‹ La comédie littéraire: notes et impressions de littératureChapitre 39 sur 54 · I.E I>REMIER ROMAN DE M. EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

I.E I>REMIER ROMAN DE M. EMILE ZOLA

donner de rinstruclion. M™° de Rionne est mariée à un misérable égoïste, viveur endurci, qui l'abandonne pour courir les cocodettes. La pauvre femme, minée par le chagrin, se sent défaillir; elle fait venir Daniel et lui tient en substance ce discours : « Je vais mourir; tu veilleras sur ma fille Jeanne; elle a six ans, tu en as seize; je te charge de lui trouver un mari. » M'"*' de Rionne meurt. Daniel jure d'exaucer le vœu de la morte. Malheureusement le père lui rend difficile Taccomplissement de ce devoir. Désirant vivre en garçon, il se débarrasse de la petite Jeanne, en l'envoyant chez sa tante; celle-ci se débarrasse de sa nièce en la mettant au couvent. Si bien que l'infortuné Daniel reste douze ans, le bec dans l'eau, sans voir la pupille qu'il se proposait de surveiller. — Jeanne sort enfin du couvent. Daniel, pour se rapprocher d'elle, entre en qualité de secrétaire chez l'oncle de la jeune fille. Il habite ainsi sous le même toit. Vous croyez que le brave garçon va tomber amoureux de la petite, lui déclarer sa flamme, lui révéler le « vœu de la morte ». Vous n'y êtes pas; Daniel aime en efl"et la jeune fille; mais il ne lui dit rien. Il refoule son secret. Un autre homme la demande en mariage ; I et il continue de garder le silence. Le mariage se fait. Daniel se tait toujours. Jeanne est malheureuse en ménage. Daniel reste muet. Elle devient veuve. Là, Daniel pourrait concevoir de légitimes espérances... à condition qu'il parlât, qu'il avouât son

amour... Il se contente d'écrire des lettres brûlantes, mais il ne les signe pas. Qu'arrive-t-il ? la jeune veuve attribue'ces lettres au meilleur ami de Daniel, et se prendra l'adorer... De sorte que ce malheureux Daniel, qui croyait plaider pour son propre compte, se trouve avoir gagné la cause d'autrui. C'en est trop; il s'éloigne, toujours sans ouvrir les lèvres. Il va mourir au bord de la mer; et lorsque la jeune veuve, enfin désabusée, accourt pour le consoler, il est trop tard; le pauvre homme lui sert la main et rend le dernier soupir... Voilà bien des malheurs, bien des tortures accumulées sur une seule tête I Ce Daniel est un mémorable exemple des infortunes humaines. Jamais grand cœur ne fut plus cruellement frappé.

Il n'est pas nécessaire de faire ressortir les invraisemblances, les erreurs d'analyses dont ce récit est affligé. N'oublions pas que le Vœu d'une morte est une œuvre de jeunesse, et qu'elle a droit par cela même à toutes nos indulgences. Il serait trop facile, et bien inutile de s'en moquer... D'ailleurs, l'avouerai-je,j'ai lu cette œuvre d'un trait, et — malgré ses naïvetés, ses défaillances — j'y ai goûté un réel plaisir. Ce roman, par sa conception et par son style, appartient^à la convention, et pourtant il est sincère . Zola y retrace les mésaventures d'un jeune homme pauvre; or, à réj)or[ue oîi il l'écrivit, l'auteur était lui-mémo malheui-oux, inconnu, besogneux; il demandait sa subsistance à un labeur acharné.

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