LA RENAISSANCE EN FRANCE
Rarement à Paris, le plus souvent en province. La cour n'a jamais été aussi nomade, elle voyage à travers toute la France, comme le prouve le Catalogue des actes de François I" Tpuhlié par l'Académie des sciences morales et politiques, auquel on vient d'ajouter Vltinéraire du Roi. Or c'est là un fail de la plus grande importance, et sur lequel on semble avoir pourtant assez peu insisté jusqu'ici. C'est lui qui explique en grande partie la diftusion des idées par toute la France, et la formation de tant de foyers provinciaux à celte époque. Fontenay-le-Comte constituailun véritable centre intellectuel. Comment s'en étonner, puisque François P"" parcourait toute la France avec sa cour, et qu'ainsi les savants de telle ou telle petite ville pouvaient se trouver en contact pendant plusieurs semaines avec un Budé? C'est ainsi qu'en étudiant la cour, nous aurons l'occasion de suivre le roi à travers toutes ses pérégrinations dans le pays et de dégager de nos recherches les conclusions si intéressantes que nous avons déjà essayé d'esquisser.
LA COMÉDIE NOUVELLE oll^
mulant les plaisanteries les plus bouffonnes, qui ne sont pas toujours très délicates. Térence, quiaplus de sérieux el de gravité, est aussi plus intéressant; certains de ses prologues sont des morceaux très fins de critique littéraire, où il se défend personnellement, vante ses théories, attaque ses adversaires. L'élégance un peu froide de son style convient à merveille en ces passages.
Avant que la découverte de M. Lefebvre nous fit connaître Ménandre, on s'était demandé souvent si les Latins n'avaient pas montré, dans cet emploi du prologue, une originalité dont on devait leur savoir gré. On avait été souvent tenté de le croire : le ton comique et bouffon des prologues ne tenait-il pas certainement au goût des spectateurs et même des auteurs ? Cette solution n'était pas entièrement fausse. Il est certain, par exemple, que Térence, en faisant son apologie dans les prologues, leur donnait un fonds qui lui appartenait en propre ; leur sujet était sien. II y a donc souvent dans les prologues de la comédie latine des parties personnelles et originales. Mais, ceci est aujourd'hui indéniable, ils trouvaient dans les comédies grecques des modèles qui nous étaient inconnus jusqu'aux récentes découvertes. Malgré la distance et les différences considérables qui séparent la comédie nouvelle de la comédie ancienne, il est resté dans la comédie nouvelle ce qui faisait le caractère de la parabase, mais qui est passé dans le prologue. Nous en avons la preuve par le fragment d'une comédie que contient le papyrus de Strasbourg restitué par M. Weil. Il y quelque chose d'analogue aux polémiques de Térence ; ce qui fait donc l'originalité de celui-ci se retrouverait encore, à l'occasion, dans les originaux grecs. Ménandre n'a usé de ces critiques qu'avec la plus grande discrétion ; le prologue que je vais vous lire nous le montre, et c'est un des traits qui en font le grand intérêt. On y trouve aussi un art très souple, une manière vivante, dramatique, avec lesquels Ménandre expose les données de la pièce. A ce point de vue, ce prologue est comparable aux récits charmants de naturel, de vie, de mouvement que nous avons rencontrés dans la Samienne (monologue de Déméa) ou de V Arbitrage (récils de Charisios). Ils sont joliment et finement attiques. et à mettre sur le même rang que les narrations des orateurs attiques, de Lysias dans ses plaidoyers. La vie et la finesse apparaissent même dans le prologue de la Périkeiroynénè. Si Ménandre suit la tradition d'Euripide, c'est avec plus de liberté ; il renouvelle et transforme le prologue, qui perd sa froideur el sa monotonie. D'ailleurs le ton de la comédie est plus libre, et le poète se trouve ainsi plus ù l'aise pour donner au prologue une forme intéressante. Ménandre avait
'M%- RKVUK DES COURS ET CONKÉKiiISCES
VU celte possibilité, il en a tiré parti, en évitant les défauts d'Euripide. Celui-ci ne cherche même pas à les dissimuler et il s'attire ainsi à juste litre les railleries d'Aristophane.
