DEIX POÈTES DES CHAMPS 12U
Qu'avril met dans les solitudes, Voix de bergers et voix d'oiseaux, Chants des feuillages et des eaux, Des vallons et des altitudes...
Alors il s'adresse au petit Jacques, le fils d'un vieux berger qu'il a connu autrefois, et il lui demande des nouvelles du pays. Les ruisseaux qui charmèrent son enfance arrosent-ils les mêmes prairies? Les rosiers continuent-ils de s'épanouir et les blés de jaunir au soleil de mai? Les amoureux vont-ils toujours, comme au temps jadis, rêver dans le petit bois de hêtres?
Lorsque dans les genêts fleuris, Les fins genêts aux verts abris Auxquels mon cœur reste fidèle, Douillettement tu te blottis.
Ce qu'elle me disait jadis.
L'alouette te le dit-elle?
As-tu, pastoureau de quinze ans, Quelque voisine aux yeux luisants Et purs comme l'eau des fontaines, Avec qui vous vous rencontrez A certains jours, dans certains prés, Vers le fond des combes lointaines?
Si tout cela se fait encor, Si les genêts ont des fleurs d'or, Si la source a des eaux sans rides, Les bois des nids, les prés du miel.
L'alouette des chants au ciel.
Les enfants des amours candides,
Rien n'a changé depuis vingt ans, Et je reconnais nos printemps Tels que je les voyais vers Pâques Quand j'étais un petit berger.
— Toi non plus, ne va pas changer :
Reste berger, mon petit Jacques!
Connaissez-vous rien de plus pénétrant, de plus exquis que ces strophes? M. Fabié en a produit un certain nombre d'aussi sincères, qui méritent de vivre et qui dureront. Une main intelligente opérera plus tard un triage de ses œuvres; elle mettra de côtelés morceaux d'inspiration. Et M. Fabié affrontera ainsi la postérité, avec un volume tout petit, mais qui sera bien à lui et rien qu'à lui. Savez-vous beaucoup d'écrivains de qui l'on en puisse dire autant?