XVI PRÉFACE
par des apostrophes. Une telle ignorance des questions spéciales, qu'ils ont peur de s'y engager, pour ne pas s'exposer aux observations gouailleuses de quelques-uns de leurs confrères un peu plus dégrossis. Alors ils restent dans des généralités. Encore ont-ils soin d'enfler la voix autant qu'ils peuvent. Tels de mauvais pianistes qui mettent continuellement la pédale pour dissimuler leurs fausses notes.
Les tenants du parti protectionniste ont été bien naïfs s'ils ont cru qu'au lendemain des élections de 1889, la presse, comme un seul homme, suivrait le mouvement indiqué par Timmense majorité du pays. Ce sont, il est vrai, des travailleurs trop assidus à leurs terres ou à leurs usines, pour savoir ce qui se passe dans les ofTicines de la grande publicité et pour connaître le personnel qui les dirige. Ils étaient sans doute persuadés qu'aujourd'hui encore, comme autrefois, chaque journal se donnait pour mission de refléter scrupuleusement soit les tendances de l'opinion publique, — et alors ils étaient tranquilles, — soit la pensée de tel homme d'État sur toutes les parties de son programme, — et ils savent que ce genre d'orçanes, devenus bien rares, n'est pas à vendre. Ils ignoraient complètement que beaucoup de nos feuilles parisiennes, aujourd'hui aux mains d'hommes étrangers à la
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presse et d'une littémture qui échappe à tout classement, se sont assimilées à de pures boutiques commerciales, où lopinion, sous toutes ses formes, de la quatrième page au leadîog article, s adjuge au dernier enchérisseur. Sachant d'abord qu'ils pouvaient toujours compter sur le concours des quelques organes qui sont de longue date protectionnistes — en cela, nos amis ont même eu quelques déceptions, — ils se sont bravement reposés sur la bonne foi des autres.
Des autres..., c'est-à-dire des feuilles où M. Aurélien School prévoit qu'un jour « on demandera quarante francs la ligne pour annoncer une victoire d'un de nos généraux », et M. Francisque Sarcey que, « dans dix ans, on affermera la critique dramatique, comme on y afferme déjà la partie financière ».
Tels de nos amis, trop candides, ne sont pas encore revenus de leur étonnement. Cela fait, d'ailleurs, leur éloge.
Nous allons, sûrement, les scandaliser en leur montrant comment les choses se sont passées dans l'industrie éminemment parisienne des cuirs et peaux. Là, on trouve des gens qui ont pris, avec une joyeuse franchise, leur parti des nouvelles mœurs de la presse. Là, on est dans le mouvement.
Qu'ils lisent la lettre suivante, confidentielle