Il nous manque les premiers vers de ce prologue : la Méprise expliquait sans doute que la vieille femme, mère adoptive de Glycère, avait trouvé les deux enfants exposés et les avait recueillis :
« La Méprise. — ...Elle ne s'occupa que de la fille; l'autre, elle le donna à une femme riche qui habite cette maison et qui désirait un enfant... »
Elle montre du doigt Tune des deux maisons qui forment le fond de la scène, celle de Myrrhiné,la mère adoptive de Moschion, qui est riche ; l'autre maison est celle où Polémon vit avec Glycère. Myrrhiné a fait passer Moschion pour son fils, et cette supposition d'enfant esl, je vous l'ai expliqué, un des principaux éléments de l'action dans toute comédie nouvelle. C'est une convention dramatique, mais qui se justifie sans doute par des exemples qu'otlrait la réalité, plus exceptionnels cependant que les poètes ne l'ont représenté.
« Voilà ce qui est arrivé. Quelques années après, pendant la guerre, alors que les maux de Corinlhe s'accroissaient, la vieille était dans un grand embarras. La jeune fille avait grandi, vous venez de la voir... »
Ces mots nous permettent d'affirmer avec certitude que, dans la scène précédente, la première de lacomédie, était apparue Glycère; et ce qui suit nous autorise à croire qu'avec elle paraissait Polémon ; les mots sont moins précis, mais le sens n'est pas douteux :
« Il se présenta pour elle un amant : ce bouillant jeune homme, Corinthien d'origine ; elle lui donna l'enfant, comme sa fille. A bout de forces, prévoyant que sa fin était proche, elle ne dissimula plus l'aventure ; elle raconta à la jeune femme comment elle s'était chargée d'elle, elle lui donna les langes qui l'enveloppaient alois... »
Ce détail n'est mis là qu'en vue de la reconnaissance future ; c'est une indication du poète.
« Elle lui révéla l'existence de son frère que Glycère ignorait, en prévision de quelque accident, de quelque secours dont elle pût avoir un jour besoin ; car elle voyait que Glycère n'avait que ce parent, et elle craignait qu'il ne pût leur arriver de commettre quelque mal involontaire, par ma faute à moi, la Méprise. »
Et c'est bien ce qui s'est produit, puisque Moschion b'est épris de sa sœur, sans s'en douter, qu'il l'a embrassée et que l'incident de leur rencontre a provoqué la colère violente de Polémon et sa brutale vengeance d'où naît le sujet de la pièce. Ce qui suit va
nous renseigner fort habilement sur les caractères de chacun ; ce sont des indications que nous donne Ménandre. Polémon est emporté, et c'est dans un accès de colère qu'il a coupé les cheveux de sa maîtresse ; de ce trait de caractère dépendront les principaux événements de l'action. Car si les données d'une comédie sont presque toujours très compliquées, du moins il n'y a dans l'action aucun arbitraire, aucune complication, tout découle des caractères, tels qu'ils ont été d'abord posés. Moschion, lui aussi, se trouve dépeint comme un enfant gâté,àqui rien n'a jamais été refusé et qui ne connaît que son caprice ; il mène la vie des jeunes gens riches et désœuvrés : *"
« Elle voyait qu'il était riche, qu'il s'enivrait ; que sa sœur était belle etjeune, que son union avec celui à qui elle la laissait était précaire. Elle mourut donc ; le soldat a acheté cette maison récemment ; elle, devenue ainsi la voisine de son frère, n'a rien dit de la chose ; elle ne veut pas le faire déchoir, lui qui est en apparence dans une position brillante ; elle préfère le voir jouir de ce que lui a donné la Fortune. Mais lui, qui, comme je l'ai dit déjà, ne manque pas d'audace, l'a vue par hasard ; et comme toujours il revenait sans se lasser, vers sa maison, il s'est trouvé qu'un soir elle envoyait je ne sais où sa servante. Quand il la vit sur la porte, il accourt, il la baise, il l'embrasse. Elle, qui savait qu'il était son frère, ne prit pas la fuite. Sur ce, Polémon survient ; il voit tout. Le reste, il vous l'a dit en face... »
Vous voyez la scène, elle est décrite avec précision. Et ces mots « un soir » nous permettent de la situer ; elle s'est passée avant le moment où s'engage l'action ; elle n'en fait point partie ; ce n'est pas la scène première delà pièce ; elle lui est antérieure. Sans doute, comme je vous l'ai montré, elle a dû se passer la veille. Le prologue est à cet endroit mutilé. C'est ici que se trouve le vers mutilé que l'on avait d'abord ainsi restitué: « vous l'avez vu », et sur lequel on se fondait pour soutenir l'hypothèse que nous avons écartée. Une lecture plus attentive l'ait ainsi restituer le vers grâce aux lettres visibles : « il vous l'a dit ». Et celte restitution est la bonne.
