‹ La comédie nouvelleChapitre 2 sur 9 · DES · texte numérisé non relu

DES

Directeur : N. FILOZ

Cours de M. PUECH,

Professeur à l'Université de Paris.

La comédie moyenne

Avant d'entrer dans l'élude directe de la comédie nouvelle, il était nécessaire de se demander ce qu'avait été la comédie ancienne ; il nous aurait été impossible de comprendre l'originalité de Ménandre, si nous n'avions pas, d'abord, défini la comédie d'Aristophane et de ses contemporains. Celle-ci n'avait cessé d'intervenir dans l'histoire politique dAthènes, s'élait emparé de sujets d'actualité, avait raillé les personnes ; elle s'était créé une forme très particulière par le mélange de la fantaisie et du réalisme ; elle avait même gardé dans sa composition la ms-^que de ses origines : toutes conditions qui lui étaient imposées par le milieu où elle se développait et les sujets qu'elle traitait. Elle n'a pas d'intrigue; mais, si lâche qu'elle paraisse à ce point de vue, elle n'en est pas moins rigoureusement délimitée quanta son cadre. On retrouve des types de scènes toujours les mêmes ; toujours elle garde son expression particulière par le mélange constant du lyrisme et du dialogue. ,

Tels sont les traits particuliers de la comédie ancienne ; mais celle de Ménandre, si difTérente qu'elle apparaisse, est-elle tout à fait originale ? Quelques questions préalables se posent. La comédie dite ancienne n'est pas la seule forme que prend, dans le monde hellénique, cet art dramatique : avant Ménandre,

386 HEVUE DES COUKS ET CONFÉRENCES

ailleurs qu'à Athènes, s'est développée la comédie. Si, au v* siècle, elle brille en Atlique d'un vif éclat tandis que toutes les autres formes contemporaines demeurent dans l'ombre, pourtant les Dnriens ont une comédie. Les témoignages sur ce point sont certains. Ils n'y font, sans doute, qu'exercer leur causticité naturelle. Laissons de côté la farce mégarienne, qui, sans se développer en un genre littéraire, resta toujours une réjouissance populaire que nous connaissons seulement par les allusions d'Aristote.

Mais, en Sicile, le poète Epicharme a créé une forme nouvelle de comédie, très populaire à Athènes à l'époque de la comédie moj'enne. Un curieux passage de Platon nous en fournit la preuve. Dans le Théélrte, il distingue deux genres de poésie: l'un sérieux, qui comprend la tragédie et toutes les formes poétiques en générai qui émeuvent profondément, ; Taulre plaisant, avec toutes les formes qui nous amusent : la comédie en est une. Epicharme et Homère sont les maîtres de la poésie, l'un de la poésie sérieuse, l'autre de la poésie comique. Platon goûtait donc beaucoup Epicharme, et sans doute il n'était pas seul de son avis. Il ne nous reste aucune comédie d'Epicharme ; il est donc fort mal connu. Mais, par les courts fragments que nous avons de lui, par les nombreux titres de pièces que nous possédons, nous pouvons indiquer l'esprit et la forme de sa comédie, bien difTe'rente de celle d'Aristophane. Les sujets qu'il traite se divisent en deux catégories.

La moitié d'entre eux est empruntée à la mythologie; la parodie en constitue l'intérêt essentiel. Ce sont, par exemple : les Noces d'Béhé, le Cyclope, les Sirènes^ Dionysos, les Bacchantes, le Sphytix, Héraclès en délire, etc. Ces titres sont significatifs: il s'agit là de transpositions boiilTonnes des légendes et des fables ; il en sera de même dans la comédie moyenne et nouvelle. De son Busiris, nous avons conservé quelques vers où il nous montre Héraclès à table ; il nous décrit le bruit de ses mâchoires, de ses canines, de ses molaires, de son gosier.

• La seconde moitié consiste en peintures de mœurs populaires ; et n'oublions pas, à ce propos, que la Sicile donnera naissance à un genre qui, plus tard, prendra un grand développement : le mime, qui représentera des scènes de la vie commune. Il y a déjà quelque chose du mime dans lacomédie d'Epicharme. Ilavaitécrit les Paysans, les Théores^ les Mégariennes, etc. Comme il se trouve dans un milieu social différent, il est naturel qu'il cherche l'intérêt de ses pièces ailleurs que dans la politique ou l'actualité. De même, à Athènes, lorsque la satire ne plaira plus, on recourra à la bouffonnerie de parodies mythologiques ou au comique plus

LA COMÉDIE NOUVELLE ~3Sï-

tempéré des travers de types ou de classes. C'est ainsi que nous apparaît l'œuvre ilu Sicilien Epicharme d'après les fragments et les témoignages que nous possédons.

