canoniques.
L’évêque est libre, seulement il ne peut pas seci, il ne peut pas cela. l'Eglise est libre ; seulement elle ne peut pas ceci elle ne peut pas cela! L'admirable liberté ! Les fameux politiques qui n’entraventque peu ou point ! Heureusement la
Comédie a cette libert.
À ceux q ment des d( bien grande le plus granc habits du vé