« MÉPR. — Il s'en alla donc, disant qu'il réfléchirait à loisirpour savoir quelle conduite il tiendrait envers elle ; elle restait là, tout en larmes ; elle se lamentait, en voyant qu'elle ne pouvait ainsi agir en femme libre. Or toute cette affaire a été mise en train en vue de l'avenir et afin d'exaspérer le soldai ; c'est moi qui ai poussé Polémon, qui n'est pas aussi violent par nature, atin de lui fournir une occasion d'être éclairé sur tout le reste et pour que ces enfants retrouvent enfin leurs parents... »
Ce passage nous explique pourquoi le sort de Glycère est incertain encore. En outre, la Méprise révèle l'artifice du poète ; elle annonce que tout tournera bien et que Glycère sera heureuse. Elle exagère un peu son action, car Polémon, sans être très brutal, est néanmoins violent, et son caractère restera tel au cours de l'action ; il ne faut donc pas prendre ces mots trop au sérieux.
« Mépr. — Ainsi donc, si quelqu'un s'est fâché de tout cela, l'a regardé comme une indignité, qu'il change maintenant d'avis ; car parla volonté d'un dieu, le mal quand il arrive peut tourner en bien. Bon courage, soyez pour nous des spectateurs bienveillants et assurez notre succès maintenant. »
Voyez avec quelle discrétion Ménandre intervient directement ici. Il invite les spectateurs à applaudir : le adjuvate lalin correspond au -îà Xot-a ctioÇete de Ménandre ; et comme le prologue est en dehors de la pièce, Ménandre prend congé des spectateurs. Cette intervention du poète s'explique à la fois par la tradition — c'est une habitude de la comédie nouvelle — et par la nature même du prologue.
J'espère que cette lecture justifie le jugement antérieur que j'avais porté sur le prologue. La comédie nouvelle doit beaucoup à la tragédie, et à Euripide en particulier, mais elle a adopté ses procédés et ses formes. De même qu'elle a sous celte influence apporté dans l'intrigue de grandes modifications, — nous l'avons remarqué à propos de V Arbitrage^ — de même elle a modifié la forme des scènes, introduit le prologue, développé le monologue: celui de Déméa dans la Samienne en est 1 e meilleur exemple. Les monologues dans le théâtre antique sont très nombreux. Le savant Léo leur a consacré une étude excellente et très complète. Mais tandis que dans la tragédie ils sont souvent froids et languissants, dans la comédie, au contraire, ils sont naturels et vivants. Le ton de la comédie, familier et simp le, met les auteurs plus à l'aise, puisque souvent le monologue n'est qu'une convention et rarement est naturel ; le poète tragique s'applique avec soin à masquer cette convention, à dissimuler son invraisemblance sous un air de vérité. Il le fait gauchement parfois ; il est gêné, embarrassé, parce qu'il n'est point sincère. Le poète comique, au contraire, montre franchement que le monologue est conventionnel : le personnage s'adresse même directement aux spectateurs ; le poète comique rompt ainsi avec la tradition, sans chercher à dissimuler la part de conventionnel et d'invraisemblable : la différence est donc très grande.
