‹ La comédie libre-échangisteChapitre 21 sur 38 · I, ARMEE DU LIBRE-ECHANGE · texte numérisé non relu

I, ARMEE DU LIBRE-ECHANGE

En vérité, il ne suffit pas, pour se débarrasser d'un aliment gênant, de lui opposer une formule d'école, et quelle formule I la plus caduque, la plus abandonnée, la plus enfouie de tous les fossiles économiques.

Si encore on était logique avec une doctrine abolie 1 Mais en même temps, on proclame que plus un peuple exporte, plus il s'enrichit. Car, en définitive, on ne s'attaque à l'argument du marché intérimr que pour nous démontrer que notre marché extérieur est la clef de tout, On dit. en effet « Qu'on les supprime ces trois milliards sept cents millions (?) d'exportations et vous verrez ce que deviendront vos trente-cinq milliards de marché intérieur! » Et on affirme hardiment que « si nos industries d'exportation disparaissaient, elles laisseraient sans emploi des ouvriers par centaine de mille et que beaucoup mourraient de faim ! »

D'abord voudrait-on me dire ce qu'on entend par industrie d'exportation? Je vois bien autour de moi, des industries qui exportent, en même temps qu'elles alimentent le marché national; et je constate même que celles qui exportent le plus sont celles qui font les meilleures affaires sur le marché intérieur; mais je cherche en vain, une industrie fondée en France uniquement pour exporter, uniquement pour vendre ailleurs ses produits.

Mais passons. Et qu'il me suffise de demander comment on parvient à concilier l'axiome de Say : « Une nation gagne d'autant plus que la somme des produits qu'elle importe surpasse la somme des pro-

duits qu'elle exporte », avec ce souci de Texportation avec cette sollicitude pour ces industries d'exportation qu'on considère, je le répète, comme la clef de voûte de notre édifice commercial intérieur.

Des âmes simples pourront se dire : « Puisc[ue nous nous enrichissons d'autant plus que nos achats dépassent nos ventes, tout^ exportation nous appauvrit. Donc, n'exportons plus, ou exportons le moins possible. Moins nous exportons, plus la différence en faveur des importations sera considérable et plus le pays s'enrichira. » Et les âmes simples auraient raison.

On ne peut sortir de là qu'en appelant à la rescousse de cette surprenante argumentation le commentaire de M. Baudrillard, de l'Institut *, qui, dans un excès de zèle économiste, crut devoir donner plus de force à l'axiome de J.-B. Say en affirmant positivement que les exportations nous appauvrissaient :

« On disait que la balance du commerce était favorable quand l'excédent était en faveur de l'exportation I (k)mme si l'importation, qui représente les objets utiles au travail et à la vie entrant dans le pays, n'était pas Texpression plus directe et plus immédiate du bien-être que VexportatioUy expression des choses utiles qui s'en vont! »

Ce qui revient à dire qu'un marchand se ruine au fur et à mesure que les marchandises, vendues par lui, sortent de son magasin; tandis qu'il s'enrichit au fur et à mesure qu'il fait entrer dans son magasin des

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