‹ La comédie littéraire: notes et impressions de littératureChapitre 17 sur 54 · LA POLITIOVE DE M. FRANÇOIS COPPÉE · texte numérisé non relu

LA POLITIOVE DE M. FRANÇOIS COPPÉE

parlementaires donnèrent un nouvel élément à cette généreuse misanthropie. Et c'est ainsi (du moins je le suppose) que Coppée en arriva, tout doucement, à publier des articles de journaux qui par le ton, l'allure, l'àpreté d'invective ressemblent à des pamphlets.

Lorsqu'on relit en volumes ces articles, il s'en dégage une impression curieuse. François Coppée y revêt des aspects multiples , que je voudrais essayer de fixer. Il s'y montre, tour à tour, chauvin et bourgeois, aristocrate et gavroche, idyllique et violent, réactionnaire et socialiste. Il a des nerfs de femme et des fureurs de tribun.

Le chauvin. — Coppée, quand il était gamin, devait suivre dans les rues les musiques militaires et oiarquer le pas au son du tambour. Il a conservé une faiblesse pour l'uniforme, le panache. Il aime Napoléon, à cause de ses victoires. Il vibre au récit de ses exploits. Né trente ans plus tût, il eût applaudi l'acteur Gobert au cirque Olympique, il eût chanté au dessert les chansons de Déranger. Son ardeur patriotique éclate en accents émus. Il s'extasie sur un garçon jardinier qui est allé passer treize jours au régiment; il admire la fière allure des soldats préposés à la défense de notre frontière; et il s'écrie, emporté par un élan de pieux enthousiasme :

Soldats de vingt ans, fleur de mon pays, je ne suis qu'un homme vieilli et malade, qui, le jour du départ, ne

pourrait vous suivre jusqu'à la première étape. Mais je sais bien qu'en vous est le suprême espoir, le salut de la France, et de toute la chaleur de mon âme, je vous aime et je vous bénis !

Ces sentiments sont hautement respectables. Peut-être y entre-t-il un soupçon de redondance. On croit voir un bon vieillard à cheveux bouclés qui lève vers le ciel des yeux pleins de larmes et des mains tremblantes. — Adorant son pays, Coppée doit haïr nos ennemis séculaires. Il a horreur de l'Allemand, non seulement de l'empereur Guillaume et du prince de Bismarck, mais des Tudesques plus ou moins inoffensifs qui servent comme garçons de restaurant dans les hôtels cosmopolites et qu'il accuse de préparer « l'invasion et le pillage de l'avenir et de choisir déjà leurs pendules ^ » Paul Déroulède applaudirait des deux mains à ce langage...

Le bourgeois. — Si Coppée aime les batailles, il ne déteste pas les douceurs du coin du feu. Et en cela il est bien de la race de Désaugiers et de Jérôme Paturot. 11 ne comprend pas que l'on sorte de cette bonne France pour aller courir au loin les aventures. Au lit d'auberge il préfère le lit familial garni de draps qui fleurent la lavande ou la bergamote. Aux maisons à quinze étages de Chicago il préfère l'humble toit où naquirent et moururent ses

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