Mais qu'est devenu Polémon, après son bel exploit ? Un de ses esclaves, sans doute le même que celui qui apparaît un peu plus
loin, Sosias, arrive sur la scène. Il a le même nom que l'esclave d'Amphitryon. Rien ne nous indique qui il est ; et comme jamais dans le théâtre antique on ne nous laisse ignorer le nom et le rôle d'un personnage, mais on nous l'indique soit par une allusion directe, soit par uneinlerpellalion indirecte, nous pouvons penser que Sosias était apparu déjà dans la première scène. Les poètes tiennent toujours, en effet, à nous faire prévoir le rôle du personnage nouveau ; c'est une habitude constante chez les tragiques comme chez les comiques, afin de ne pasdérouter les spectateurs. Si Sosias a déjà été nommé une première fois, on comprend que Ménandre ne l'ait pas présenté une seconde fois aux spectateurs qui le reconnaissent à son costume et à son masque ; sinon, pour supprimer tout embarras, le poète l'eût désigné clairement.
« Sosias. — Celui qui faisait le fier tout à Theure et le grand guerrier, celui qui ne veut pas que les femmes gardent leur chevelure, le voilà qui pleure maintenant étendu sur son lit ; je l'ai laissé tout à l'heure en train d'offrir à déjeuner à ses amis, car ils se sont réunis chez lui, pour l'aider à supporter à son chagrin... »
Vous connaissez le caractère violent et emporté de Polémon ; rien d'étonnant par suite à ce qu'à son accès décolère furieuse succèdent un accès de remords et une crise de tristesse et de désespoir. De ce qui suit, il ressort que le soldat est allé dans une maison du faubourg, £v à^pw, et pour chasser sa tristesse s'est mis à festoyer avec ses amis. Mais le moyen ne lui a pas réussi : au milieu du banquet, il s'est mis à pleurer, « étendu sur son lit » ; il s'agit du lit sur lequel on se couche pour manger ; le mot grec est très précis : xa-caxXfvsti; . Et il envoie Sosias pour savoir ce que fait Glycère et comment elle supporte son affront :
« Sos. — Ne sachant donc comment apprendre ce qui s'est passé ici, il m'a envoyé, soi-disant pour lui apporter un manteau, en réalité il n'a besoin de rien que de me faire promener. »
Ces mots sont ceux d'un esclave mécontent d'une course longue et inutile. Survient alors Doris, servante de Glycère. Nous ne voyons pas d'où elle sort ni où elle va. Deux hypothèses sont possibles : elle sort de la maison de Polémon où habite Glycère et se rend dans celle de Myrrhiné, ou inversement. Glycère se trouve réfugiée chez Myrrhiné dans une scène ultérieure : l'est-elle déjà à ce moment, ou demeure-t-elle encore chez son brutal amant ? Dans ce dernier cas, la sortie de Doris s'explique ainsi : elle se rend chez Myrrhiné pour le prier, de la part de sa maîtresse, de les recevoir ; dans l'autre hypothèse, elle sort de chez Myrrhiné
pour chercher chez Poléinon quelque objet sans doute oublié par sa maîtresse. Il n'y a, à vrai dire, aucune raison décisive qui force notre choix, car nous ne saisissons pas, étant donné l'état mutilé de la pièce, le moment où Glycère se réfugie chez sa riche voisine. Pourtant il est fort probable qu'à ce moment elle est encore chez Polémon, et c'est pendant son absence qu'elle se prépare à le quitter. Doris va demander à Myrrhiné de les recueillir.
