‹ La comédie moderneChapitre 3 sur 6 · HUBERT · texte numérisé non relu

HUBERT

.... Je comprends, vive, la coterie !

Mais pourquoi celle-là plus qu'une autre, mon fils?

l'HILIPI'E.

Non, ta ne comprends pas. — J'y fais douMe profil Elle donne à mon nom un air de bonne r Et mon nom dans -

Quel chapitre

De morale pratique on ferait sous ce titre : « Importance du choix, d'une convie ion • Pi ir un homme au début d Tant pis pour le ni;ds. tant ; Qui n'a pas pris d'abord l'opj

Les services rendus à la boni!'' i , trône

et à l'autel, à la nobl gitimité, ;

vent ausM anoblir. Il y a la n et î î noblesse de la pa et celle de Berryer : « D'illasl orateur, il n'y a ifti i la main. L épée aussi. Il y a I 3 Vendéens d ■ la tribune ne ceux du champ de bataille (2). »

Ici se présent I il , l'enfant «lu peuple,

le fils de la Révolu , in, s'est enrichi en acquérant l'homme de 89 converti à la bo cause:* Une sent plus d - ncceurlemoiE

(t) La Jeune&ëC. II, v.

(2) Le Fils de aboyer, acte I,

virus libéral ; il a complètement renoncé à Voltaire et à ses pompe?. » Ne lui parlez plus de ce monstre; c'est lui et son ami Rousseau qui ont tout perdu. Tant que les doctrines de ces vauriens-là ne seront pas mortes et enterrées , il n'y aura rien de sacré, nul ne pourra jouir tranquillement de sa fortune. « îl faut une religion pour le peuple, » pense Maréchal depuis qu'il n'est plus du peuple. « J'irai plus loin , ajoutel-il : il en faut une même pour nous autres ; revenons franchement à la foi de nos pères. On ne viendra à bout de la Révolution qu'en détruisant l'Université, ce repaire de philosophie La seule I (ans l'ordre politique comme ; noral, c'e4 la foi ! Ce qu'il faut enseignes- au peuple, ce ne sont pas les droits do l'homme: ce sont les droits de Dieu; car les vérités dangereuses ne sont pas des vérités. L'institution divine de l'autorité, voilà le premier et le dernier mot de l'instruction primaire! (1) »

Cette conversion de Maréchal n'est pas pn ■.•:• sèment désintére sée; on le récompensera large-

(i) Le Fils de Giboyer, acte ï, se. vi, acte Ht, se. n

ment. D'abord, il seraadiiii.-n.-m tousle salons du noble faubourg; il siégera à la Chambre au milieu des comtes, des ducs, des marquis, noms les plus purs, des titres les plus authentiques de l'histoire de France; il traitera a ■ d'égal à égal et les appellera même, au h >H iin, par leur petit nom tout court. Dans la nouvelle campagne parlementaire qui va s'ouvrir, on lui confiera le soin de prononcer le discours, program et manifeste du parti ; puis sa lille épo | i comte véritable, le neveu d'un marq lis; enfin, il sera fait baron. Convenons-en, il y a i quoi tourner des têtes plus solides que celle

de Maréchal; mai.-, est-il possible que le ;

nobiliaire et clérical prenne au sérieux de j areils

auxiliaires? Le marquis l'A:

tement sur ce point: « No

d'unfoudred'élo luence.p'

les discours..

crue.... un ar

libéral, un voltaii

armes et bag

homme; c'est

nous. Je l'aime, moi, i

qui a pris la R

n'a plus rien à y g

qui l'apporta et refaire à son profit une petite France féodale. Laissons-lui retirer nos marrons du feu, ventre-saint-gris ! Pour ma part, c'est ce réjouissant spectacle qui m'a remis en humeur de politique. Vive donc M. Maréchal et tous ses compères, messieurs les bourgeois du droit divin ! Couvrons ces précieux alliés d'honneurs et de gloire, jusqu'au jour où notre triomphe les reaverra à leur moulin. »

Tel est l'emploi subalterne attribué au bourgeois. Autrefois grand premier rôle dans le drame progressif et révolutionnaire, il ne remplitplus aujourd'hui que l'office de doublure dans la comédie conservatrice et réactionnaire il expie par cette humiliation le crime impardonnable d'avoir forfait à sa destinée, fait défaut à sa tâche, choisi son idéal dans l'ancien régime au lieu de le prendre dans le nouveau. Les trois grands vices de la noblesse du 'XVIIIe siècle, à savoir : le mépris du travail, le luxe, l'immobilisme, le bourgeois moderne 2 les est appropriés avec empressement, et par suite il a contracté un quatrième vice : le Sorvilisme. Lui qui autrefois dirigeait la France par la diffusion des lumières, par l'opinion, par l'action, lui qui faisait et défaisait les gouvernements, il

fléchit aujourd'hui les genoux devant le pouvoir pour en obtenir des places et des honneurs ; cette noblesse qu'il dominait, qu'il avait renversée, il s'incline devant elle pour en obtenir des brevets de bonne compagnie; ce clergé qu'il réformait, qu'il moralisait, qu'il éclairait, il lui demande humblement et le plus souvent hypocritement sa bénédiction, son absolution pour ce monde et pour l'autre.

