‹ La comédie nouvelleChapitre 3 sur 9 · I.A COMKDIE iNOLlVKLl.l · texte numérisé non relu

I.A COMKDIE iNOLlVKLl.l

({Ui' dans le di-anie sr.liri([iit.'. ci chez Kiiicharmo. lui général, ces c<>:iiéd:os devaicnl pt'U diiîcrci' du ui-ame saLiiiqiîi: ; mais <^llos oiilonaienL peul-ôlre dt^s el!cls plus lit^ureux en rantcuard ics fails léy;oadaire.s à la propoilioa do simples faits divers, l'.cs houilonneries élaienl touleiois moins grotesques qu'on n(! pourrail le supposer; et, si VAniphi/lrton de Piaule en est une imitation, nous pouvons nous en faire une idée plutôt favorable.

Voici, d'autre par!, une série de titres qui sont ûgh noms de classes, de pays, de professions: le Camparjnard, la /luvaudmise, Ir Jov.'Uir do /lùle, le Soldat, le Foulon, le Cocher, le Mnîire d'armes, la /Jéolienne, V I: phésienne^ le Pelnlre, etc.

.Mais ce ne sont point li^.s peintures des Itavors de inéli(3rs. Telle comédie s'appelait le Cocher, parce qu'il apparaissait, à un certain mom.ent. un cocher dans l'intrigue; les fragments nous le prouvent. Pourtant la peinture des mo.'urs coasliiuaiL l'ohjet epsenliel de cette sorte de comédies. Le type en est, par exemple, le Foulon d'Autipliane. Les gens du peuple y soni peints avec leurs travers et leur caractère ; ils se plaignent et maudissent leurs métiers de pauvres. Les poètes mettent surtout en scène la vie joyeuse des débauchés et tout un monde interlope dont les personnages, d'abord pris dans la réalité-, deviendront rapid'.ment (.les types conventionnels: le Cni:;i)uer, h:Parosii--, la Court iaane.

1! y a, dans AlLénéo, un mol d'Anliphane à Alexandre qui montre Ijien ce caractère de la comédie nouvelle : a II faut avcir vécu à Aihéncs, s'être battu dans les rues, s'être disputé [lour une maiireis,', si 1 ou veut comprendre notre comédie. » llela est fort juste ; mais comment porter un jugiMuent prét'is siu' uiic comédie qu" nous connaissons si mal? llomment l'oi-poser à b'i coiiiédie nouvelle ? On ne peut guère élabiir île parallèle entre ces deux manières. La conié^dJejiouxcMlCj^jiti^j^ijUa^ est

comîiLe j^ij^cles^frj|gn'>'Jiïs et par des imilatjo^ns latines ou gFecituei4iosiérieiu'es. La meilleure méthode, pour aborder TirBlffC t. ser.'L de commencer par l'exiimcn des ori;:inau\ et par l'élude du plus graiid de ces poètes, Ménaedre.

Cours de M. PUECH,

Professeur à l'Université de Paris.

Que savons-nons de Ménandre? — Que nous reste-t-il de ses cocaédies ?

Maintenant que nous avons expliqué sommairement etauss clairement qu'il nous a été possible les origines de la comédie nouvelle, limité le moment où elle a fleuri, nous pouvons entreprendre son étude proprement dite. Et n'est-ce point par Ménandre qu'il convient de commencer, puisque, de tous les poètes de la comédie nouvelle, il est le mieux connu et le plus grand par le talent? C'est le seul dont nous possédons, depuis peu de temps il est vrai, non des comédies entières, mais du moins des groupes importants de scènes (jui suffisent à asseoir notre jugement.

Les qualités de son œuvre, finesse, mesure, perfection, sont en rapport avec sa vie de dilettante raffiné, amoureux du beau et des plaisirs. On l'a dit « le dernier des Attiques », et il mérite bien ce nom ; nul ne fut plus attique que lui. Sa vie est, pour ainsi dire, vide d'événements'; elle est paisible. Il naquit, sans doute, vers 340 ; peut-être pouvons-nous dire avec plus de précision en 343. G'^st le temps où Démosthène prononce ses Philippiques, où le péril macédonien grandit, où la grandeur d'Athènes va commencer à décroître. .Ménandre devait donc vivre dans une Athènes réduite, diminuée et qui avait disparu de la grande histoire. Pourtant la cité gardait de son passé glorieux des souvenirs vivaces ; et, malgré ses malheurs, elle demeurait encore la capitale intellectuelle du monde hellénique. Bientôt elle devait perdre cette dernière suprématie ; déjà se dressaient en face d'elle Alexandrie, Cos, et plus tard Antioche, Pergame, foyers d'un mouvement littéraire nouveau. Mais cette concurrence ne se manifeste point alors. L'art dramatique et la philosophie font encore à Athènes, au iv= siècle, une splendide renommée. Ce n'est plus, sans doute, la riche et forte cité de la grande époque ; ce n'est point encore la petite ville de l'époque romaine devenue une université et un musée. Ceci est important pour qui étudie Ménandre: nous

Mi' KKVUE DKS COUKS ET CONFÉRENCES

voyons qu'il a vécu dans une ville active où ses facultés d'observation ont trouvé une riche matière.

Par sa naissance, Ménandre appartient à la meilleure société d'une ville riche et amoureuse de luxe. Sa mère s'appelait Hegesistraté ; son père, Diopithe. On a cru longtemps qu'il était ce Diopithe, stratège, dont parle, à plusieurs reprises, Démosthène ; mais on a reconnu que ces Diopithe n'étaient point du même dème : le stratège est de Sunium, le père du poète de Képhisia. Les parents de Ménandre étaient de bonne naissance et riches. Il eut, en outre, la chance d'avoir un oncle dont les conseils &t l'exemple facilitèrent sa voie : c'était Alexis, l'un des deux poètes les plus estimés de la comédie moyenne, bien que, nous l'avons vu dans la précédente leçon, il ait vécu 25 ans de plus que Ménandre. Le patronage d'un homme aussi illustre dut singulièrement encourager et faciliter ses débuts.

Une foule d'anecdotes nous sont parvenues sur la vie de Ménandre, et toutes nous donnent la même impression, toutes s'accordent à représenter ainsi la vie du poète : ce fut celle d'un voluptueux élégant, délicat, qui recherchait également les joies des sens et celles de l'intelligence, usait de tous les plaisirs avec tact, mesure et raffinement, plaisirs de la table ou plaisirs de l'amour. Il aimait à écouter les conversations des philosophes et aussi à méditer dans la solitude.

Le sophiste Âlciphron a composé sous son nom et celui de sa maîtresse Glycère deux lettres charmantes. C'était un genre fort en vogue au temps de Lucien, et Alciphron y réussit mieux que tout autre. Il écrivit donc une lettre de Ménandreà Glycère et la réponse de celle-ci. Il connaissait parfaitement tout le théâtre de Ménandre, et devait être renseigné sur sa vie : aussi pouvonsnous le croire bien informé et tenir le portrait qu'il peint de Ménandre comme ressemblant. Le poète était de santé délicate ; Alciphron lui fait dire : « Tu connais mon état de valétudinaire, que mes ennemis appellent mollesse, indolence... »

Ménandre habitait d'ordinaire sa belle villa du Pirée. C'était un Athénien amoureux de sa ville et fier de sa beauté ; il ne concevait pas qu'on pût vivre ailleurs. Il ressemblait un peu à ces Parisiens du second Empire, pour lesquels la vie n'était possible qu'à Paris. Malgré les invitations pressantes de Ptolémée,il refusa de quitter Athènes pour aller en Egypte. Il connut Théophraste etEpicure, fut lié avec eux. Et voyez quelle ressemblance entre l'observation de Ménandre et celle de Théophraste ! Rappelez-vous ses Caractères traduits par La Bruyère : ne sont-ce point ici et dans les comédies de Ménandre les mêmes types ? Mais l'un les étudie en

LA COMÉDIE NOUVELLli M^

moraliste, l'autre en auteur dramatique. D'autre part, la vie de Ménandre n'est-elle pas un des plus beaux exemples d'un épicurisme noble et raffiné ?

Les amours de Ménanire et de Glycère sont célèbres : luimême y avait fait allusion dans une de ses pièces. Glycère était une demi-mondaine connue ; elle avait été la maîtresse d'Harpalus, un des trésoriers d'Alexandre. Tandis que celui-ci guerroyait au fond des Indes, loin de Suse où il gardait le trésor, Harpalus fila sur Athènes emportant la caisse -, il y mena joyeuse vie en compagnie de Glycère. Elle était belle et cultivée ; fort intelligente, elle s'intéressait aux travaux de Ménandre : on nous la représente attendant dans la coulisse les premiers applaudissements qui salueront la pièce nouvelle de son amant et se jetant à son cou. Vous trouvez peut-être le tableau d'un modernisme piquant ; mais il est vrai. Et la fidélité de l'amour de Ménandre s'explique sans doute par cette culture de sa maîtresse. .Jusqu'alors, on s'était imaginé Ménandre d'après une statue du Musée du Vatican, qui représente un homme assis, le bras gauche appuyé sur le dossier de son siège et tenant à la main un volumen. Ce n'est point là Ménandre; de récentes études ont démontré qu'un buste, qui rappelle la manière de Lysippe, d'expression plus réaliste que les œuvres antérieures, représenterait fidèlement les traits de notre poète. La tête est fine, spirituelle ; mais Ménandre louchait, et le buste ne présente pas ce défaut.

