Mon franc parler, p
de battre le ra-pla-fla devant ses élèves, et de débiter des phrases creuses.
Cela est excessif, paradoxal, injuste. Mais cela est pittoresque, cela vous pique la langue comme un verre de vin bleu. C'est du meilleur cru de Suresne...
Le socialiste. — Mon Dieu! François Coppée n'approuve pas les crimes de Vaillant et de Ravachol... La dynamite lui répugne... Et cependant!... Il écrit certaines pages que pourrait signer Louise Michel. Le poète n'excuse pas, mais il explique — ce qui équivaut à unedemi-absolution . Serrons de près sa pensée :
On aurait pu, avec un peu de chaleur d'âme et un peu de courage, réconcilier et unir les partis, grouper les bonnes volontés, dans une ligue pour la paix sociale, dans une croisade contre la misère! Que c'eût été beau pourtant de lever, sur l'opulente moisson du capital^ la gerbe de ceux qui ont faim, d'émonder, de Farbrc de l'héritage, le fagot de ceux qui ont froid! Que c'eût été beau de rappeler énergiquement aux hommes qui jouissent et qui rient qu'ils doivent une large dîme à leurs frères qui souffrent et qui sanglotent!
Eh! oui, les riches auraient dû se dépouiller pour les pauvres. Mais ils n'y ont pas songé... Dès lors, les pauvres ne sont-ils pas en droit de lever l'étendard de la révolte?... Et plus loin : « Les prolétaires ont beau être électeurs — c'est-à-dire rois — ils sont quand même esclaves. Depuis longtemps, on les
LA l'Ol.lTHJlE DE M. FHAMIOIS COPPÉE 101
mène avec de grandes phrases, comme on les menait jadis à coups de bâton. Or, ils n'y croient plus aux harangues. Que sont les anarchistes? Les futurs combattants d'une guerre servile qui n'attend que son Spartacus. » N'en déplaise à, l'auteur de Severo- 7o/r///', je crois que son cœur parle ici plus haut que sa raison. Et encore, est-ce bien son cœur qui parle? Il y a dans cet excès de mansuétude une nervosité un peu maladive. 11 semble que François Coppée se soit laissé gagner par l'exaltation fiévreuse de Mme Séverine. Je conçois que Ton s'intéresse au sort des déshérités, non au point de méconnaître les améliorations essayées et les progrès accomplis... Je veux bien que les ouvriers ne roulent pas sur l'or. Cependant le prix de leurs salaires a doublé depuis cent ans. Et s'ils ne jouissent pas sur terre d'une parfaite félicité, ils ressemblent en cela à un certain nombre de capitalistes. Il y a d'autres misères que celles qui naissent de l'argent...
L'aristocrate. — L'anarchiste qui palpite en François Coppée se double d'un aristocrate assez hautain. Almaviva bafouant Bartholo, le marquis de la Seiglière accablant de son mépris l'avocat Destournelle, M. de Sottenvilie rabrouant Georges Dandin ne sont pas plus dédaigneux que ne Test le doux écrivain envers nos députés, nos sénateurs, nos ministres, envers tous ceux qui, de près et de loin, touchent au gouvernement de la République. C'est un déluge d'invectives. Et quelles invectives! La
Chambre est une caverne de vendus et d'acquittés (allusion aux scandales de Panama). M. Grévy est un fesse-mathieu et un vieux ladre. De grands mots couverts de boue : telle est Fimage de Téloquence politique. Les hommes qui sont au pouvoir n'ont su donner au peuple ni pain ni gloire; ce sont des politicards de malheur^ des farceurs., d'infâmes chéquards, donnant au pays le spectacle d'une répugnante agonie.
Ces mots sont textuels et je n'en cite que quelques-uns. Sans glisser sur le terrain de la politique, je ne puis me dispenser de constater qu'ils manquent de mesure et d'atticisme. M. Coppée estime que la France pleure sa gloire perdue. La faute en est plutôt imputable aux hommes d'hier qu'à ceux d'aujourd'hui. En tout cas, elle a depuis vingt ans pansé ses blessures et reconquis un prestige auquel l'Europe, moins rigoureuse que M. Coppée, se fait un devoir de rendre hommage... Et puis, Coppée estil bien sûr que nos hommes d'Etat soient beaucoup plus malhonnêtes que ne le furent leurs prédécesseurs, ou que ne le seront leurs successeurs éventuels? Qu'il se rappelle cette devise placée par Alphonse Karr au fronton d'un de ses livres : Plus ça change, plus cest la même chose. Ainsi s'exprime le philosophe, devenu sceptique, et qui juge inutile de se fâcher.
Rassemblez ces traits épars, réunissez sur la même léte ces qualités et ces défauts, ces partis pris, ces