J'ai parlé jusqu'ici de la haute bourgeoisie, de la bourgeoisie riche représentée an théâtre par les Poirier, les Fromentel, lesfienoîton, il me reste à dire un mot de la petite bourge incarnée dans le typo de M. Prudhomme par un écrivain spirituel et qui, pour modeler i 1er, créer son héros, s'est fait à la t'ois au! acteur, dessinateur.

M. Prudhomme , élève de Brard Orner, professeur fécritw auprès des cours et tribunau lion vivante de la sotte su terie ignorante, de la bêtise go jusqu'à en crever, du sentinn importance.

Enfait (rarl.de littérature dhomrae enestrestéa

La romance de la reine Hortense, Partant pour la Syrie, représente à ses yeux l'idéal poétique et musical. Pour lui les femmes sont toujours le beau sexe, une femme est une belle; un miroir est un conseiller des grâces. Son jargon prétentieux est un composé hybride de périphrases poétiques et de formules redondantes empruntées à la phraséologie des avocats de police correctionnelle, des procureurs et des huissiers. Le presse-t-on, dans une fêle de famille, de lire des vers de sa composition, il répond sur le ton d'une plaisanterie aussi légère que celle de l'âne de la fable : « J'ai « beau évoquer mes souvenirs, compulser les « registres de ma mémoire, je n'ai de ma vie vu « d'exemple d'une persécution semblable, elle « est inouïe, intolérable, c'est me traîner en « quelque sorte pieds et poings liés comme un ifâme criminel, c'est m'attacher an pilori. » Puis se tournant avec un geste empathique vers les personnes qui le sollicitent : « Eh bien ! oui, » monsieur, je la ferai cette communication, « puisque vous me poussez jusque dans mes « derniers retranchements, et saurai me rendre « digne de la haute confiance dont ces dames « ont bien voulu m'honorer. »

îl lit ensuite, sous le nom de vers, ùqi bouts-

rimes dans lesquels les contre-sens, les coq

l'âne s'épanouissent au milieu de la platA de la forme et de la nullité des idi

C'est un beau jour pour vous, trop aimable J

Que ceiui où, de votre époux, De vos fils adorés, l'éloquence enfantine Vient fêter tous les ans un moment aussi doux, etc.

S'il est un mot rebattu, une formule triviale et absurde, une locution prétentieuse et vulgaire, M. Prudhomme ne manque jamais de les employer de préférence. Il ne dit pas ma femme, mais bien mon épouse; il avoue modestement • qu'il a un peu de goût et qu'il a beaucoup vu chanter ». S'il arrive tout essoufflé à un rendezvous : « Je ne me suis, dit-il. arrêté aucun .. ment, j'ai couru sans perdre haleine. » Eu un mot. le cerveau du digne M, Prudhommi tambour qui résonne, une cymbale jui rel n'y entre, il n'en sort que des i idée. Les opinions politiq conservateur sont à .

littéraires et peu. .

gue célèbre naux qui lu d'honneur : « Ce « mavi.

« soutenir, défendre le gouvernement et au « besoin pour le combattre. »

Tels sont, en résumé, les traits les plus saillants, empruntés ou prêtés à la classe bourgeoise par la Muse comique moderne.

Le Spéculateur.

La spéculation c'est l'agiotage mis à la place de l'industrie ; c'est le jeu remplaçani le travail.

La base de la spéculation esl le crédit, W créd I repose sur une présomption, à savoir la solvabilité présente ou future de l'emprunteur : la loi réprime comme une fraude les moyens fallacieux mis en usage pour faire naître une pareille présomption; mais quand ces moyens sont-ils oui ou non fallacieux? Parmi ces moj quels sont licites? lesquels ne le sont pa

« — Voyons, dit Mercadet,ens'adi femme qui a des scrupules, pouvez-vous me le dire, où commence, où finit la probité dans le monde commercial ? Tenez !... nous n'a) de capital; dois-je le dire

« — Non, certes, répond M ' Mercadet.