Les débuts de Ménandre dans la carrière dramatique lui furent facilités par son oncle Alexis ; il débuta très jeune, et ce n'est point là d'ailleurs une exception. Aristophane donna ses premières pièces sous un nom emprunté, parce que l'extrême jeunesse de leur auteur les eût fait refuser : il était alors un tout jeune homme, dit un scholiaste, meirakiskos. La première pièce de Ménandre fut représentée aux Dionisies urbaines, en 324 : il était donc très jeune alors. M. Legrand, dont le nom reviendra fréquemment au cours de ces études, croit qu'il débuta dans un dème voisin d'Athènes. 11 y avait, en effet, dans les dèmes des représentations dionysiaques, moins brillantes certes que celles de la ville et qui par suite étaient dédaignées. Ainsi Démoslhène reproche à Eschine, dans le Discours sur la Couronne, d'avoir joué dans des représentations, à la campagne. Mais, si Ménandre a débuté dans les concours des dèmes, il pouvait être fier néanmoins de le faire à un tel âge.

Dès lors, il ne cessa pas de composer. Il fut moins fécond peut-être que ses rivaux, puisqu'il ne composa que 105 pièces environ, d'autres disent 108 ou 109. Le chiffre est encore assez

joli. Mais ses succès aux concours ne furent pas en proportion avec son mérite : il ne fut que 8 fois vainqueur, 5 fois aux Lénéennes, 3 fois aux Dionysies urbaines ; son rival Philémon fut couronné plus souvent. Cela ne prouve pas cependant qu'il ne fut point estimé, ou qu'il ne le fCit que par les lettrés. Il eut, au contraire, une très grande réputation. Les critiques qu'on lui adressa le prouvent, puisqu'on lui fil celle qu'on adresse surtout aux auteurs de talent : on l'accusa de plagiat. Il aurait, disait-on, copié une comédie d'Antiphane. N'en croyons rien : xMénandre devait avoir trop de probité, et il avait trop d'esprit pour copier. Il avait sans doute imité, emprunté le sujet, peut-être même quelques scènes ; mais il n'avait pas plus plagié que Molière n'a copié ses modèles latins. Après sa mort, ce succès ne fit que croître d'année en année, de siècle en siècle. Il n'y eut pas, avec Homère et Euri[)ide, de poète plus lu dans le monde hellénique. Eschyle et Sophocle, au contraire, n'étaient plus que des classiques de bibliothèque. Joué ou non, Ménandre était lu et connu de tous, même de la foule. Cela nous est attesté par le témoignage unanime de l'antiquité. Rappelez-vous le mot célèbre d'un critique, Aristophane de Byzance :

« 0 Ménandre, ô vie humaine, qui de vous deux a imité l'autre ? »

Jusqu'à ces dernières années, comment le connaissions-nous ? — D'abord par les imitations de la littérature latine, de Nsevius, de Plante, de Gœcilius, de Térence, même des auteurs de mimes et d'atellanes : Nevius, Alilius. Térence usait du procédé dit de contaminatio. Il mêlait deux pièces en une seule : ainsi l'Eunuque est imité du Kô),af et de l'Eùvoii/oc; ; VAndrienne de T'Avopfa et de la nepivOîa ; V Heautontimoroumenos, de la pièce du même nom ; les Adelph'S, de la pièce fort célèbre du même nom. Térence a donc souvent imité Ménandre ; il se défend dans ses prologues de l'avoir copié : il ne traduisait pas, mais adaptait. On sait que César l'avait qualifié de dimidiote Menander. Ceièlo^e contient une réserve qui nous empêcherait de juger Ménandre à travers Térence. Ce qui manquait à Térence, c'était Toriginalité et la force de Ménandre, que César regrettait. Il conviendrait aussi de faire à Térence sa part : comment, alors, pourrions-nous savoir si l'éloge d'Aristophane de Byzance était justifié ?

Mais nous avons de lui des fragments qui, dans l'édition Koch, remplissent près de 300 pag-^s. Il y a là tout près de 1.000 fragments. N'est-ce point assez pour le connaître? Ces fragments sont malheureusement fort peu étendus; la plupart sont très courts. Ce sont surtout des sentences morales, des maximes. Mé-

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nandre savait admirablement, en effet, donner aux résultais de son observation une forme frappante ; et toutes les ai.lhologies reproduisaient ses sentences. Mais, voyez combien de dangers nous courons, à vouloir, d'après elles, porter un jugement sur Ménandre. D'abord elles ne nous renseignent point quant à l'action. Puis, lorsqu'on lit celte longue kyrielle de .sentences, on ne peut s'empêcher de se demander: « Pourquoi tant de maximes ? Est-ce pédantisme? Ménandre esl-il un prêcheur? » Or rien ne serait plus faux que de le croire. Dans les fragments récemment découverts, nous voyons ces maximes si l)ien placées, qu'elles n'ont rien de didactique. Elles viennent naturellement, el ne sont jamais hors de propos dans la bouche de ceux qui les expriment ; elles condensent simplement leur pensée. Vouloir juger Ménandre d'après ces fragments, c'était donc fatalement se l'aire de lui une idée fausse ou tout au moins incomplète.

Vous savez que l'on a retrouvé récemment d'importants fragments de Ménandre. L'histoire de ces découvertes est curieuse et il n'est point inutile de la connaître. Jusqu'en 1906, nous n'avions que des morceaux assez courts (édition Krdschmar) ; l'édition Korle, Teubner, 1910, contient 2.000 vers, qui forment des groupes importants. La découverte la plus importanle — 1.500 vers — est due à un Français, M. Gustave Lefebvrc, servi par le hasard, que d'ailleurs il ne fut point sans aider. Ancien élève de la Sorbonne, il est aujourd'hui inspecteur en chef des antiquités égyptiennes et réside en Haute-Egyple. Nous devons lui témoigner notre reconnaissance pour avoir publié promptement une édition déjà excellente des passages découverts.

En collaboration avec M. Maurice Croisel, il eut le mérite de publier, pour la première fois, un texte extrêmement difficile a déchiffrer. L'Egypte rend sans cesse des textes nouveaux ; ou découvre des papyrus que le sable a conservés, comme il a conservé bien d'autres souvenirs de l'antiquité. Les fellahs Irouveal parfois, çà et là, de cesclnffoiis couverts d'écritures. Ils en savent la valeur, aussi s'empressent-ils de les vendre, et, de mains en mains, les papyrus finiss^inl par tomber entre les mains de quelque savant qui les déchiffre. Mais, comme on ne savait point, pour tous les autres papyrus antérieurement découverts, où ils l'avaient été, on ne pouvait continuer les fouilles aux mêmes endroits. On a, depuis quelques années, entrepris des touilles méthodiques dans la riche province qui entourait le lac Mœris, en partie desséché par lesPtolèmée.On mil ainsi au jour beaucoup de textes souvent insignifiants : papiers d'affaires, testaments,

reçus d'impôts, etc. Aussi connaissons-nous maintenant mieux certaines parties de l'histoire des Ptolémée que de l'histoire moderne. Parfois aussion eut la chance de tomber sur quelque texte littéraire : on trouva ainsi la Constitution d'Athrnes d'Aristote, des fragments de Bacchylide, de Pindare, une partie d'une tragédie d'Euripide, du Callimaque.Même on aurait retrouvé, cette année, un drame satyrique de Sophocle. — Deux savants anglais, MM. Grenfell et Hunt, découvrirent quelques fragments dans la région d'Oxyrhynchos (Cf. B. G. Grenfell and A. S. Hunt. The Oxyrhynchi Papyri. London, 1899).

Ces découvertes sont devenues très nombreuses et voici l'histoire de celle de M. Lefebvre :

Il avait appris que, à Kôm-Ischkaoun ou mieux au village d'Ischkaoun — puisque Kom vient du grec >'-w[jltj, village — des paysans avaient trouvé une masse de papyrus. Ce village ou plutôt ce bourg est situé sur un monticule, près du Nil, à l'entrée du désert, sur l'emplacement d'une ancienne cité gréco-égyptienne, 'AopooiTOT-.ôXu. Et voyez quels jolis développements l'ancienne critique eut pu écrire sur cette extraordinaire rencontre. Du Ménandre découvert dans la ville d'.\phrodite et par un Français, quand c'est en France que la comédie de mœurs s'est le mieux développée ! Les paysans avaient trouvé ces papyrus en faisant un tombeau ; mais, quand M. Lefebvre arriva, une partie d'entre eux avait été vendue et les papyrus étaient partis pour Saint- Pétersbourg ou Londres; le reste avait été tout simplement brûlé. Le bruit de cette trouvaille se répandit, parvint aux oreilles de M.Maspero, qui fit surveiller Kôm-lschkaoun par M. Lefebvre installé au village voisin. Quelques mois après, c'était en 1905, celui-ci vit arriver un employé du chemin de fer, de la station la plus proche, qui lui raconta qu'on avait aperçu à la base d'un mur, au fond d'une crevasse, en démolissant une maison écroulée, un tas. de papyrus. Il y courut ; mais, déjà, on avait brisé les rouleaux de papyrus, et il ne put diriger les fouilles. Il lui fallut d'abord demander et obtenir l'autorisation nécessaire; il la reçut quelques mois après. Il fit démolir la maison. Or elle était bâtie sur l'emplacement d'une modeste maison de l'époque romaine qui ne comprenait que trois chambreltes. Dans la dernière, on trouva une amphore pleine jusqu'aux bords de papyrus ; quelques-uns même étaient tombés à terre. Or c'étaient des papiers d'affaires de toutes sortes, sans grande valeur, que le scribe, habitant de la maison, avait serrés dans cette grosse jarre. Et pour boucher l'amphore, il avait pris un vieux codex, qui, se trouvant au dehors, avait eu le plus à souffrir : c'était un manuscrit de Mé-

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nandre. Quelle chance I Mais, hélas ! Ménandre avait été gâté par l'humidité, et bon nombre de feuillets pourrissaient à terre, tandis que les papiers d'affaires s'étaient admirablement conservés. Les vers avaient même rongé le manuscrit. Bref il était en piteux état ; mais ne nous plaignons point trop, car on a pu reconstituer une partie du codex, et les feuillets qui étaient demeurés dans le goulot de l'amphore étaient encore assez bons.