Sosias est arrivé sur la scène par celle des deux entrées qui est celle des gens venant de la campagne ; par l'autre entrent ceux qui viennent de la ville ; il ne s'est point avancé sur la scène, mais est demeuré à l'entrée : ceci explique lejeu de scène suivant : Doris sort d'une maison, s'avance et se dirige vers l'autre sans voir Sosias. Celui-ci la regarde d'abord sans révéler sa présence, puis l'arrête :
« Doris. — Je vais me tenir là, maîtresse, je verrai ce qu'il en est.
Sosias. — Voici Doris I Quelle mine ! Comme la voilà gaillarde ! Elles sont encore bien en vie, à ce qu'il me semble. — Allons ! en route. »
Sosias exécute les ordres de son maître: à la mine de Doris, il conclut que Glycère ne s'est point déterminée à des résolutions extrêmes et il se dispose à porter à son maître ces heureux renr seignements :
« Doris. — Je vais frapper à la porte, car il n'y a personne au dehors. Malheureuse celle qui a pris un soldat pour amant ! Tous sont des scélérats ; ils n'ont aucune foi ! Pauvre maîtresse, tu n'as pas mérité ce qui t'arrive... Esclaves !... Il sera content d'apprendre maintenant, qu'elle est en pleurs : c'est ce qu'il voulait. Petit esclave, annonce-moi. »
Ici le manuscrit s'interrompt. Il y a une lacune de 70 vers environ. Il reste de la fin de cet acte quelques vers que prononce un esclave : de qui ? nous ne savons point. Le ton semble celui de Daos, l'esclave de Moschion ; pour Willamovitz ce serait plutôt un esclave de Myrrhiné : bref, les avis sont partagés. Mais peu importe. Tout l'intérêt qu'offrent ces vers est en ce qu'ils annoncent le chœur :
« Esclaves, je vois arriver une bande de jeunes gens ivres. Je loue grandement ma maîtresse. Elle fait entrer la jeune femme chez elle. Voilà une mère ! Ilfaut rechercher notre garçon »
D'après ces vers, il semble bien, comme je vous l'ai montré tout à l'heure, que Glycère n'est point encore entrée chez Myrrhiné, mais elle va y entrer. Jusque-là elle est restée chez son amant. — C'est le deuxième passage de Ménandre qui mentionne l'arrivée
LA COMÉDIE NOUVELLE Mnh-
du chœur : nous en avons trouvé, vous vous le rappelez, un premier dans V Arbitrage. Il était donné par le manuscrit de Saint-Pétersbourg ; l'intrigue du passage ressemble beaucoup à celle de y Arbitrage : et j'ai longuement discuté la place qu'il convenait de donner à ce fragment dans la pièce, si on voulait l'y insérer. Mais, à mon avis, rien ne prouve qu'il faille l'insérer dans {'Arbitrage : les ressemblances d'intrigue ne sont point pour le théâtre de Ménandre un argument suffisant. — Le chœur est ici encore une bande joyeuse de jeunes gens ivres, un x(Ï)[jlo<;. Il n'a aucun lien direct avec l'action ; c'est un intermède bouffon qui n'a d'autre but que de séparer nettement les actes ; il n'y a point, en effet, de rideau qu'on abaisse à la fin de chaque acte.