Epicharme avait des dons d'observation très pénétrants; il fut non seulement un délicat écrivain, mais encore un moraliste. Plus tard on fit de lui un véritable philosophe, on lui attribua même des traités ; ainsi s'explique encore l'enthousiasme que montre Platon pour ce poète. Son exemple devait nécessairement attirer l'attention des poètes athéniens, qui cherchaient à renouveler leurs sujets, puisque les anciens étaient usés. Epicharme leur montre encore comment on peut donner à la comédie une forme nouvelle, II faut, ou le voit, apporter une extrême prudence dans cette reconstitution de la comédie d'Epieharme. Pourtant une chose semble certaine, c'est que le chœur n'y joue aucun rôle. Pas un des fragments connus ne se rapporte à lui. On ne peut même pas dire s'il y avait un chœur dans ses comédies.

Dans la comédie moyenne, les sujets sont ceux du répertoire d'Epicharme. Certains personnages, qui n'apparaissent pas chez Aristophane, mais qu'on trouve dans la comédie moyenne, et chez Plante qui l'imita, se rencontrent pour la première fois chez Epicharme, qui paraît bien en être le créateur. Le type du parasite en est le meilleur exemple. Dans un amusant fragment de l'Espérance ou Ploulos, c'est un parasite qui parle :

« Je dîne avec qui veut de moi ; il sufïit de m'inviler ;et même avec qui ne me veut pas : l'invitation est superflue. A table, je suis plein d'esprit, je fais rire tout le monde, et je loue celui qui me donne à dîner. Si quelqu'un s'avise de le contredire, je m'emporte, moi, contre ce quelqu'un et je me charge de la querelle. Ensuite, quand j'ai bien mangé et bien bu, je m'en vais. Point d'esclave qui m'accompagne, la lanterne à la main. Je chemine non sans faux pas à travers Fombre, tout seul. Si, par hasard, je rencontre la garde, je tiens pour grande faveuï -des dieux que ces gens-là ne m'assomment pas, et qu'ils se contentent de me cingler à coups de bâton. Et quand j'arrive enfin chez moi, tout moulu, je me couche sur la dure ; et, tout d'abord, je ne peux pas dormir jusqu'à ce qu'enfin le bienfait du vin pur se fasse sentir à mes esprits. » (Trad. Croiset.)

C'est bien là le parasite de la comédie latine.

D'autre part, à Athènes même, les poètes de la comédie moyenne et nouvelle ont trouvé, chose inattendue, une aide et des exemples dans la tragédie. L'histoire de la tragédie est la même que celle de la comédie ; mais elle est en avance sur cette dernière. La tragédie est allée, elle aussi, vers plus de simplicité ; et, à celte époque

révolution s'est déjà produUe. Il y a, entre Eschyle et Euripide, la même relation évidente qu'entre Aristophane et Ménandre. Eschyle et Aristophane transfigurent tous deux la réalité; mais l'un l'agraniiit, tandis que l'autre en fait une charge énorme- Chez eux, même importance du lyrisme, qui se mélange au simple dialogue. Mais comment concevoir l'inlluence d'Euripide sur Ménandre ? Elle fut très grande, non seulement sur ce dernier, mais encore sur ses contemporains ; par un certain aspect, en effet, la tragédie d'Euripide al tirait l'attention des poètes comiques. Certes il n'y a pas chez lui de caricature ; mais un des traits essentiels de son théâtre n'est-il pas de rapprocher de la réalité les légendes et les personnages de la fable ? Il y a, chez Euripide, une observation très exacte, et beaucoup plus de vérité et de simplicité que chez ses prédécesseurs. Aristophane lui fait dire dans les Grenouilles (v. 960 seq. et v. 1064) :

« J'ai introduit sur la scène les choses familières, celles dont nous usons chaque jour, qui nous sont habituelles...

« Je n'ai point dit de grands mots formidables pour empêcher le spectateur de comprendre. »

C'est ce qu'Euripide reproche à Eschyle. Et, plus loin, celui-ci dit de son rival :

« Il a revêtu les rois de haillons pour apitoyer sur eux les spectateurs.