« — N'est-ce pas une tromperie ' personne

ne nous donnerait un sou. !e sachant ! Eh bien ! ne blâmez donc pas les moyens que j'emploie pour ace au grand tapis vert de la spéculatio ant croire à ma puissance financière.

un mensonge ! Vous devez m'aider à cacher notre misère sous le> brillants dehors du luxe. Lei décorations veulent des maie sont pas propres !

irrait murmurera faii; i détresse a m §amuel I pour en obtenir millions, et aujourd'hui les lois modernes non; ont conduits à dire comme lui : VEtat c'est moi! »

Du reste, aujourd'hui le crédit joue un si grand dans le monde, que les vrais coupables ne sont pas ceux qui réussissent à l'obtenir, matè ceux qui le refusent : « Le crédit est toute la richesse des gouvernements ; mes fournisseurs méconnaîtraient les lois de leur pays, ils seraient inconstitutionnels et radicaux, s'ils ne me laissaient pas tranquille ! Ne me rompez donc pas la lête pour des gens en insurrection contre le principe vital de tous les États.... bien ordonnés. »

(1) Balzac : Le Faiseur

Qui n'a pas besoin, qui ne sollicite pas du crédit ici-bas ? les gouvernements, les particuliers, la nature elle-même sont des débiteur insolvables : « Qu'y a-t-il de déshonorant à devoir? Est-il un seul État en Europe qui n'a:' lettes ? quel est l'homme qui ne meurt pas insolvable envers son père ? Il lui doit la vie et & ne peut pas la lui rendre. La terre fait certainement faillite au soleil ! La vie est un emprunt perpétuel, et n'emprunte pas qui veut ! Ne suis-je pas supérieur à mes créanciers? j'ai leur argent, ils attendent le mien ; je ne leur demande rien, et ils m'importunent. Un homme qui ne doit rien, mais personne ne songe à lui, tandis que mes créanciers s'intéressent à moi I »

S'il est permis de ne pas révéler son indigence, il l'est également d'afficher un certain luxe : la femme d'un spéculateur est une enseigne, une réclame, elle duit aller tous les soirs au spectacle ou dans le monde, elle doit faire d'élégance, de luxe. Quand à l'Opéra elle se mont; . avec une nouvelle | arure, le public se dit : « i Asphaltes vont bien, ou la Providence des Familles est en hausse, car madame Mercadet est d'une élégance!... Voilà des gens heureux ! »

Du reste ondoitmarcher avec son siècle, et le

seul moyen d'obtenir de nos jours de la considération, des égards, des services, de l'affection même, c'est de tenir les gens par l'intérêt : « Aujourd'hui tous les sentiments s'en vont, et l'argent les pousse. Il n'y a plus que des intérêts, parce qu'il n'y a plus de famille, mais des individus ! Voyez f l'avenir de chacun est dans une caisse publique! une fille, pour sa dot, ne s'adresse plus à une famille, mais à une tontine. La succession du roi d'Angleterre était chez une assurance. La femme compte non sur son mari, mais sur la caisse d'épargne! On paie sa dette à h patrie au moyen d'une agence qui fait la traite des blancs 1 Enfin, tous nos devoirs sont en coupons ! Les domestiques, dont on change comme de chartes, ne s'attachent plus à leurs maîtres : ayez leur argent, ils vous sont dévoués !...

« Une pièce de cinq francs, voici l'honneur moderne!... Ayez vendu du p!àtre pour du sucre, si vous avezsu faire fortune sans exciter de plainvous devenez député, pair de France ou ministre! »

On peut cacher son indigence, on peut afficher un luxe menteur, n'esl-i! pas permis aussi de lancer des affaires, et dans toute affaire n'y a-t-il pas de la spéculation. « Toute affaire qui

promet un gain immédiat sur une valeur.'.. même chimérique, est faisable ! On vend I a nir, comme la loterie vendait le rêve du chances impossibles (I). i>

Il n'y a rien là de prohibé. « En affaire, on a le droit d'être habile. L'excessive habileté d pas de l'indélicatesse, l'ind i n'est pas de

la légèreté, la légèreté n'est pas l'improbité. » Il ôst vrai quede l'aveu même de Mercadet» tout s'emboîte comme des tubes de lorgnette». « Mais enfin les nuances sont imperceptibles, et pourvu qu'on s'arrête justeau Go le,si le succès arrive.,, tout va bien. — La difficulté pour le faaeur est de se tenir en bottes vernies à la hauteur de vices, de dominer les gens d'esprit par la puissance du capital, par la force de son intelli v d'avoir toujours le talent de louvoyer entre deux caps où sombre l'élégance : le restaurant à quarante sous et Clichy. Il Lut pour cela se tenir sur ses gardes et ne pas s'aviser d'us •■. moyensdouteux que réprime la morale moderne : • Le Légataire, la cas ette d'Harpagon, le petit mulet de Sganarelle, enfin tout qui

nous font rire dans l'ancien th. >ur-

d'hui très-mal prises dai

(I) Le Faiseur.