Vous savez que les manuscrits se présentaient dans l'antiquité sous deux formes : les uns étaient des rouleaux (volumen) que le lecteur déroulait d'une main, enroulait de l'autre au cours de sa lecture ; d'autres ressemblaient à nos livres modejnes : ils étaient composés de petits cahiers de parchemin, voire de papyrus — et c'est ici le cas — rattachés par des fils. Le manuscrit de Ménandre était formé de feuilles de papyrus pliées quatre fois, ce qu'on appelle, dans le langage de la paléographie, quaternium, qui par suite donnent 16 pages. Le livre devait avoir 12 qualerniums. Il y a en moyenne 33 vers par page ; le manuscrit contenait donc environ 6.000 vers de Ménandre.

Et nous n'en possédons que le quart ! La perte est grande ; mais voyons ce qu'il nous reste. Les premières pages du manuscrit font défaut: elles contenaient la première comédie du recueil.

La seconde comédie était l'Epo^; nous n'en avons qu'une petite partie. On avait contesté le titre que M. Lefebvre lui avait donné ; jusqu'alors, on ne connaissait de V Héros que le titre et quelques fragments. Or M. Lefebvre a récemment publié quelques bribes qu'il n'avait pu déchiffrer, dans ce qu'il disait être de VHéros ; et ces vers coïncident avec d'autres déjà connus et qui sont, nous en sommes certains, de cette comédie. Il ne s'était donc point trompé.

De la troisième comédie, 'Etzitpétiovxsç, ceux qui confient leur affaire à un arbitre, nous avons 300 vers. Gela nous suffit déjà pour juger l'action et goûter le style de Ménandre.

La quatrième a pour titre nîo'./ï'.pofiévrj que l'on traduit assez joliment : la Belle aux boucles coupées. Il s'agit, en effet, d'une femme à qui son amant menace de couper les cheveux.

La cinquième pièce est la Samienne, laii.!a,

La dernière du manuscrit est impossible à reconstituer.

Ce papyrus semble être du iv^ siècle après J.-C. M. Lefebvre, dans la joie de sa découverte, l'avait cru d'abord plus ancien ; il n'en est rien. Nous en avons de plus anciens et de plus beaux : tel le manuscrit des Perses de Timolhée, aujourd'hui conservé à Berlin; il est de 310 avant Jésus-Christ. Les papiers d'affaires que renfermait l'amphore sont plus récents que notre manuscrit.

S20'' KEVUE DES COUKS ET OONFÉHENCES

D'autres découvertes, mais moins importantes, avaient précédé celle de M. Lefebvre ; elles avaient donné l'espoir de rencontrer mieux. C'est ainsi qu'un évéque russe avait retrouvé, dans un couvent du mont Sinaï, trois bandes de parchemin que l'on avait employées pour relier un livre : c'étaient des fragments de Ménandre aujourd'hui conservés dans la bibliothèque impériale de Saint- Pétersbourg et que M. C.-G. Gobet avait publiés en 1876. L'attention fut ramenée sur eux, lorsque de nouvelles découvertes se produisirent. Un savant russe, M. V. Jernstedt, les publia à nouveau en 1891. Parmi les fragments trouvés à cette époque, les uns se rattachent à la plus connue des comédies de Ménandre, V Arbitrage ; d'autres, au contraire, sont de la Belle aux boucles coupées. Ainsi 300 vers découverts par M. Lefebvre s'y rattachent. MM. Grenfell Hunt et en trouvèrent une centaine d'autres dans la région d'Oxyrrhynchos ; M. Kœrte en publia d'autres à Leipzig: en tout 150 vers environ. Toute l'Europe s'occupa de Ménandre. Un savant suisse, M. Nicole, avait acheté à des Arabes un papyrus qui contient une partie d'une comédie dont le sujet peut être entrevu : le Campagnard, rîojpvô;. Ce manuscrit est du v« ou vi« siècle. Les Arabes disaient l'avoir trouvé à Abydos : c'est peu probable, car ils ne veulent point d'ordinaire révéler l'endroit où le papyrus était enfoui. On retrouva encore des fragments du KoÀaJ,qu'imila Térence. M. Kœrte en pul>liaqui se rattachaient au KiOap'.jrr;; ; on en découvrit aussi des Kojv£iaÇ6[^£V3ct, les femmes qui boivent la ciguë.

Telle est, aujourd'hui, l'étendue de nos connaissances. Je vous en ai trop longuement, peut-être, raconté l'histoire; mais vous saurez mieux ainsi quelle confiance nous pouvons accorder à ces textes ; et vous serez dans une situation plus favorable, quand nous étudierons en détail les comédies de Ménandre. Certes il nous manque encore beaucoup de l Arbitrage : nous n'avons ni le début ni la fin. Comment Ménandre nouait-il et dénouait-il une intrigue ? Comment était composée une de ses comédies, quelle était la succession des scènes? Toutes questions auxquelles nous ne pouvons encore répondre. Mais, dès maintenant, nous pouvons juger Ménandre et goûter ses de ix qualités essentielles : l'observation et le naturel du style. Chaque personnage parle, en effet, un langage adapté à son caractère et plein de simplicité. Nous commencerons l'étude des comédies de Ménandre par celle de C Arbitrage tpmsqu." elle est de toutes la mieux connue, la plus complète.

Cours de M. PUECH,

Professeur à l'Université de Paris.

« L'Arbitrage ».

L'Arbitrage est, sans contredit,, la plus intéressante des comédies de Méuandre. Son titre est en grec ETUTpÉ-ov-rec, ceux qui confient leur afTaire à un arbitre ; il y a, en effet, dans la pièce, une longue scène d'arbitrage, et nous l'étudierons aujourd'hui même. Avant la découverte de M. Lefebvre, nous possédions assez, déjà, de celte comédie, pour souhaiter que, si le hasard nous en faisait retrouver du même auteur, V Arbitrage fût de ce nombre.

Mais les éloges que les anciens faisaient de cette pièce excitaient plus encore notre curiosité. Dans la lettre d'Alciphron dont nous avons parlé dans la précédente leçon, quelques comédies de Ménandre sont énumérées et qui sont sans nul doute ses chefs-d'œuvre. L'.4 rôiiî'a^c est en première ligne. Dans tous les auteurs anciens, dès qu'il s'agit de Ménandre, on cite V Arbitrage. Souvent on nous parle de Smikrinès, l'un des personnages de la pièce, comme le type le mieux réussi d'avare, et aussi de fâcheux, de quinteux. 11 est d'un caractère déplaisant, chagrin, ojffxoXoç, et, comme il est dit dans la pièce, « il préfère l'argent à ses parents les plus chers». Mais, malgré les importantes découvertes de M, Lefebvre, quoique bon nombre des fragments trouvés se rapportent à l'A/'ôî^ra^e, qui est aujourd'hui la comédie la mieux connue, nous ne voyons pas aussi nettement le caractère original du vieux Smilirinès. Les scènes les plus importantes pour cela nous manquent encore.

Térence a imité V Arbitrage dans VHécyre, ou tout au moins lui a emprunté son sujet. Quinlilien et tous les autres rhéteurs louent unanimement la scène de ['Arbitrage qui a donné son nom à la pièce; elle est, pour eux, un modèle de rhétorique aisée, naturelle, sans pédantisme. Au point de vue oratoire, nous verrons, en efîet, que cette scène est parfaite. Ces qualités de Ménandre se montrent ailleurs encore aussi belles, aussi admirables ; dans les monologues par exemple, et dans cette scène

d'une de ses comédies où un pelit enfant est pris pour juge dans une autre querelle. Mais jusqu'alors nous ne connaissions, en somme, que peu de chose de \'A7-bitrage ; sans doute il y avait, nous le savions, une scène où apparaissait un cuisinier bouffon ; mais cela ne suffisait guère à notre curiosité excitée.

Nous possédions en tout vingt-trois fragments de V Arbitrage, dont les uns ont été insérés dans les morceaux retrouvés, dont les autres restent épars sans qu'on puisse les replacer où il convient. Le plus long avait quatre vers. Aussi, à quelles ingénieuses conjectures ne s'était-on pas livré pour reconstituer l'action de cette comédie tant vantée, et que, nous, nous ne pouvions qu'à grand'peine imaginer I Ainsi, chaque fois tjue l'on rencontrait dans un texte quelconque le nomde Smikrinès, on ne mettait pas en doute qu'il ne s'agît du personnage de ['Arbitrage ; et on lui donnait tel caractère, on imaginait tels incidents. L'imagination avait beau jeu.