Euripide rapprochait donc ses héros de l'ordinaire humanité. C'était là, par rapport à Eschyle, par exemple, une très grande nouveauté, nouveauté dont les contemporains furent vivement frappés et souvent même choqués. Cette tendance lui causa beaucoup d'inimitiés de son vivant, mais, après sa mort, contribuai sa gloire. Les poètes comiques virent tout ce qu'ils pouvaient tirer d'une pareille innovation et ils imitèrent franchement Euripide.

Car, si Euripide a des dons merveilleux d'observation et de peinture morale, s'il afiïilyse subtilementles passions, eu démonte presque le mécanisme, s'il représente des âmes ardentes comme celles de Phèdre et de Médée, il écrit d'autres scènes moins violentes où il se rapproche de la comédie sans être jamais comique. Voyez la scène bien connue d'Alcesie, où Admète se trouve aux prises avec son vieux père Phérès: il lui reproche de ne s'être pas dévoué pour lui, et de laisser périr sa jeune femme ; tandis que lui, vieillard, n'a plus rien à attendre de la vie, et peut désirer la mort sans faiblesse. El Phérès de répondre qu'il aime la vie, que sa vieillesse même la lui fait aimer davantage, parce qu'il sent la mort s'approcher chaque jour. Euripide met à nu des sentiments si intimes qu'ils n'osent peut-être, nil'un ni l'autre, se les avouer à eux-mêmes;

^tl

LA COMÉDIE Nouvelle ~3S^

il peint fraocheinent, crûmenl, le conflit de deux é;^oïsmes. Cela est hardi ; c'est de la comédie sérieuse. Peut-être le fait qu'/l /ces fe jouait dans la tétralogie le rôle de drame saliri^iue explique-t-il celte scène amère et d'une analyse profonde.

Mais, dans certaines pièces qui ne sont que des tragédies, il y a des scènes analogues. Jason, se justifiant auprès de Médée, montre lui aussi son égoïsme ; et ce sentiment est peint de la même manière, franche et réaliste. Ce goût pour la vérilé cruPi nous dirions presque pour ce naturalisme, apparaît non seulement dans l'analyse des passions, mais encore dans la peinture des mœurs: Euripide transpose, en effet, les sujets légendaires dans un cadre de vie contemporaine. Ses héros ont une âme pareille à celle de ses contemporains et non plus la hauteur tragique accoutumée. C'est un des caractères d'Andromaqup, pièce de second ordre; Hermione, rivale d'Ândromaque, est une de ces athéniennes richement dotées du v^ siècle, dont le type se retrouvera chez Ménandre et ses imitateurs lalins. Ménélas est la personnitication du Spartiate, alors si antipathique : c'est l'époque de la guerre de Peloponèse. Ménélas est une sorte de condottiere sans scrupules, type qui se comprend facilement si l'on songe aux reflexions de Thucydide sur la décomposition morale de cette époque. Dans Ores^p, nous voyons une assemblée qui est la fidèle peinture de Vekklèsia d'Athènes. Les orateurs y ressemblent, en tous points, aux démagogues lâches et sans scrupule. Ainsi Euripide s'empare de la réalité sans la grossir, ni en fiction ni en charge.

Euripide montra encore aux poètes comiques quel parti on pouvait tirer de l'amour dans une intrigue. Certes, on parle d'amour dans Lysistrata, mais on nous en montre surtout les plaisirs ; il n'y a dans cette pièce aucune rechejrche d'intrigue, aucun conflit de sentiments. Euripide, au contraire, fait de l'amour l'objet principal de son théâtre, analyse les passions, recherche leurs conflits tragiques, aime les aventures romanesques qui contrarient ou favorisent l'amour. Le premier, il donne aux rôles de femmes une importance capitale. Les poètes comiques surent adapter au genre comique les innovations d'Euripide ; l'amour devint le principal ressort de leurs pièces. Toute pièce a, en effet, dans la comédie nouvelle, une intrigue amoureuse, dont les caractères romanesques rappellent celles des tragédies d'Euripide ; cela est surtout frappant chez Ménandre.