Dans l'acte II nous faisons connaissance avec un personnage nouveau dont la Méprise nous a déjà parlé : c'est Moschion. Il s'entretient avec son esclave Daos ; le morceau est très mutilé. C'est une fort jolie scène de comédie, d'un comique très discret et très délicat. Il naît du caractère que Ménandre adonné à Moschion et à Daos. Il y a dans le théâtre de Ménandre une grande variété de jeunes premiers amoureux ; nous en avons déjà vu plusieurs : Charisios dans l'Arbitrage, Moschion dans la Samienne. Ils sont touchants, sympathiques, ils ont un cœur tendre et sincère. Ils ne sont point ridicules, sauf peut-être Moschion, qui, à la fin de la Samienne, machine contre son père un petit complot, poussé par son dépit enfantin. Le Moschion de la Perikeiroménè est tout différent : il est vain, fat, plein de sa personne. Parce qu'il est beau et riche, et il le sait, il se croit irrésistible. Il ne doute point que Glycère, comme toutes les jeunes femmes qu'il a aimées jusqu'alors, ne soit devenue folle de lui ; n'en a-t-il point d'ailleurs eu une preuve évidente ; ne l'a-t-il pas embrassée sans qu'elle se défendît, n'a-t-elle point répondu même à ses baisers ? Aussi lorsque son esclave lui donnera quelques raisons de douter que la passion de Glycère réponde à la sienne, il mettra sur le compte de la coquetterie des refus qu'il se juge incapable d'essuyer ; il ne peut croire qu'on ne l'aime pas. Le motif comique est traité de façon amusante, mais finement, sans les gros effets qu'un Plante, par exemple, n'eût pas manqué de tirer de la scène. — Moschion a en face de lui son esclave Daos qui est un bouffon. C'est un type d'esclave curieux, rusé, hâbleur, menteur, qui flatte son maître pour l'exploiter. Ce n'est cependant pas encore le type d'esclave qui se rencontre dans chaque comédie latine, et dont l'auteur tire des effets d'un comique certain. Il n'est point pareil auxStichus, Syrus et autres fripons, qui, sans doute, sont inspirés des modèles grecs du théâtre de Ménandre, mais sont
grossis et déformés. Ménandre n'a pas abusé de ce comique. Il n'a point donné aux esclaves une place prépondérante ; il n'a pas donné à ces types des traits aussi forts ; peut-être cependant avait-il développé, dans d'autres pièces que nous avons perdues, le rôle des esclaves.
« MoscuioN. — Daos, souvent déjà tu m'as rapporté des mensonges, tu es un charlatan, un homme maudit des dieux. Mais si cette fois encore tu me trompes...
Daos. — Pends-moi tout de suite si je veux te tromper aujourd'hui !
M. — Que dis-tu 7
D. — Traite-moi en ennemi. Mais si c'est la vérité et si tu la trouves ici dans la maison... Tout ce que tu voulais, tul'as maintenant, Moschion. Je l'ai décidée à venir ici ; j'y ai dépensé un millier de paroles ; j'ai décidé ta mère à la recevoir et à faire tout ce qui te plaîl. Comment m'appelleras-tu? »
Nous apprenons ainsi que Glycère se trouve maintenant chez Myrrhiné, la mère adoplive de Moschion. Et Daos se vante auprès de son maître de l'y avoir lui-même décidée ; il s'en attribue tout le mérite avec une superbe impudence. Mais Moschion hésite ; il soupçonne fort son esclave de le tromper :
« M. — Daos, réfléchis bien ! Quel est le genre dévie que tu préfères ? Préfères-tu la meule ? »
Ici quelques vers mutilés et difficiles à restituer; cependant Moschion se laisse convaincre ; il dit à Daos :
«M. — Je veux m'en remettre à toi ; c'est toi qui dirigeras tout. »
Le mot grec o-xpaTTjYÔs est traduit dans les comédies latines par imperator : ces paroles d'un maître qui confie à un esclave le soin de mener à bien son aventure y sont fréquentes.
Moschion a deux préoccupations ; il veut savoir si Glycère l'aime, et d'autre part il n'est point sans inquiétudes sur les suites de la vengeance du soldat ; il craint aussi pour lui-même. C'est à quoi font allusion les mots qui, après une dizaine de vers misérablement mutilés, donnent ce sens :
« M. — ...A ce maudit Chiliarque, à ce porteur d'aigrette. >> Onlit dansleversprécédentdes restes du mot Trapai^uOsIaBat. Moschion pense doncàse servir de Daos pour unaccommodement avec Polémon. Mais cette pensée ennuyeuse ne fait que traverser son esprit. Il est bientôt tout entier à son rêve d'un amour partagé par Glycère, et il envoie Daos aux informations. Peut-il entrer ? les deux femmes veulent-elles le recevoir ? Et comme il a besoin de son esclave pour cette délicate besogne, il le flatte :
« M. — Entre donc,Daos ; va examiner toutes choses, ce qu'elle fait, où est ma mère, dans quelles dispositions d'esprit elles m'attendent. Je n'ai pas besoin de te donner de plus amples instructions, tu es un homme précieux.