Mais on oubliait que la comédie nouvelle fut extraordinairement féconde, que les noms de Smikrinès et de Charisios sont communs chez elle. De ce que, disait-on, Térence avait imité VArbiti^age dans VHécyre, on tirait d'ingénieuses conclusions; ovVHécyre offre bien de notables ressemblances avec VArbitrage, mais combien elle en diffère aussi ! VHécxjre est imitée bien plutôt de r'E/.upà^ comédie d'Apollodore de Carysle, lequel avait imité M^nandre, et elle est intéressante surtout en ce qu'elle diffère de VArbitrage, auquel elle n'emprunte qu'un scénario, banal dans la comédie nouvelle.

Le titre avait aussi fait naître bien des conjectures : on oubliait trop aisément que les titres des comédies ne peuvent guère nous renseigner sur Taction, puisqu'ils viennent souvent d'une scène épisodique ou qu'ils sont le nom d'un personnage accessoire. Ici. la scène de l'arbitrage est caractéristique du talent de Ménandre, mais épisodique, bien que développée pour elle-même. Toute l'ini^éniosité des critiques, qui n'ont pu résister au plaisir facile et vain des reconstitutions^ était sans fondement.

Voici, dans l'état actuel de nos connaissances et en laissant de côté les pointsobscurs, ce que nous savons de l'intrigue. Elle est peu originale, ainsi qu'il arrive souvent chez Ménandre, pour qui les détails mêmes de l'action ont peu d'importance. L'intérêt est dans les peintures des mœurs et des caractères, dans leur vérité et leur naturel C'est un thème bien connu de la comédie nouvelle. Pendant les fêtes nocturnes des Tauropolies, Kharisios, jeune homme de bonne naissance, a violenté une

LA COMÉDIE NOUVKLLK ©Of''

jeune fille, Pamphilé, qui, célébrant la fête, s'était éloignée de ses coaipagnes. Dans VHéryre le point de départ est le même : Pamphilus a fait, une nuit, violence à Pliiiumène. Charisios a ensuite épousé Pamphilé, mais sans la reconnaitrr' pour celle qu'il avait prise de force. Il nous faut beaucoup de bonne volonté et de complaisance pour admettre pareille chose. Mais disons-nous qu'il faisait nuit alors et que Charisios n'a pu voir seulement le visage de la jeune femme. Acceptons donc cette donnée. Quelques mois après, sans doute pendant un voyage du mari, Pamphilé accouche, et, pour se débarrasser de TenCant, le fait exposer dans les environs au milieu des broussailles; elle espère ainsi cacher sa faute à son mari. LVnfant a sur lui des bijoux qui devront servir à une recor.naissance ultérieure, et notamment un anneau que, dans la nuit du viol, la jeune fille a arraché à son agresseur, aujourd'hui son mari. Dans Vfiécyre, au contraire, l'anneau qui servira à la reconnaissance a été arraché k la jeune femme par le jeune homme, qui l'a donné à son amie , la courtisane Bacchis. Pamphilé esfiérait que son mari ignorerait son accouchement. Mais un esclave de Charisios, type de curieux, sans cesse occupé de la vie d'autrui, Onésimos, a appris le secret de sa maîtresse sans doute par quelque indiscrétion et a tout raconté à son maître revenu de voyage. Celui-ci s'emporte; mais sa colère n'est point brutale : il souffre de la faute de sa femme, il en est peiné. Chaiisios est, en effet, plein de délicatesse et de scrupules. S'il a violé Pamphilé, c'est dans un moment d'égarement, sous l'empire de l'ivresse ; d'un bout à l'autre de la pièce, au contraire, son caractère délicat ne se dément pas. Il ne veuf point chasser sa femme, mais la vie commune avec elle lui est désormais insupportable ; il la quitte et vit à part.

Toute cette intrigue avait été imitée par Apollodore de Caryste. Tels sont les événements qtii précèdent le début de la pièce. Ce début manque ; aussi comprend-on mal si Charisios a relégué sa femme dans un coin érarté de la maison et vit encore chez lui, ou si, abandonnant le domicile conjugal, il habite désormais chez son père Kairestratos, ou chez un de ses amis ; on ne sait au juste. Quoi qu'il en soit, le jeune homme cherche à oublier sa femme, il fait la fêle, s'enivre pour chasser son chagrin et prend pour maîtresse une petite joueuse de flûte, Hubrotonon. Mais qu'est devenu l'enfant? Un berger, qui menait paître ses troupeaux à l'endroit où il fut déposé, Daos, l'a recueilli et emporté chez lui. Il voulut l'élever tout d'abord; mais, après réflexion, redoutant cette charge nouvelle, il le

602^ KEVUE DES COURS ET COISF/ÏHENOKS

donna à un brave charbonnier, Syriscos, qui consentit avec joie à prendre l'enfant.

Mais Daos a gardé les bijoux trouvés avec l'enfant ; il n'en a même pas soufflé mot. Syiiscos en apprend l'existence par un berger compagnon de Daos : aussitôt il les lui réclame. Daos refuse de les donner : de là la contestation qu'ils vont soumettre à un arbitre; ainsi s'explique le titre de la pièce.

Arrêtons là notre analyse. Il n'y a rien de bien original dans celle intrigue : un viol, une exposition d'enfant, une reconnaissance que l'on prévoit, ce sont là les ressorts ordinaires de la comédie nouvelle, et Ménandre n'a en cela lien inventé. Mais notez la ressemblance qu'il y a entre ces données et celles d'une tragédie perdue d'Euripide, dont le refit de l'action nous a été conservé par un mylhographe latin, Hygin. Alopé, fille du roi Cercyon, fut aimée en secret par Poseïdôn ; elle eut de lui un enfant, qui fut exposé et recueilli par un berger. L'enfant était revêtu de riches vêlements. Jusqu'ici la ressemblance est trop banale pour valoir la peine d'être notée. Mais voici qui est plus intéressant : un camarade du berger lui a demandé i'enfant ; il lui a été remis, mais le berger a gardé ses ornements princiers. Le berger et son camarade se querellent et, naturellement, portent leur contestation devant Cercyon. Au dénouement, Cercyon punissait cruellement sa fille coupable. Ici, au contraire, nous sommes en pleine comédie: Ménandre transpose, réduit auxpropositions de la comédie cette intrigue ; mais il prend à Euripide les éléments mêmes de sa tragédie. C'est là un exemple précis et manifeste de l'influence d'Euripide sur Ménandre : nous l'avions soulignée dans nos précédentes leçons. Soit que Ménandre fût le premier à les avoir introduites dans la comédie et que d'autres ensuite l'eussent imité, soit que lui-même eût imité, de pareilles scènes sont fort répandues dans la comédie nouvelle, dont elles constituent un des éléments ordinaires. Piaule les imita dans le Rudens, où une altercation s'élève au sujet d'un cofTret qui contient des signes de reconnaissance ; il s'agit aussi de l'identité d'une jeune fille, et, ici, c'est le père lui-même qui est fait juge de la contestation.

Quelle est, maintenant la mise en scène de l'Arbitrage ? La scène, chose remarquable, est dansun bourg des environs d'Athènes, non à Athènes même. L'ôp/T,(n:pa figureune place de ce dème sur laquelle se trouvent deux maisons : dans l'une, Charisios fait la fête avec Habrotonon ; l'autre est celle de Pamphilé, ou une dépendance de celle de Charisios. Les critiques sont d'avis différents; mais ces deux habitations sont voisines : elles ne sont

séparées que par un mur de chaque côté duquel se trouve une cour. Cela est indispensable ; car Charisios entendra plus tard une conversation de Pamphilé et de Smikrinès, qui changera tous ses sentiments. Toutes ces obscurités viennent de ce que nous n'avons point le début de la comédie. Gomme l'exposition nous manque, nous en sommes réduits à des conjectures, en nous servant des quelques indications éparses dans la pièce. Il nous reste un quaternion presque entier auquel manquent seulement la première page et l'avant-dernière. Puis du deuxième quaternion nous n'avons, se rapportant à rAr6i</-a^e, qu'une seule feuille et le bas d'une page. Nous pouvons juger de l'étendue delà comédie et de ce qui nous manque au début et à la fin de la pièce. D'après des calculs un peu arbitraires, Korte pense que la comédie avait de 1.000 à l.iOO vers. Nous en avons 600, un peu plus sans doute de la moitié.

L'exposition était faite vraisemblablement par Onésimos, qui a révélé la naissance de l'enfant dans un dialogue avec un inconnu. M. Maurice Croiset pense que cet inconnu était un cuisinier loué pour le banquet que Cliarisios doit donner dans la maison de Kairestratos. Ce devait être un amusant dialogue, que suivait un monologue d'Onésimos destiné à préciser la situation initiale.

Un scholiaste d'Arislote nous a conservé un court fragment de Ménandre que Ton est en droit de rattacher à V Arbitrage, bien que le scholiaste ne dise point de quelle pièce il est tiré ; il appartient sans doute au début de la pièce :

« Le Cuisinier. — Par les dieux, Onésimos, ton jeune maître, celui avec qui est maintenant Habrotonon, la joueuse de flûte, ne s'est-il pas marié récemment?

Onésimos. — Oui, tout récemment... »

Puis Charisios se mettait à table. Alors, dit M. Croiset, arrivait Smikrinès, qui, mécontent de la conduite de son gendre, venait chercher Patnphilé. Il y avait une scène entre lui et Onésimos; puis suivait un monologue de Smikrinès. On croyait qu'un fragment très mutilé se rapportait à cette scène. D'autres savants, Arnim par exemple, le plaçaient beaucoup plus bas, vers le milieu de la pièce. En examinant des bribes trouvées avec le papyrus principal, M. Lefebvre a déchiffré un autre fragment, publié dans sa deuxième édition, dont quelques vers viennent s'ajouter à ceux du fragment mutilé. Le raccord est possible et mnntre que Ihypothèse d'Arnim élait la bonne. Nous étudierons cette scène à sa place. Il y a alors une partie perdue que nous ne pouvons guère restituer, puis, heureusement, une longue scène, la plus importante, et qui est intacte.