11 est naturel qu'à toutes ces influences s';ijoulent encore celle de la forme même de la tragédie. La forme de la comédie et le rôle

que le chœur pouvait y jouer sont en rapport avec la fiction. Pour les poètes de la comédie nouvelle, le chœur devient inutile. On a reproché à Euripide de supprimer le lyrisme de la tragédie : le reproche est injuste, car le lyrisme passe du chœur dans les monodies des acteurs. Dans la comédie nouvelle, il n'y a même plus ce lyrisme voilé et comme contenu. Mais, en revanche, les poètes apprennent d'Euripide l'art de nouer et dénouer une intrigue. Déjà Aristophane avait subi l'intluence de celui qu'il avait bafoué. Nous avons précédemment remarqué quelle différence sépare une des plus anciennes pièces d'Aristophane, les Acharniens, qui sont de 423, et une des dernières, le Ploulos, qui est de 388. Aristophane avait trop d'habileté et de finesse pour ne pas rendre justice au poète tragique, lorsqu'il trouvait son compte à l'imiter. Même dans des pièces antérieures au Plutus, nous relevons des changements qu'une évolution des mœurs avait apportés au théâtre ; elles mar(]uent des tendances nouvelles, qui annoncent une comédie nouvelle aussi. Ainsi l'on trouve àd^nsles Fêles de Démêler^ qui datentde 411, une sorte d'action plus régulière : il y a presque une intrigue ; le chœur n'y joue plus que le rôle d'intermèdes et cesse d'être un des personnages principaux de la pièce. Dans Lysistrata, l'action est bien conduite, l'intrigue habilement menée. Dans V Assemblée des Femmes, qui est de beaucoup postérieure (392), le poète représente les femmes athéniennes qui, inspirées par Praxagora, se rendent maîtresses de l'Assemblée et y font voter les principes du communisme. INous assistons à une scène franchement comique entre le mari de Praxagora et son voisin ; il entasse devant sa maison tout son mobilier, tous ses ustensiles, qu'Aristophane énumère plaisamment ; il se dispose à porter le tout au trésor, quand son voisin l'interroge et se moque de sa naïveté : les lois sont si variables qu'il vaut mieux attendre un peu avant d'obéir. La scène est boufToline ; mais elle mérite de retenir notre attention, parce qu'elle est traitée avec un très grand souci d'observation, d'exactitude; elle renferme même un comique fin et délicat, et elle annonce déjà la peinture de mœurs qu'on trouvera dans la comédie nouvelle. Enfin, dans VEoJosicon, Aristophane parodiait, à l'imitation d'Epicharme et comme le fait la comédie moyenne, un mythe. Dans \eCocalos, il racontait la séduction d'unejeune fille, et la pièce se terminait par une scène de reconnaissance : thème nouveau, qui deviendra l'un des plus banals de la comédie nouvelle. Tels étaient les modèles que rencontraient les poètes de la comédie moyenne. Celle-ci remplit la période de transition pendant laquelle se dégage lentement une nouvelle forme de comédie. Il est difficile de délimiter cette période et de définir la

comédie moyenne. On a souvent discuté même sur son nom : discussions vagues et sans grande utilité, parce que ces qualifications sont artificielles, mais commodes il est vrai, A partir de quel moment a-f-on reconnu trois formes de la comédie ? Fielitz a montré qne celte distinction n'apparut que très tard, sous Hadrien. A l'époque alexandrine, on ne distinguait que deux sortes de comédies : l'ancienne et la nouvelle. Fielilz soutient là une thèse qui paraît assez forte dans l'ensemljle, mais qui n'est pas entièrement démontrée et s'appuie surtout sur des preuves négatives : certains passages, qui devraient y faire. allusion, ne parlent point de ces divisions. D'autre part, que signifiaient-elles pour ceux qui les avaient adoptées? Que faut-il entendre par comédie moyenne ^ Est-ce une comédie chronologiquement intermédiaire entre les deux autres, ou, comme le croit Wilamovilz, un genre intermédiaire entre la comédie de fiction et la comédie de pure réalilé?Un lexie exceptionnel donne, en effet, cette explication ; mais, partout ailleurs, c'est la première qui est admise ; il s'agit donc de divisions chronologiques. Admettons aussi la thèse de Fielitz, mais avec cette restriction que les divisions habituelles sont arbitraires ; nous les garderons cependant pour leur utilité. C'est aussi l'opinion de M, Legrand.