D. — Je vais y aller. » (// entre.)
Moschion, resté seul, monologue, et son caractère se montre de façon plaisante :
«M. — Je t'attendrai en me promenant devant la porte. Mais hier soir, quand je me suis approché, elle a bien laissé percer quelque chose de ses sentiments; elle m'a vu courir à elle sans prendre la fuite, elle m'a embrassé ! Il paraît que je ne suis pas désagréable à voir et à rencontier. Je le crois, par Athéna, je plais aux courtisanes. Allons, c'est bien le moment de rendre hommage a Adrastéia. »
(Il faut en effet prier Adrastéia comme Némésis, quand on est trop heureux, ou trop arrogant, pour détourner sa vengeance.)
« D. {revenant). — Moschion, elle a pris un bain, et elle se repose.
M. — La chérie 1
D. — Ta mère se remue, elle s'occupe à je ne sais quoi. Le déjeuner est prêt ; d'après tout ce qui se passe, je crois qu'on t'attend. »
Moschion, tout joyeux, l'envoie alors prévenir les deux femmes de son entrée.
« M. — Quand nous entrerons, elle va rougir, se couvrir le visage; quant à ma mère, il faut que je l'embrasse, que je fasse sa conquête, que je m'applique à la flatter, qu'en un mot je me règle en tout sur ses désirs ! Car toute cette affaire la touche comme si elle lui était personnelle. Mais j'entends le bruit de la porte, quelqu'un sort. Qu'y a-t-il, esclave ? Comme tu hésites à l'approcher, Daos ! »
Que d'illusions ! Il faut déchanter : Daos a menti tout à l'heure ; et il doit avouer la vérité :
« D. — Par Zeus ! tout cela est bien changé ! Quand je suis arrivé pour dire à ta mère que tu es là : « Silence ! rien de tout cela, me dit-elle. Mais comment a-t-il appris la chose ? Est-ce toi qui lui a dit que, prise de peur, elle s'est enfuie ici, chez nous?... »
Et Myrrhiné a congédié Daos assez brusquement.
Alors Moschion comprend tout, il éclate contre Daos, en voyant ses illusions perdues : « Gibier de potence ! »
Moschion rappelait à Daos ses paroles de la scène précédente : on veut maintenant l'écarter, que signifie cela ? Il n'y a donc pas,
comme il le croyait, une entente entre Glycère et sa mère afin de favoriser ses amours ?
« M. — Et ne disais-tu pas tout à l'heure que c'est toi qui avais décidé Glycère à venir près de moi?
D. — Moi ? Je t'ai dit que je l'avais décidée à venir ? Par Apollon, je ne l'ai pas dit !
M. — Il me semble que tu m'as fait de beaux mensonges ; n'est-ce pas toi qui prétendait tout à l'heure que tu avais convaincu ma mère, que tu l'avais décidée à recevoir Glycère ici à cause de moi ?
D. — J'ai dit cela, vois-tu ; oui, je m'en souviens.
M. — Et il te semble bien que c'est pour moi qu'elle a fait cela ?
D. — Je ne puis aller jusqu'à dire cela ; mais j'essayais de l'en persuader.
M. — Soit, allons, approche !
D. {peu rassuré). — Où donc ?
M. — Pas bien loin, tu vas le savoir.
D. {à part...) — Que dire? — Oui, alors... Moschion ! attends encore un peu,
M. — Tu te moques de moi 1
D. — Par Asclépios, non si tu veux m'entendre... »
Et il recommence ses hâbleries : Glycère, dit-il, ne veut pas que les choses aillent si vite ; de là ce retard inattendu.
