LE PREMIER ROMAN DE M. EMILE ZOLA
Il parut en 1867 et portait ce titre : le Vœu d'une morte. Je Tai lu avec curiosité, espérant y découvrir quelques promesses, quelques symptômes du grand talent de M. Zola. Je suis revenu, à peu près, bredouille. Ce Vœu d'iine morte ne ressemble pas plus à Germinal ou même à la Faute de Vabbé Mouret, qu'une idylle de Florian ne ressemble à un roman de Stendhal. Par-ci, par-là, on saisit, au milieu des pages, quelques épithètes, quelques expressions, quelques tours de phrases, qui annoncent la manière de l'écrivain. Par exemple, au début du premier chapitre, je note ces lignes : « Ici tombait une mélancolie; les bruits de la ville montant plus vagues. » Et plus loin : « Une immense sérénité berçait les campagnes; il venait, on ne savait dVjù, un silence plein de chansons adoucies. » Nous retrouvons là les procédés de description qui sont particuliers à l'auteur du Bêve. A côté de ces passages, j'en relève d'autres, qui sont vraiment
étonnants d'emphase naïve, et qui ont dû éveiller plus d'un sourire sur les lèvres de M. Zola, s'il a jamais relu ce vieux livre.
Voulant, par exemple, dépeindre la dépravation d'un homme du monde qui adore une danseuse, M. Zola écrit : « Si, de plusieurs jours, il ne pouvait voir son cher vice, il pensait qu'en se dépêchant, il aurait bien encore le temps de V embrasser une fois. » Embrasser un vice! « Oh! là là! » dirait Mes Bottes... Ailleurs, Zola, désirant nous rendre la physionomie d'une coquette, à qui l'on débite des douceurs, s'écrie : « La jeune femme, languissamment assise, un sourire aux lèvres, penchait à demi son front rêveur; elle paraissait écouter la musique des Anga et vivre loin de la terre, dans un monde idéal. » La (( musique des Anges ». Ceci nous ramène au temps de M""^ Loisa Puget. Le livre est écrit de la sorte, jusqu'à la fin. C'est un mélange de fadeur sentimentale, d'ironie laborieuse, avec, de loin en loin, quelques échappées lyriques. En somme, la pâte de ce style est fort ordinaire et ne laisse rien soupçonner du puissant artiste qui devait naître.
Le fond du roman est, s'il se peut, plus naïf encore. Il repose sur une donnée dont l'optimisme est invraisemblable. Il met en scène un jeune homme, Daniel Raimbaut, qui est un modèle de courage, de dévouement et d'abnégation. Ce Raimbaut a été élevé par les soins d'une grande dame, M°° de Rionne, qui l'a mis au collège et lui a fait