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LE ROMAN POPULAIRE : M. EMILE RICHEBOURG

cette croix! Elle nous poursiiil, nous assassine... Nous la retrouvons embusquée au coin de chaque feuillet. Le garde forestier Anglade la montre à sa lîUe, il la place dans un cadre au pied de son lit, il Tarrache de sa boutonnière en apprenant que Gabrielle a fauté, il meurt en la couvrant de baisers. Et nous avons beau révérer et chérir la croix d'honneur, M. Richebourg nous la ferait prendre en haine, tant il met d'intempérance à célébrer son prestige. Il produit sur nos nerfs le même agacement que certains patriotes qui roulent les yeux, gonflent la voix, et ont Tair, en buvant leur curaçao, de voler à la frontière.

3*^ Reste le style. Il est moins ridicule que je n'aurais supposé. J'ai vainement cherché dans Cendrillon un pendant à la fameuse phrase : sa main était froide comme celle d'un serpent. Çà et là, j'ai noté quelques métaphores laborieuses. Voulant peindre les périls auxquels sont exposées les jeunes paysannes dans les grandes villes, l'auteur dira : « Elle ignorait que l'oiseau qui se laisse apprivoiser ne retrouve pas toujours l'usage de ses ailes pour s'enfuir au moment d'un danger. » Et plus loin : (( Cette fille ingrate pour laquelle elle avait tout fait... était le serpent de la fable quelle avait réchauffé dan% son sein »... Ou encore : « Soyons indulgents pour celles qui sont tombées, n ayant pas vu Vablme sous les touffes de fleurs. » Mais l'ensemble est raisonnable et quelconque. La langue

qu'écrit M. Richebourg est grossièrement tissée, mesurée au kilomètre, sans aucun sentiment de finesse ou d'élégance, ce qui ne veut pas toujours dire sans prétention. C'est un gâchis de maçon qui sait recrépir un mur. Ni plus, ni moins...

Et maintenant si vous me demandez quelles peuvent être la portée et l'influence morale de ce roman : je le crois inofï'ensif. Il présente du moins cet avantage sur les romans dits judiciaires qui exaltent les malfaiteurs et transfigurent en héros les gredins de cours d'assises. La jeune ouvrière, qui descend le matin des hauteurs de Belleville pour se rendre à l'atelier, ne puisera pas dans Cendinllon de mauvais conseils. Elle y trouvera même des exemples consolants qui, si elle est portée à la rêverie, berceront ses misères. Elle songera aux fils de notaire qui épousent des piqueuses de bottines, et aux petites modistes qui sont adoptées par des duchesses. Elle n'y apprendra pas comment Voltaire a écrit Candide. Mais il n'est pas nécessaire qu'une demoiselle de magasin lise Candide. Peut-être vaut-il mieux qu'elle lise Cendrillon.

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