‹ La comédie littéraire: notes et impressions de littératureChapitre 30 sur 54 · I.ITTÉR ATIRE helvét1(^h:e · texte numérisé non relu

I.ITTÉR ATIRE helvét1(^h:e

le rudoie, il baisse la tête et offre à Dieu cette épreuve; si son tuteur Tinvite à boire, il refuse de se rafraîchir par discrétion ; si l'instituteur du pays — un âne bâté — commet une bévue, il s'abstient de le faire remarquer pour ne pas humilier le brave homme. Ce David est une perle, une créature pétrie de toutes les perfections; il est sobre, économe, point avare, reconnaissant, généreux, intelligent, il craint le Seigneur, révère la magistrature, écoute avec respect la parole des anciens. On ne saurait le prendre en faute, il échappe à toute critique... Les autres figures du roman sont également suaves. L'excellent Gaspard suffirait, à lui seul, à réhabiliter l'espèce humaine. Il cache, sous sa rude écorce, des trésors de tendresse, il adore cet orphelin que le ciel lui a envoyé, il l'aide de ses conseils et de sa bourse. Ne croyez pas cependant qu'il lui lègue ses biens. Gaspard a des neveux éloignés qui sont des héritiers naturels. Il n'a pas le droit de les frustrer; et Gaspard est l'esclave du devoir. Son testament est un modèle de modération et d'équité. Julie — la fiancée de David — pourrait servir d'exemple aux jeunes filles des temps présents et futurs. Elle résiste à la volonté de son père qui voudrait lui faire épouser un riche héritier qu'elle déteste, mais elle résiste avec humilité, avec décence, ainsi qu'il convient à une enfant chrétiennement élevée. Elle proteste par sa tristesse, par son silence. Aucune parole aigre ne lui échappe. Et elle ne se permet

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pas de lever les yeux sur celui qu'elle a choisi; sa tendresse se trahit par des rougeurs furtives et par des pleurs hâtivement essuyés.

Je pourrais poursuivre cet examen, vous présenter tour à tour le maître d'école Ambrezon, peu ferré sur la grammaire, mais si dévoué à la commune; le gentilhomme campagnard M. de Tresme qui réunit chaque jour ses ouvriers pour leur lire un chapitre de la Bible et qui édifie le canton par la perfection delà sagesse... A ce capitaliste estimable s'oppose le mauvais capitaliste, un certain M. Sarpan, la seule figure antipathique de fouvrage. Mais aussi quel châtiment lui est infligé! Si vous saviez comme ce vilain Sarpan meurt tristement, honni, haï de tout le monde, assisté du seul David, qui consent, par esprit évangélique, à oublier ses forfaits et à lui tendre la main ! . . .

Cet optimisme béat qui, chez un autre, nous semblerait ridicule, ne nous déplaît pas ici, tant nous le sentons sincère. Urbain Olivier était pénétré de bienveillance... Il contemplait ses semblables à travers un voile rose qui atténuait leur laideur. D'autre part , il croyait remplir une mission divine en semant autour de lui, sous la forme du roman, la sainte parole. Ses livres sont évidemment destinés à développer, chez ceux qui les lisent, le goût du travail, l'horreur du vice, le respect de la morale. A chaque lin de chapitre éclatent des apostrophes, des prières et des digressions qui veulent être élo-

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queutes — et qui le sont en effet. Car Urbain Olivier n'est pas un rhéteur, mais un croyant, mais un apôtre qui révère profondément les vérités qu'il enseigne. Il possède encore un autre mérite. Et c'est par là qu'il est digne de fixer l'attention. Il sait peindre, il est artiste. Il évoque avec une intensité surprenante la physionomie, le caractère du pays où il a vécu. L'âme d'un poète palpite dans les pages de son livre. Elle s'y épanouit sans effort, ainsi qu'une rose au soleil... L'écrivain décrit ce qu'il a vu, sans y chercher malice; et de sa placidité, de sa sérénité, de son zèle apostolique s'exhale une pénétrante saveur de terroir. Ce roman fleure l'honnêteté, comme les draps de campagne fleurent la lavande...

... Je comprends, à présent, que notre littérature ait la réputation d'être libertine et qu'elle excite la défiance des puritains étrangers. A côté de VOrpheitn d'Urbain Olivier, le plus pur des romans français semble un monument de dévergondage. Paul Bourget doit passer aux yeux des Vaudois pour un suppôt de Satan, Guy de Maupassant pour un petit-fils du marquis de Sade et André Theuriet pour un écrivain libidineux...

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