^04* KEVUE l>KS COUHS ET COiNFÉUENCËS

Entraient alors en scène Daos se bercer qui trouva Tenfant. et Syriskos, le charbonnier qui l'a recueilli; avec eux, la femme de Syriskos, personnage muet qui tient l'enfant dans ses bras. Syriskos a appris que Daos avait trnuvé avec l'enfant des bijoux; il les réclame; l'autre refuse. Mais pourquoi cette rencontre en cet endroit ? Syriskosesl un esclave deKairestratos, pèredeCharisios ; il lui apporte sa redevance, à-o'^opà. En effet, les esclaves qui travaillaient au dehors, dans uuedemi-liberté, apportaient au maître une partie de leur gain. Syriskos rencontra donc dans le bourg Daos, que, précisément, il cherchait.

La scène s'engageait immédiatement. Elle est traitée avec habileté par Ménandre, qu'elle a dû beaucoup intéresser. Il l'a développée pour elle-même, lia fait parler, et longuement, chacun des deux compétiteurs. Et cette dispute n'est point inutile à l'aclion ; car l'anneau de Charisios va passer dans les mains de Syriskos, où il sera vu par Onésimos. Celui-ci le reprendra aussitôt pour le montrer à Charisios, et nous approcherons ainsi du dénouement. Il y avait, sans doute, quelques mots avant celte fort belle scène :

« Syriskos. — Quoi ! tu refusés ce qui est juste ?

Daos. — Sycophanle, misérable !

Syr. — Non, tu ne dois pas garder ce qui n'est pas à toi.

Da. — Eh ! bien, prenons un arbitre qui décidera.

Sy. — Je veux bien.

Da. — Plaidons.

Sy. — Qui jugera?

Da. — J'accepte n'importe qui. Ah .'c'est bien fait pour moi ! Pourquoi ai-je partagé avec toi ! ... »

Apercevant Smikrinès, Syriskos s'écrie alors :

« Syr. — Tiens, celui-ci, le veux-tu comme juge ?

Da. — Soit ; au petit bonheur.

Syr. — Par les dieux, bon vieillard, as-lu quelques instants à nous donner ?... »

Le caractère bourru et maussade de Smilirinès apparaît déjà dans sa réponse ; rudement :

« Sm. — A vous ? A quel sujet ?

Syr. — On se dispute, on n'est pas d'accord.

Sm. — Qu'est-ce que cela me fait, à moi ?

Syr. — Nous cherchons un juge impartial pour trancher l'affaire Si lu n'as pas d'empêchement, décide entre nous... »

Smikrinès, qui remplit ta pièce de ses cris, s'emporte déjà :

« Sm. — Quoi ! vauriens ! C'est pour plaider que vous vous promenez ici, vêtus de peaux de bique ! ... »

Notons ce détail réaliste du costume. Smiki-inès se fâche en voyant les billevesées qui occupent les deux esclaves :

« Syh. — Bon, bon. L'affaire est courte et facile à comprendre. Père, fais-nous celte grâi-e. Ne nous méprise pas, au nom des dieux ! Vois-tu, en toute occasion, il faut que la justice l'emporte partout. Celui qui se trouve là, par hasard, doit prendre à cœur d'y aider. C'est l'intérêt commun de tous les hommes... »

Syriskos s'exprime avec aisance, facilité, presque avec distinction. II est doux, aimable, poli; aussi Daos se dit-il à part :

« D.\. — Ouais ! il ne parle pas mal, ladversaire I Pourquoi aije partagé ?

Sm., à Stjriskos. — Eh ! bien, dis-moi, vous engagez-vous à accepter ma sentence ?

Syk. — Absolument.

Sm. — Alors je vous écoute. Pourquoi pas ? [A Daos.) Toi qui ne dis rien, parle le premier »

Smikrinès, c'est un trait de son caractère, est d'autant plus désagréable que son interlocuteur est aimable. Syriskos l'agace; il passe la parole à Daos :

« Da. — Je reprendrai les choses d'un peu plus haut, avant nos arrangements, afin que tout soit bien clair pour toi. Dans les taillis, ici près, je gardais mes bêles, il y a quelque chose comme trente jours, tout seul. Or je trouvai à terre un petit enfant, abandonné, qui portait des colliers et autres choses du même genre.

Syr., interrompant. — Oui, justement; c'est là l'objet de la dispute.

"Da. — Ah ! il ne me laisse pas parler.

Sm., à Syriskos. — Toi, si tu dis un mot pendant qu'il parle, je vais te frapper avec mon bâton.

Da. — Très bien, ce sera juste... »

Smikrinès est appuyé sur un bâton recourbé, comme les acteurs qui nous sont représentés dans des peintures. Et voyez l'habileté de l'auteur et comme il sait son métier : il arrange les choses pour que Smikrinès ait l'air de préférer Daos. Est-ce donc lui à qui le vieillard va donner raison ? Il y a là beaucoup d'ingéniosité et de finesse.

« Sm., à Daos. — Continue.

Da. — Je continue. Je relevai l'enfant ; je l'emporlai chez moi. Je me proposais de l'élever; c'était alors mon intention. Puis, la nuit, comme font les gens, je tenais conseil avec moi-même ; je faisais mes calculs : « Vraiment, disais-je, quel besoin d'élever un enfant et de me créer des ennuis ? Où prendrai-je tout ce qu'il

ii\

-606' HliVUK UKS COUUS ET CuNKÉKKtNCKS

faudra dépenser? A quoi bon tant de soucis ? » J'en étais là. Le lendemain, dès la première heure, je gardais de nouveau mes bêtes. Justement, cet homme-ci — il faut te dire qu'il est charbonnier — s'en vint là où j'étais pour y scier du bois. Déjà, auparavant, on se connaissait un peu, on faisait la conversation. Quand il me vit tout soucieux : « Pourquoi, dit-il, Daos est-il si préoccupé ?» — « Pourquoi, lui dis-je. Ah I c'est que j'ai une grosse affaire sur les bras. » Et je lui raconte la chose, comment j'avais trouvé l'enfant, comment je l'avais recueilli. Là-dessus, lui, tout aussitôt, sans même me laisser achever, se mettait à me prier : « Puisses-tu être heureux, Daos, répétait-il à chaque instant, si tu me donnes ce petit ! A cette condition, puisses-tu réussir, puisses-tu obtenir ta liberté 1 Vois-tu, ajoutait-il, j'ai une femme : elle a mis au monde un enfant qui n'a pas vécu. » La femme dont il parlait, c'est celle que tu vois là, qui lient l'enfant dans ses bras... »

11 y a donc là un personnage muet, la femme de Syriskos, qui assiste à la scène sans y prendre part ; elle tient dans ses bras le iils de Gharisios.

(( Sm., à Syr. — Est-ce vrai ? Tu le priais ainsi ?

Syr. — Je le priais.

Da. — II ne cessa pas un instant jusqu'au soir. A force d'instances, il me persuada : je lui promisl'enfant. Je le lui donnai. Il s'en alla, en multipliant ses souhaits. Il me prenait les mains et les baisait.

Sm., à Syr. — Tu faisais cela ?

Syr. — Je le faisais.

Da. — Il s'éloigna enfin. Et, maintenant, avec sa femme, m'ayànt rencontré par hasard, tout à coup, il me réclame les objets qui étaient alors exposés avec l'enfant, — oh ! peu de chose, des bagatelles, rien du tout ! — et il prétend que je lui fais du tort, parce que je ne veux pas les lui donner et que j'entends les garder pour moi. Au contraire, moi je dis qu'il me doit de la reconnaissance pour la part qu'il a obtenue par prière. Et si je ne lui donne pas le tout, ce n'est. pas une raison pour que j'aie des comptes à rendre. Comment ? quanJ même, en se promenant avec moi, il aurait participé à la trouvaille, quand même Hermès nous eût favorisés également, il n'aurait eu pourtant qu'une part et moi j'aurais eu l'autre. Et lorsque c'est moi seul qui ai fait la trouvaille, lu prétends, loi qui n'étais pas là, qu'il faut que lu aies le tout, et que, moi, je n'aie rien I En somme, je t'ai donné volontairement une part de ce qui m'appartenait. Si cette part te convient, garde-là. Si elle ne te convient pas, si tu n'en veux plus,

rends-la moi. Ne me fais pas de tort, et qu'on ne t'en fasse pas. Mais, vraiment, que tu aies le tout, moitié par mon consentement, et moilié malgré moi, non, cela ne se peut pas. J'ai dit ce que j'avais à dire. .. »

Daos a commencé à parler simplement ; puis il s'est échauffé peu à peu; mais son discours reste plein de naturel. Smikrinès, qui avait d'abord rabroué Syriskos, s'est radouci ; il s'est senti intéressé malgré lui par le récit de l'affaire ; il s'est tourné à deux reprises vers Syriskos, lui demandant : « Est-ce vrai... ? » Ainsi Ménandre nous achemine insensiblement vers le dénouement de cette scène :

« Syr., àSm. — 11 a fini ?... »

Syri>kos interroge l'arbitre avant d'oser reprendre la parole.

Sm., à Syr. — N'as-tu pas entendu ? Il a fini.