Mais, lorsqu'on veut fixer des dates, on rencontre de sérieuses dillicultés : certains poètes, qui ont eu le bonheur de vivre fort longtemps, chevauchent sur deux périodes. Ainsi Alexis, le représentant de la comédie moyenne, oncle de Ménandre, a vécu cent six ans. Il a composé avant Ménandre et lui a survécu ; il a même écrit encore après lui. Pnurquoi ne pasleranger dans lacomédie nouvelle ? Remarquons qu'ilaproduil avant Ménandre, donc antérieurementà la comédie nouvelle, ses œuvres les plus personnelles. Mais un poète peut longtemps se survivre : sf s dernières œuvres sont ou inférieures ou d'une nouvelle manière. Dans ce cas, ce renouvellement tient au génie même de l'auteur ou à l'influence de son époque. Ainsi V. Hugo a survécu au romantisme et il reste pourtant le chef de l'école romantique. Alexis a peut-être écrit des pièces dans la manière de Ménandre ; mais il n'en doit pas moins être rangé parmi les poètes de la comédie nouvelle.

Voici un exemple inverse : Philémon, l'un des grands noms de la comédie nouvelle, est connu, lui aussi, d'après des fragments ; et un passage du commentaire de Didyme sur les discours de Cicéron, où il est question de Philémon, fait allusion à des événements (\m nous permettent de dater les premières pièces du poète. H débuta vers ^582 : ce fut donc avant l'épanouissement de la comédie nouvelle ; mais son originalité ne s'est développée que beaucoup plus

"392- HEVUlî UES COUKS liT GONFÉIIENCES

tard. Sa première victoire aux Dionysies est de 327, postérieure à Tavènement d'Alexandre ; ce ne fut que plus tard encore qu'il devint le rival de Ménandre.

Ces cas particuliers ne semblent donc pas faire obstacle aux divisions générales. En regrettant de ne pouvoir apporter une plus grande précision à ces cadres commodes, nous dirons que la comédie moyenne se forme vers la fin de la guerre du Péloponèse (395) et dure jusqu'à l'avènement d'Alexandre (336). La comédie nouvelle lui succède sous Alexandre et ses successeurs. Ces concordances de l'histoire littéraire avec l'histoire politique n'ont pas un fondement sérieux : ce sont seulement des cadres faciles à retenir.

Nous connaissons assez mal la comédie moyenne ; nous n'avons pas une seule pièce intacte, alors que nous possédons onze pièces d'Aristophane, et de nombreux et importants fragments de Ménandre. Nous n'avons que des débris, en assez grand nombre il est vrai, mais aucun ensemble. La ressource ne s'offre même pas à nous de retrouver l'image de ces comédies dans les copies de Térence ou les imilalions de Lucien etd'Alciphron, qui ne se sont pas inspirés des pièces de la comédie nouvelle. M. Legrand a établi qu'une seule comédie latine, les Perses, était imitée d'une pièce de la comédie moyenne. Les Perses y sont représentés comme un peuple libre ; le modèle était donc antérieur à l'avènement d'Alexandre. Nous connaissons, enrevanche, bon nombrede titres, mais qui peuvent nous donner des indications dangereuses : souvent, en effet, le titre des pièces de Ménandre est tiré d'une scène épisodique, ou encore du nom d'un personnage secondaire.

Les sujeis nous semblent être toutd'abord empruntés à la fable dont ils étaient la parodie ; ou bien c'étaient encore des parodies d'œuvres (tragédies, par exemple) où la légende avait été traitée. Un grand nombre des représentants de la comédie nouvelle nous sont connus de nom ; nous ne retiendrons que les plus -célèbres : Anliphane, Eubule, Alexis. Ils étaient tous d'une extraordinaire fécondité : on leur attribue six cent sept comédies. Voici les noms de quelques sujets pris dans la mythologie: la Naissance d' Aphrodite, d'Antiphane; la Naissance de Pan, d'Araros ; la Naissance^ de Zeus, de Philiscos ; la Naissance d'Alhéna; Gamjmède, Ulysse, Antiope, Sémelé d'Éubule, etc.

Nous possédons un amusant fragment de Linos, comédie d'Antiphane. Linos, qui est précepteur d'Héraclès, conduit son élève devant une bibliothèque ; il lui montre les poètes, les tragiques, vante les auteurs : « Choisis », lui dit-il. Héraclès prend un livre : c'est le 7'railé d'art culinaire de Simos 1 Héraclès est ici le môme

Page 1