môle des commissaires de police que, depuis l'abolition des privilèges l'on ne rosse plus, » Tous les autres moyens sont bons tant qu'ils ne font que friser la correctionnelle ; tant que vous n'êtes pas condamné vous'n'êtes pas un voleur. Ainsi, comme Jean Giraud, de la Question d'argent, vous pouvez commencer votre fortune en jouant avec un dépôt d'argent qui vous a été confié par une femme dans une position telle qu'un scandale public lui était interdit. Si vous le dissipez, tant pis, personne n'en sait rien ; si vous gagnez, vous remboursez le dépôt et vous pouvez marcher la tête haute. — Vous pouvez une ou plusieurs fois disparaître de la Bourse sans payer, puisque les dettes de Bourse ne sont pas reconnues par la loi. — Vous pouvez, par une manœuvre quelconque, faire baisser les actions d'uneentreprise que vous savez bonne, et ensuite racheter les actionsà 50 pour cent au-dessous du prix d'émission Pourquoi vous priveriez-vous de ces petites distractions puisqu'il existe des sociétés reconnues, autorisées et patronnées par le gouvernement, qui n'ont pas d'autre but que de les exécuter en grand (1) ?

(i) La Question d'argent, IV, vm.

Enfin, pour co

ne famill

ur lui-;.

>nè$e poi qu'il mi , en bon

prude:; t, il de

le sou, la re ara •

lors i! est à jamais I esoio. i

de mauvaise ■ . la fera me

et le ;iersn'onl

Enrichis par de pareilles i gnez rien, vous serez p ijlli. Jean

Giraud le sait bien lorsqu'il dit : « L'arg est l'argent, quell lient les mains où il se

trouve. C'est la seule ;■ i ;i que l'on ne discute jamais. On discute la vertu, la beauté, fe courage, le génie, on ne discute jamais l'argent. Il n'y a pas un être civilisé qui, en ot le

matin, ne reconnaisse la souvera | nt,

sans lequel il n'aurait ni le toit qui l'abrite, ni le lit où il couche, ni le pain qu'il mai

(I La Question d'argent, IV,

cette population qui se presse dans les rues, depuis le commissionnaire qui sue sous son fardeau trop lourd, jusqu'au millionnaire qui se rend à la Bourse au trot de ses deux chevaux ?.. . l'un court après quinze sous, l'autre après cent mille francs. Aujourd'hui un homme ne doit plus avoir qu'un but, c'est de devenir très-riche. Quant à moi, c'a toujours été mon idée, j'y suis arrivé et je m'en félicite. Autrefois tout le monde me trouvait laid, bête, importun ; aujourd'hui tout le monde me trouve beau, spirituel, aimable, et Dieu sait si je suis spirituel et beau ! Du jour où j'aurai été assez niais pour me ruiner et redevenir Jean comme devant, il n'y aurait pas assez de pierres dans la carrière de Montmartre pour me les jeter à la tête ; mais ce jour est encore loin, et beaucoup d'autres se seront ruinés d'ici Jà, pour que je ne me ruine pas. Enfin le plus grand éloge que je puisse faire de l'argent, c'est qu'une société comme celle où je me trouve ait eu la patience d'écouter si longtemps le fils d'un jardinier, qui n'a d'autres droits à cette attention que les pauvres petits millions qu'il a gagnés. »

Le temple de la spéculation, le sanctuaire du spéculateur, c'est la Bourse ; or, que fait-on à la Bourse ? Des marchés sérieux et du jeu :

Je ne confondrai point dans le même anal: Les marchés sérieux avec le jeu lui-même; Les premiers, concentrant les capitaux épars, Secondent puissamment l'industrie et les arts ; Beaucoup de plans hardis, d'entreprises immi Avorteraient dans l'ombre, infertiles semences. Si, de lumière et d'air largement inondés, La Bourse, leur soleil, ne les eût fécondés (1).

Mais ce n'est là qu'un des côtés de la Bouts- , et ce côté ne touche nullement le faiseur, le spéculateur. Ce que celui-ci va chercher à la Duu. c'est la chance, le jeu, et quel jeu I

Joueurs ! quel est ce mot? Allez-vous mettre ensemble Les financiers et ceux qu'un tapis vert r

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