Syr. — Fort bien. En ce cas, c'est à mon tour, maintenant. Eh ! bien, oui, il a été seul à trouver l'enfant; oui, tout ce qu'il vient de dire est vrai ; les choses se sont passées ainsi, père ; je ne dis pas non. J'ai prié, j'ai supplié, et c'est ainsi que je me suis fait donner le petit. 11 dit la vérité. Seulement un berger, avec lequel ii avait causé, un de ses compagnons, vint ensuite m'apprendre qu'il avait trouvé aussi certains objets de parure. Et maintenant, père, contre celui-ci, cet enfant se présente en personne (levant toi. — Femme, donne-moi le petit. — Le voici, Daos, qui le redemande ses colliers et tout ce qui peut le faire, un jour, reconnaître... »

Ici Syriskos prend l'enfant des mains de sa femme et le présente à Smikrinès :

« Il dit que tout cela fut déposé auprès de lui pour le parer et non pas pour te faire vivre, loi. Et moi, je joins ma réclamation à la sienne, comme étant devenu son représentant; c'est toimême qui m'as institué tel, le jour où tu me l'as donné. Ce qu'il faut que tu décides maintenant, mon bon juge, si lu m'en crois, c'est ceci : ces bijoux d'or, ces objets, précieux ou non, doivent-ils, selon l'intention de la mère quelle qu'elle soit, être conservés pour le petit jusqu'à ce qu'il soit devenu grand, ou bien faut-il que celui qui l'a détroussé garde ce qui n'est pas à lui, parce qu'il l'a trouvé le premier ? — Mais, diras-tu, pourquoi, lorsque je recevais de toi l'enfant, ne faisais-je pas aussitôt cette réclamation?C'est que cela ne m'était pas possible à ce moment-là. Mais, maintenant, tout aussi bien, c'est pour lui que je viens parler et je ne réclame rien pour moi. Oh! je t'entends bien ; « Part à deux dans la trouvaille. » Non, non, point de trouvaille, lorsqu'il s'agit d'un être humain qui serait lésé. Ce n'est pas une trouvaille cela; c'est un vol... »

6Ô8* UKVUE DES COUHS ET COISfÉKKNCKS

C'est là une idée philosophique que de considérer l'enfant comme un être humain qui serait lésé ; mais des idées de ce genre ont été tellement répandues à Athènes, qu'elles peuvent sans invraisemblance être placées dans la bouche d'un homme du peuple.

— « Et puis, père, considère encore ceci. Peut-être cet enfant est-il d'un sang meilleur que le nôtre. Nourri parmi des hommes de peine, il dédaignera, un jour, notre condition. Il reviendra à sa nature et il osera faire de nobles choses, chasser les lions, porter des armes pesantes, courir dans l'arène des jeux. Tu as vu jouer des tragédies, j'en suis sûr; eh 1 bien, tu sais à quoi je pense, à un certain Néleus, à Pelias. Ces héros, ce fut un chevrier, portant comme moi peau de bique, qui les trouva. Dès qu'il s'aperçut qu'ils lui étaient supérieurs, il leur dit tout, comment il les avait trouvés, comment il les avait recueillis. Et il leur donna une petite besace contenant de quoi les faire reconnaître. C'est ainsi qu'ils découvrirent tout ce qui les intéressait, et qu'ils devinrent des rois, eux qui n'étaient d'abord que des chevriers. Suppose que Daos leur eût pris ces objets et les eût vendus pour gagner lui-même une douzaine de drachmes ; ils seraient restés toujours ignorés, eux ces héros, fils d'une noble race. Donc il n'est pas à propos, père, que j'élève, moi, ce petit être, et que Daos prenne et fasse disparaître l'espoir de sm avenir. Tel qui allait épouser sa sœur s'est arrêté à temps, grâce à certains signes de reconnaissance. Tel autre a secouru sa mère rencontrée par hasard. Tel enfin a sauvé son frère. La vie de tous les hommes est exposée naturellement à bien des risques : il faut la pré>erver par la prévoyance, en s'en, ménageant les moyens longtemps d'avance. .. »

Des souvenirs littéraires viennent naturellement prendre place dans le discours de Syriskos, qui, cependant, demeure simple et aisé. Tout homme du peuple a vu des tragédies et en parle. Sans doute son imagination exagère : il n'y a pas de lions en Atlique. Mais les personnages dont il parle sont tellement populaires, qu'il n'y a là nulle affectation. Neleus et Pélias sont les fils de Tyro et de Poséidon, qui, comme dans la fable d'Alôpé, furent exposés et recueillis par un pâtre : ce sujet avait été traité par Sophocle dans sa T]jrô. Iphigénie sauve son frère Oreste dans YJphigénie en Tauride d'Euripide; c'est à quoi fait allusion cette phrase : « Tel enfin a sauvé son père. » Toutes ces allusions sont enchâssées dans le discours sans en détruire l'unité de ton, grâce à l'extrême habileté de Ménandre.

— « Mais, dit-il, rends ce que je t'ai donné, si lu n'en veux

LA COMl'UÏE NûL'VKLLlC

pliib. » Celle proposilioa lui parail ilcci.-j;!ve ; elle n'eu Oft pas moins injuile... « Parce qu'il le laul reiuhv quelque chose de ce qui est ii lenfiinl, lu veux le reprendre iui-:iiL'ine, afin de pouvoir 11- ilL'pouilier plus Iranquillemenl de ce que la Forlutie a pu lui laisser. J'ai dil; el. inainlenaut, juge, dûcide ce iiui lo parail juste.

S.M. — \\{\ vériié, le jugement est l'acilc. Tout ce quia été exposé avec l'enfant est à lui ; voilà ma sentence.

Da. — Fort bien ; mais l'enfaul, à qui est-il ?

Sm. — Par Zeus. je ne te l'allribuerai pas à loi, qui, en ce moineul mCme, veux lui faire du tort, ^ouy ce sera à celui qui ie défcûd et qui repousse tes prclenlions injustes. »

.Syriskos laisse alors cclaler sa joie ; Daos e.^l furieux et doit rendre les bijoux. Sinii\iii:ès s'cioigne. Daos sort, pestant contre l'iirbitrc. Nous tHudierons, la prochaine fois, la .scène suivante; celle-ci nous u déjà montré avec <iuel art Ménandre savait la « filer », comment il i^ardait aux interlocuteurs un accent tout de vérité el de naturel. Il est simple, réaliste ; mais son style demeure toujours élégant.

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Cours de M. PUECH,

Professeur à l'Universilé de Paris.

Ménandre : « l'Arbitrage » {suite).

Notre dernière leçon a été consacrée à l'étude d'une scène qui a donné son nom à la comédie de l'Arbitrage. Cette scène nous ayant été transmise intacte, je n'ai pas trouvé de meilleur moyen^ pour vous la faire goûter, que de vous la lire. J'ai essayé de vous faire sentir comment elle nous donnait une idée de la manière et du talent de Ménandre, et vous vous rappelez comment nous avons pu voir se manifester, dans ce passage, relativement ceurt, mais précieux, les meilleures qualités du poète. Nous avions affaire à une scène vive, naturelle, intéressante d'un bout à l'autre, filée avec un art extrême ; vous y avez vu se manifester, en particulier, une des qualités principales de Ménandre, l'art de donner aux personnages une vie individuelle intense.

Les personnages de la comédie apparaissent un peu trop, en général, comme des types catalogués, classés, sans traits caractéristiques, sans vie. Sans doute, ces sortes de types se retrouvent chez Ménandre dansune certaine mesure ; mais son mérite, c'estdeleur avoir donné une vie personnelle, qui permet de les reconnaître, de les caractériser, et qui, par cela même, les rend plus intéressants. C'est ainsi que, dans la scène que nous avons étudiée et dont les personnages, un vieillard et deux esclaves, risquaient d'être des types traditionnels, Ménandre a donné à Daos et à Syriscos des caractères tout différents : l'un n'est qu'un rustre, un pavsan grossier ; l'autre est plein d'humanité, de pitié pour cet enfant abandonné; il a des qualités d'esprit qui, sans dépasser l'intelligence d'un homme du peuple, sont celles d'un esprit très bien doué. Il s'est servi de ces effets de théâtre dont usaientles avocats athéniens : il a pris l'enfant des mains de sa femme, et l'a présenté au. juge ; et, s'il a évoqué quelques souvenirs mythologiques, Ménandre a pris soin de nous faire savoir que c'était au théâtre qu'il avait appris tout cela. Ce caractère de Syriscos est donc présenté d'une façon tout à fait naturelle, tout à fait simple, tout à fait vivante.

LA rijANCE bOUS LliS VALOIS ^99-»

dimpossible » ; il acliela des terres et s'occupa de donner des situations lucratives ou éminentes à tous les siens. C'est ainsi qu'un de ses frères obtint, à l'âge de '25 ans, l'archevêché de Bourges ; il se montra aussi très généreux pour les seigneurs de la cour, à qui il prétait de l'argent ; il en prêta également au roi, notamment en 14 49, pour chasser les Anglais de rs'ormandie.

Une telle puissance, une telle fortune (sa fortune était évaluée à 1 million d'écus d'or, ce qui vaudrait plus de 10 millions de nos jours) fit bien des jaloux et des envieux. On l'accusa d'avoir empoisonné Agnès Sorel ; il fut arrêté le 30 juillet 1451, jugé et condamné. Tous ses biens furent confisqués, et il dut faire amende honorable ; il se relira alors auprès du pape, et se mit à son service, notamment comme chef d'une flotte destinée à opérer contre les Infidèles ; il mourut pendant cette expédition, à l'île de Chio, le 25 novembre 145G.

