‹ La comédie littéraire: notes et impressions de littératureChapitre 7 sur 54 · LE COMTE MATHIAS VILLIERS DE L'ISLE-ADAM · texte numérisé non relu

LE COMTE MATHIAS VILLIERS DE L'ISLE-ADAM

C'est une étrange figure que celle du comte Malhias Villiers de TIsle-Adam, et qui vaut la peine d'être esquissée. Il naquit en Bretagne — terre des rêves. Il descendait effectivement d'une très illustre famille. Un de ses ancêtres prit part aux croisades; un autre, Pierre de FIsle-Adam, fut sénéchal et porte-oriflamme de France en 1355; un autre, Philippe, grand-maître de l'ordre de Malte, défendit en 1521 l'île de Rhodes contre Soliman. Mais si le nom des Villiers s'était transmis d'âge en âge leur patrimoine s'était effrité... Il n'en restait que des bribes au commencement de ce siècle, et le père de Mathias, le marquis de Villiers de l'Isle- Adam en était réduit à vivre médiocrement sur les ruines de son antique gentilhommerie. Il tâchait de suppléer à l'insuffisance de ses ressources en se lançant dans de folles entreprises, fondant une Société pour récupérer les biens dus aux émigrés et confis-

qués par la Révolution française; organisant sur divers points de Bretagne des fouilles à l'effet de découvrir dévastes trésors; ayant toujours en tête de chimériques projets et courant après la fortune, tandis que sa femme, fidèle gardienne du foyer, priait dévotement le Seigneur.

Tel est le milieu où Mathias fut élevé. Il subit la double influence de son père et de sa mère. Le premier lui légua son humeur aventureuse, la seconde son mysticisme exalté. Un accident acheva de le troubler. Il fut enlevé par des bohémiens et, pendant deux ans, il mena une existence vagabonde, courant de ville en ville, couchant à la belle étoile. Il s'était pris d'une telle affection pour ses ravisseurs, qu'il fondit en larmes quand le marquis le força de réintégrer le toit paternel. Vous devinez l'influence de ces événements sur une âme romanesque. Villiers en reçut un pli qui ne devait pas s'effacer; il avait rompu, dès son âge le plus tendre, avec la société régulière. Il ne voulut jamais se rapprocher d'elle. En vain l'emprisonna-t-on dans un collège; on ne put le plier à la discipline; il avait l'allure d'un révolté; il tenait à ses camarades des discours troublants; ses yeux lançaient des éclairs. Il effarouchait SCS maîtres par l'incandescence de ses doctrines. Et, dans le silence de l'étude, il griffonnait des vers hugothiques, hérissés d'antithèses et ruisselants de lyrisme. Le marquis et la marquise, pleins de tendresse et d'illusions, jugèrent qu'un

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