‹ La comédie libre-échangisteChapitre 20 sur 38 · Économiste français ^ avril · texte numérisé non relu

Économiste français ^ avril

elle Ta convaincu, lui-même, de la nécessité de la protection pour la viticulture. Elle m'eût prouvé que c'est folie de risquer les profits certains de notre marché intérieur — quel qu'en soit le chiffre — contre les profits incertains du marché extérieur. D'autre part, n'avons-nous pas l'exemple de nombreux peuples pour nous montrer que le système protectionniste est loin de nuire au trafic d'exportation de ceux qui l'adoptent? Ouvrez, si vous en doutez, les Annales du commerce extérieur (quatrième fascicule, avril 1890), vous y constaterez, par exemple, que, de 1876 à 1887, les États- Unis ont vu leurs exportations grandir de près de , trente-quatre pour cent, malgré les droits prohibitifs établis à leurs frontières. La Confédération Argentine a vu les siennes s'accroître de quatre-vingt-un pour cent ; la Russie, dont les tarifs ne le cèdent en rien à ceux de l'Amérique, de plus de cinquante-cinq pour cent.

On me répondra que cette augmentation porte, surtout, sur des matières premières, telles que la laine et les peaux, qui sont admises en franchise sur tous les maichés européens et que mon argument ne vaut rien.

Alors, je citerai l'Empire allemand qui, dans la même période, doublait ses recettes douanières, tandis que ses ventes à l'étranger s'accroissaient de plus I de vingt-trois pour cent. Je citerai l'Autriche-Hongrie qui grandissait les siennes de treize pour cent; l'Espagne, de plus de quatre-vingt-douze pour cent; et, comme conclusion, la France, qui, pendant ce tempslà, enregistrait une diminution de plus de neuf pour cent sur ses exportations?

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Faut-il rappeler aussi que, de 18S0 à 1859, alors qu'il était protégé, notre pays faisait monter ses ex^ y/^ portations d'objets fabriqués de sept cent quarante-six VU millions à quatorze cent trois millions, et ses exportations totales de un milliard soixante-huit millions k deux milliards deux cent soixante-six millions ?

La pratique est le continuel démenti des axiomes de l'École. Quant à moi, je fais bon marché de la solidité de l'exportation d'un peuple qui n'est pas d'abord maître de son marché intérieur, et où les agriculteurs et les industriels se demandent, chaque année, à leur inventaire, s'ils ne feraient pas mieux de fermer leurs usines ou de se débarrasser de leurs fermes. Au contraire, je suis de plus en plus pénétré de cette idée que la prospérité et la sécurité du commerce intérieur poussent à la recherche des débouchés, conseillent les sacrifices nécessaires pour les conquérir et favorisent l'esprit d'initiative.

Mais, j'y reviens toujours, comment nous entendre I Gomment pourrai-je, moi humble qui argumente terre à terre avec des faits et des exemples, convaincre un contradicteur qui me dit : « La question n'est pas de savoir s'il faut sacrifier les trente-cinq milliards du marché intérieur pour conserver une exportation de trois milliards deux cent soixante-dix milhons; elle est simplement de décider s'il convient de sacrifier trois milliards sept cent vingt millions d'eîcportation ? pour éviter une importation de quatre milliards et demi. Rien de plus? »

Ainsi d'autorité, contre toute évidence, on décrète

que la concurrence étrangère ne cause aucun préjudice au travail français; et toutes les sollicitudes se portent sur l'intérêt que nous aurions à conserver une importation supérieure à notre exportation. On affirme, comme parole d*Évangile, que « les trois milliards sept cent vingt millions (? ) exportés par nous payant les quatre milliards et demi importés, la difféf*ence constitue pour le pays un bénéfice net ».

c( Payant » est facile à dire ! Ainsi donc en 1887, par exemple, nous avons vendu pour quinze millions et demi à la Russie; et c'est avec le bénéfice réalisé sur cette vente que nous avons pu payer à cette puissance les cent soixante-dix-huit millions et demi de marchandises qu'elle nous a vendues !

Nous avons expédié, la même année, en Autriche- Hongrie, pour dix-neuf ou vingt millions de produits, et c'est avec les profits de cette opération que nous avons pu lui solder les quatre-vingt-dix-neuf millions que nous lui avons achetés !

Je croyais que ce vieux sophisme avait fait son temps. Il paraît qu'on le professe encore à l'École de droit. On y enseigne que « plus un peuple importe, plus il s'enrichit 1 » On écrit : « Il ne suffit pas pour se débarrasser des lois]économiques lorsqu'elles gênent, de les nier ou d*en oublier l'existence. Or, s'il en est une qui soit bien établie c'est, à coup sûr, celle que représente cette formule fameuse : Dans le commerce extérieur, les produits se payent avec les produits. Plu^ donc on importe, comparativement à ce qu*on exporte^ plv^ le gain est considérable, »

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