Nous devons dire encore quelques mots de la politique commerciale de Louis XI. Il signa un traité de commerce avec les Anglais, organisa à Londres une sorte d'exposition des produits français, voulut créer à Marseille un port franc et y attirer les étrangers, et chercha à établir des privilèges dans la Méditerranée pour les navires français ; il aurait voulu fonder (1478) une compagnie de commerce à monopole ; mais il échoua dans cette entreprise. Enfin, en 1481, il autorisa les nobles et les clercs, ainsi que les officiers royaux, à faire du commerce.

Nous ne pouvons terminer celte élude sur les institutions de la France pendant le règne des Valois sans parler de la situation des paysans. Nous renvoyons au chapitre excellent de M. Fetit- Dutaillis {Histoire de France, collection Lavisse), qui donne sur ce sujet toutes les indications nécessaires. La situation des paysans peut, du reste, se résumer en deux mots : misère effroyable pendant la guerre de Cent Ans, oppression très lourde après la guerre, surtout sous le règne de Louis XI, qui les a accablés d'impôts. Louis XI n'a donc pas été du tout le roi des paysans ; il a été le roi de l'aristocratie bourgeoise.

« L AUBITRAGE » DE MÉNANDRli "ÎOI-

Vous avez pu goûter aussi une autre qualité de Ménandre : c'est la simplicité et le naturel de son style. De même qu'il évite dans ses pièces les effets de farce, le comique grossier ; de même il retranche de son style toute couleur violente, toute expression risquée en vue de produire un gros effet. Limpide, transparent, ce style est en même temps merveilleusement souple, merveilleusement agile ; il suit les mouvements de la pensée et de l'émotion sans effort, sans heurt, et réussit à en rendre toutes les nuances. Il était impossible d'apprécier ces qualités de Ménandre, quand nous n'en possédions que des fragments.

Je vous disais qu'une scène comique de ce genre n'est pas sans exemple dans l'histoire delà comédie antique; nous pouvons faire des comparaisons. Dans une autre comédie de Ménandre, VEpiclrre, on trouve également une scène d'arbitrage : un mari et sa femme se disputent, et prennent finalement pour arbitre leur petit enfant. Nous aimerions pouvoir comparer la scène dont nous nous occupons et cette scène assez piquante de l'autre pièce du poète : il y a, dans l'idée même de cette scène de l'Epiclère, un trait de cette fine ironie, si savoureuse, de Ménandre, et l'on ne peut douter qu'il n'ait su tirer de cette idée charmante un heureux parti.

Mais une autre comparaison, plus facile, semble s'imposer à nous :on trouve un arbitrage dans une des comédies les plus ^originales de Plante, le ftucfeMS, quia été imitée non pas de Ménandre, mais de Diphile. Voici comment est amenée cette scène : deux jeunes filles, Palaestra et Ampeliscaont été enlevées àPleusidippe, qui cherchait à épouser la première d'entre elles. Un marchand d'esclaves les a emmenées de Cyrène en Sicile ; mais un naufrage survenu avant d'aborder dans ce pays les force à se réfugier, une fois sauvées des flots, dans un temple de Vénus, près de chez Démoneste, qui se trouve être précisément le père de Palaestra. Le marchand d'esclaves, que la mer a jeté également sur les côtes de Sicile, poursuit les deux jeunes filles. D'autre part, un pêcheur, Gripus, a retrouvé une valise dans laquelle le marchand d'esclaves avait enfermé des objets précieux et, en particulier, des objets qui pouvaient servir à faire reconnaître Palaestra. Gripus rapporte la valise et se promet bien de profiter du contenu; mais survient l'esclave de Pleusidippe.Trachalion, qui reconnaît l'objet et vient le lui arracher. A ce moment arrive Démoneste: on le prend pour arbitre. Et c'est ainsi qu'est amenée cette scène d'arbitrage, que je voulais comparer à celle de Ménandre ; mais la scène de Plante, qui n'est pas une des plus belles de son théâtre, n'offre aucun intérêt particulier : Gripus et Trachalion y ont leur caractère, mais apparaissent surtout comme deux esclaves qui se

70^ HEVUli. DES COUHS ET CONFÉKENGliS

disputent, et rien de plus ; d'ailleurs Piaule abuse d'eflels comiques assez faciles, qui pourraient être aussi bien placés dans toute autre scène. En relisant la scène du Hudens, assez pauvre, on peut se faire une idée de la richesse qui rend la scène de Ménandre bien supérieure à celle du poète latin.

Quant à l'utilité de cette scène dans l'action même deVArbitrage, elle sert tout simplement à faire passer l'anneau de Charisios des mains de Daos dans celles de Syriscos, de celles de Syriscos dans lesmains d'Onésimos ; et ainsi se prépare la reconnaissance finale.

La scène se termine par l'exécution de la sentence prononcée par Smicrinès ; celui-ci oblige Daos à remettre, devant lui, la besace à Syriscos, pour qu'il ne dérobe rien. Dans le Rudens^ où cette scène est, en un certain sens, plus dramatique, Ampelisca et Palaestra assistent à la séance d'arbitrage. Demonès et Palaestra apercevront en même temps des objets qui amèneront la reconnaissance. Cette scène est tout à fait à la fin de la pièce : il y a avantage à ce que la reconnaissance se fasse au plus vite, et précipite le dénouement. Dans V Arbitrage de Ménandre, au contraire, la scène se passe tout au début de la pièce : la reconnaissance est simplement amorcée ; mais l'auteur se garde bien, à ce moment de l'action, de la réaliser entièrement.

Je profiterai de ce que les textes que nous avons sont encore bien conservés pour continuer à faire de celte pièce une analyse commentée ; nous ne pourrons malheureusement pas procéder ainsi jusqu'à la fin.

Daos tire de sa besace les objets qu'il remet à Syriscos, Celuici les donne à sa femme :

« Et maintenant, femme, prends-moi ces objets et porte-les là, chez notre jeune maître Chaerestratos. »

On se demande qui est au juste ce Chaerestratos : est-ce, comme le propose M. Croiset, un ami de Charisios ? Est-ce son père ou le propriétaire d'un cabaret, où Charisios faisait la fête ? J'écarte les deux dernières hypothèses, pour me rallier à celle de M. Croiset. Nous aurons l'occasion d'indiquer les raisons de ce choix ; admettons provisoirement que Chaerestratos est un ami de Charisios. Syriscos dit à sa femme : « Mais, au fait, compte-moi d'abord tous ces objets un par un. As-tu là un panier ? Non. Eh ! tiien, mets-les dans ta robe. » Ainsi est amenée la découverte de l'anneau. En effet, Onésimos, que nousavionsvu tout au début de la pièce, sortde chez Charisios, s'indignant contre le cuisinier, qui, à son gré, ne va pas assez vite en besogne. Pendant ce temps, Syriscos compte les objets, et les examine :

« Ceci me paraît être un coq ; l'objet est massif, prends ;

« l'arbitrage » DE MÉNANDRE 70^3^

voici quelque chose qui est garni de pierreries. A présent, une hache... Maintenant, un anneau, avec de l'or dessus; l'anneau même est en fer. On y a ciselé un taureau ou bien un bouc ; j'ai peine à distinguer. L'artiste qui a fait cela est un certain Cléostratos, comme le dit l'inscriplion. »

Tout cela est dit naturellement ; rien n'est plus vrai que cette indécision de Syriscos qui cherche à trouver le nom de chacun de ces objets; rien n'est plus vivant.

Onésimos, sans être vu par Syriscos, a écouté. Cette description de l'anneau a éveillé en lui certains souvenirs ; il regarde : il reconnaît l'anneau de son maître Charisios et le réclame aussitôt. Syriscos proteste : il vient déjà de se disputer avec Daos à propos de ces objets ; il ne se soucie pas de recommenceravec un autre ; il s'indigne, prétend garder l'anneau, se tourne vers sa femme, et continue Texamendes objets qui restent :

«Voici encore quelque chose de tressé. Qu'est-ce? Tiens, prends: c'est une bordure rouge. Entre dans la maison . »

Sa femme étant entrée dans la maison de Chaerestratos, la discussion reprend :

« Je dis que cet anneau esta Charisios, reprend Onésimos; c'est celui qu'il a perdu un jour qu'il était ivre ; il m'a dit cela. »

En nommant Charisios, il inspire confiance à Syriscos ; mais, ici, nous ignorons le lien qui existe entre Charisios et Chaerestratos, et c'est pour nous une difficulté. Quoi qu'il en soit, Syriscos consent, Onésimos s'excuse ; en ce moment, on est à table : il risquerait de troubler Charisios. Syriscos, encouragé par son premier succès contre Daos, se félicite de son énergie et de son adresse ; il est tout disposé à courir les chances d'un nouvel arbitrage :

« Cette fois encore, je ne me suis pas mal tiré d'afTaire ; mais il faut tout négliger, à ce qu'il paraît, pour m'appliquer désormais àplaider. La plaidoirie, aujourd'hui, c'est le salut. »

Alors se termine le premier acle. Le manuscrit porte un espace laisséen blanc et celte mention: '/,opr)^j^ c'est-à-dire intermède musical, avec chants du chœur, peut-être accompagné de danses. D'ordinaire, il n'y a absolument aucune liaison entre cet intermède et l'action : ilsert àoccuperl'attentiondu spectateur entre deux actes. Mais il y a lieu de se demander si les poètes de la comédie nouvelle n'avaient pas essayé de rattacher, de quelque façon que ce fût, cechœur à l'action même de la pièce. J'en dis un mot, parce que la question peut se poser précisément pour l'Arbitrage. Si l'on fait rentrer dans cette pièce le fragment de Saint-Pétersbourg, dont nous avons parlé, peut-être faut-il se demander si le chœur, formé

"704^' KEVL'K DES COURS ET CONFÉBENCES

de jeunes gens sortant d'un banquet, n'offre pas quelques rapports avec la pièce elle-même. Four le moment, contentons-nous de constater cette fin liu premier acte, et cet intermède musical qui le sépare du second .

