‹ La comédie littéraire: notes et impressions de littératureChapitre 11 sur 54 · LE POÈTE DU SILENCE : M. GEORGES RODENBACH · texte numérisé non relu

LE POÈTE DU SILENCE : M. GEORGES RODENBACH

M.Georges Rodenbach a de trente à quarante ans; il est né, je crois, en Hollande, ou en Belgique, ou dans les Flandres françaises. Sa physionomie n'a rien, au premier aspect, qui vous saisisse. Il est très blond, très calme (du moins il le paraît), son œil est bleu et limpide. A le voir ainsi, sans lui parler, on pourrait le prendre indifféremment pour un filateur de Lille, pour un armateur d'Anvers ou pour un honnête marchand de tulipes.

Eh bien! ce jeune homme grave est un poète exquis, un penseur très original, un observateur minutieux, un analyste pénétrant, enfin un artiste, dans la plus rare acception du mot...

Vous est-il arrivé de revenir, après de longues années, dans la maison où s'écoula votre enfance? V^ous aviez quitté cette maison, vous Taviez oubliée, et vous la retrouvez telle qu'elle était autrefois, plus silencieuse seulement et plus triste... Soudain, les

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souvenirs s'éveillent en vous, une étrange émotion vous saisit, chacun des objets, qui frappent vos yeux, vous semble un lointain ami... Vous vous sentez glisser sur la pente des réminiscences et des tendres rêveries. Vous vous laissez tomber dans un vieux fauteuil en velours d'Utrecht, — le fauteuil de Taïeule, — vos yeux se ferment à demi, et dans la solitude engourdie des grandes pièces, vous revivez doucement et lentement les heures passées. Il vous semble que tout s'anime autour de vous, que les murs ont une voix et vous parlent, que les portraits de famille vous contemplent, que le vieux clavecin, où vos doigts se sont posés jadis, vous sourit, et que les rideaux de la fenêtre s'écartent en signe de joie pour laisser passer un rayon de lumière...

Toutes ces sensations confuses, M. Rodenbach a trouvé le moyen de les fixer, en des vers dont le tour est peut-être un peu subtil, mais d'une infinie et minutieuse délicatesse. Pour se rendre compte de ses procédés, il sullit de prendre, presque au hasard, un de ses morceaux :

Dans les chambres, comme ils parlent, les vieux portraits Dont la bouche a gardé des roses d'azalées...

(Des roses d azalées... Peut-on mieux exprimer rose un peu pâli des vieilles peintures, ce rose qui rappelle en ell'et les Heurs d'azalées?)

(>)mmc ils parlent tout bas, malgré leurs yeux disirai Ih Qui regardent au loin des choses en allées.

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