Le deuxième acte, très intéressant lui aussi, est tout à fait différent. Un personnage y apparaît, qui est une des créations les plus heureuses de Ménandre : la petite joueuse de tlùle Habrotonon. Ici encore, l'art de Ménandre a su donner une vie individuelle à un personnage qui apparaît le plus souvent comme un type traditionnel. Les traits professionnels remportent le plus souvent, dans les pièces de Plante et de Térence, sur les traits individuels. Ici la joueuse de flûte est une figure vivante, variée: c'est une débutante ; elle est toute jeune. L'année précédente, elle n'e.xerçait pas encore son métier. Très humiliée, par amourpropre professionnel, d'avoir été dédaignée par Charisios, elle n'en montre pas moins beaucoup de fraîcheur, d'innocence même dans les sentiments ; il faut voir comme elle est attendrie par le sort de cet enfant abandonné, comme elle est touchée sincèrement et prise de pitié. Au reste, c'est une très fine mouche ; elle est adroite et rusée. Elle n'a pas, pour sa profession, beaucoup d'enthousiasme : elle constate les ennuis qu'elle lui attire, et ne songe qu'à s'y soustraire et à recouvrer sa liberté ; elle attend seulement l'occasion. Et voici que cette occasion, elle la trouve dans l'aventure même de Charisios.

Onésimos, ayant en main l'anneau, a déclaré qu'il serait mal à propos d'aller dire à Charisios cette aventure, à l'heure du repas. Là n'était pas la vraie raison qui le faisait agir : il savait l'esprit de Charisios très complexe, très bizarre. En effet, ce personnage de Charisios est très riche, très varié : lorsque Charisios apprend que sa femme a mis au monde un enfant naturel, il est peiné, parce qu'il était tout près d'aimer sa femme ; et cette découverte le jette dans un trouble profond. Il a abandonné la maison de sa femme ou, tout simplement, relégué sa femme dans un coin isolé de sa maison ; et il a pris une maîtresse, la petite Ilabrotonon. Il essaie de s'étourdir en faisant la fête; mais le trouble qui l'envahit ne lui permet pas de jouir du plaisir, et le force à ne point user de sa maîtresse. Onésimos a compris l'état d'esprit de Charisios ; il craint d'avoir fait une maladresse en révélant son histoire, soupçonne quelque louche aventure et se demande s'il ne va pas s'engager dans quelque mauvaise histoire. Il en est là de ses hésitations, lorsque Habrotonoii sort brusquement de chez Charisios, se récriant contre les convives qui la lutinent :

« Laissez-moi, de grâce ; ne me faites pas d'ennuis. Je crois bien

« l'arbitrage » bli MÉNAMDRE -Wâ-i

que j'ai fait rire de moi par ma faute ; malheureuse, Charisios disait qu'il m'aimait et il me hait d'une haine surnaturelle. Malheur, il ne veut même plus que je me mette à table auprès de lui ; mais il me tient à distance.

OiNÉsiMos (à part). — Faut-il donc que je rende l'anneau à celui de qui je l'ai reçu si récemment ? C'est absurde.

Habrotonox (à part). — Pauvre Charisios ! pourquoi prodigiiet-il tant d'argent en pure perte ? Vraiment, pour ce qui dépend de lui, je pourrais porter la corbeille sacrée (1), malheur ! Car voici trois jours que je suis là, comme on dit, « pure de tout commerce charnel ».

A ce moment, Syriscos revient : il passe par ici pour aller à la ville, en réalité pour réclamer l'anneau.

Ménandre profite de cette occasion pour compliquer la manière dont l'anneau va passer des mains d'Onésimos dans celles d'Habrotonon. — Onésimos proteste et explique pourquoi il ne veut pas lui remettre l'anneau :

« Ecoute, brave homme ; voici ce qui en est. L'anneau est bien à mon maître, à Charisios : point de doute là-dessus. Mais j'hésite à le lui montrer ; car, du coup, je fais de lui le père del'enfant, ou peu s'en faut, si je lui porte cet objet, avec lequel il était exposé.

Syriscos. — Comment cela, imbécile ?

OxÉsiMos. — Il l'a perdu naguère aux Tauropolies (2), pendant id fête de nuit où se trouvaient des femmes. 11 est probable qu'il y a là-dessous quelque violence faite à une jeune fille. Celle-ci a mis au monde cet enfant et l'a exposé, la chose est certaine. Maintenant, si on pouvait la trouver et ensuite porter l'anneau à Charisios, on éclaircirait par là toute l'afTaire. Jusque-là, il n'y a que conjecture et trouble de l'esprit. »

A ce moment, Habrotonon, qui a entendu, revient ; elle a conçu un plan. Elle sait quelque chose qui s'accorde très bien avec ce qu'elle a entendu tout à l'heure ; elle connaît une aventure qui présente avec celle-là d'étranges ressemblances. Elle délient un des éléments du mystère, elle possède une partie du secret : elle va en user pour acquérir sa liberté qu'elle désire tant. Elle parle à

(1) La corbeille sacrée. Chacune' des femmes qui portaient des corbeilles au.x. fêtes de Dionysos, devait jurer qu'elle n'avait eu aucun commerce avec un homme depuis un temps déterminé. L'expression dont se sert Habrotonon est empruntée à une formule rituelle.

(2) Les Tauropolies, fêtes d'Artémis Tauropole, étaient célébrées par les femmes et comportaient une veillée sacrée. Artémis Tauropole était représentée montée sur un taureau.

706^ KKVUb; DES COUHS fc-T CONFliliENCES

Onésimos avec une 1res grande adresse, et sait l'intéresser tout de suite à ses paroles :

« Le petit enfant que la femme allaite là, dans la maison, c'est ce charbonnier qui l'a trouvé? »

Ici, M. Croiset suppose qu'elle montre la maison de Chaerestratos et la femme de Syriscos qui se lient sur la terrasse ; peut-être cette hypothèse est-elle inutile à la compréhension de ce passage ; il n'est pas indispensable qu'hiabrotonon aperçoive la femme de Syriscos elle-même sur une terrasse.

« Habrotonon. — Gomme il est geniil, le pauvre petit ! »

Après ces quelques mots, demi-sincères, demi-habiles, Habrotonon fait un récit tout simple, tout naturel, de l'aventure qui lui est arrivée ; et ce récit avance par saccades, à mesure que les souvenirs lui reviennent, et entrecoupé par les queslionsd'Onésimos.

« Onésimos. — Et il a trouvé de plus sur lui cet anneau, qui est à mon maître.

Habr. — Ah ! infortuné ! quoi ! S'il est vraiment le fils de ton maître, tu le verras élever comme un esclave, sans rien dire. Et tu ne mériterais pas d'être pendu?

On. — Comme je le disais à l'instant, personne ne sait qui est la mère.

EkhR. (réfléchissayit). — Charisios, dis- tu, a perdu cet anneau aux Tauropolies ?

On. — Oui, dans une violence causée par l'ivresse : c'est ce qu'a dit le petit esclave qui l'accompagnait.

Habr. — La chose est claire. Il a quitté ses compagnons et s'est jeté sur les femmes qui célébraient la fête de nuit. Un autre fait du même genre s'est produit, lorsque j'y assistais.

On. — Lorsque tu y assistais ?

Habr. — Oui, l'année dernière, aux Tauropolies. J'étais là avec des jeunes filles pour lesquelles je jouais du luth, et je m'amusais avec elles, toutes au même endroit. Moi-même, en ce temps, ignorante encore, je ne savais pas ce que c'est qu'un homme. (Mouvement d'incrédulité moqueuse d'Oncsimos.) Non, ma foi, non, par Aphrodite.

On. — Mais la jeune fille, sais-lu qui elle était?

Habr. — Je pourrais le savoir : c'était une des amies des femmes avec qui j'étais.

On. — Et son père, qui est-il ? L'as-tu entendu nommer?

Habr. — Non, je ne sais rien de lui ; mais elle, si je la voyais, je la reconnaîtrais : c'était une belle jeune fille, par les Dieux ! Et on disait qu'elle était riche.

« i.'Ar.iirrii.u;i'; » ui; .mknandhI': 71)";'

Ox. — C'est, peuL-c^trc elle qui csl la [jicre ?

Haiiu. — Je l'ignoio. VAÏc nous pci-dil, Lundis i[ue nous élioa.s x'nsoinl>le là-bas. EL puis, toulù coup, la voilà qui accourt, seule, loulc on lai'mes, s'arrachanl. les chevoux. Sa bolli; roho en laine de Tareale, si liue, par les Dieux! elle l'avait (ouïe i:,';UL*e. Ce u'élail plus qu'une loque.

On. — Et cet anneau, elle le tenait ?

llAî;a. — Elle le tenait peut-être; mais elle ne me le niontra pas, -car je ne veux pas mentir.

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