« D. — Car ce n'est pas comme une petite joueuse de flûte ou une misérable courtisane qu'elle est venue ici
... Elle a laissé sa maison, son amant : si tu veux attendre seulement trois ou quatre jours, je connais quelqu'un qui te fera les yeux doux ! Elle m'en a fait confidence ; il faut que tu le saches maintenant. »
Le coquin s'enhardit en voyant l'effet de ses paroles sur son maître tout disposé à le croire.
« M. — Quand le ferai-je enchaîner ? Il faut en finir ! Tu me fais marcher (1), et depuis beau temps, Daos ! De nouveau, ce que tu viens de me dire là n'est pas la vérité.
D. — Tu me fais perdre la tête en me secouant ainsi. Change donc de manière et entre gentiment...
M. — Je l'avoue, tu l'emportes. (Jl entre dans la maison ; Daos inquiet reste sur le seuil.)
D. — Je suis presque mort de crainte, par Héraclès ! Tout cela n'est pas aussi clair que je le croyais... »
(1) Le mot grec TZcpiêaTsIv correspond exactement à notre tournure familière.
LA COMI-DIE NOUVELLK ^5-2.1-
L't'pisoJu est charmant ; l'opposition des Jeux caractères esl comitjue. Un autre type de fat se rencontre dans les conif'^dies latines, c'est le vaniteux, le Mile.'f gloriosus, ou le soldat fanfaron. Mais il est poussé à la caricature, ici c'est un jeune premier, un lils dt! famille qui se croit irrésistible, type qui ne se retrouve pas dans les imilatious latines. C'est une création de Ménandre que les Latins n'ont pas su imiter.
Cours de M. PDEGH.
Professeur à l'Universilé de Paris.
« La Belle aux boucles coupées » [suite).
La Belle aux boucles coupées nous a été conservée dans d'assez bonnes conditions en ce qui concerne la première partie et la fin. Mais le milieu est formé d'un ensemble de scènes dont Tétat n'est point tel que toute reconstitution soit impossible et que l'intrigue nous échappe entièrement, mais qui sont à ce point mutilées que la restitution du texte est hasardeuse et que des hypothèses sont nécessaires. Je vous demande donc votre indulgence pour cette leçon ; nous sommes parvenus, en effet, à l'endroit où de réelles difficultés commencent à se présenter. Il faut chercher non seulement le sens des fragments que nous possédons, mais encore à quel personnage il convient de les rapporter. Cette étude incertaine et tâtonnante est curieuse, intéressante pour qui la fait dans son cabinet. Je ne vous rapporterai pas toutes les hypothèses et conjectures qui ont déjà été faites ; elles sont plus ou moins fondées, il y en a de très fantaisistes. Mais elles ont leur utilité : elles montrent avec précision à quoi doit répondre toute reconstitution sérieuse qui se fonde sur les dernières collations du manuscrit faites par M. Lefebvre. On arrive, grâce à celles-ci, à fixer certains points de repère, sûrement établis, précieux pour toutes les conjectures qu'ils délimitent heureusement. Le papyrus du Caire est à vrai dire peu utile pour le milieu de la pièce : heureusement il est complété par le manuscrit de Leipzig publié par M. Korte ; une partie des vers que donne celui-ci se confond avec ceux du papyrus du Caire, ce qui permet de les situer avec plus de sûreté dans la Belle aux boucles coupées. La publication du manuscrit de Leipzig a répandu la lumière sur ces passages fort obscurs.
Je vous rappelle sommairement les données de la pièce, car il faut les avoir présentes à l'esprit pour bien comprendre la suite de l'action et les hypothèses que l'on a faites. Au moment où nous nous sommesarrêtés, Glycère s'est, après sa querelle avec Polémon,
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réfugiée chez sa voisine Myrrhioé. C'est là qu'habite le frère de Glycère, Moschion, quia été recueilli par Myrrhiné, sa mère adoptive. Glycère sait que Moschion est son frère, tandis que Moschion ignore qu'elle est sa sœur. Cette révélation a été faite à Glycère par la vieille femme, morte aujourd'hui, qui les avait recueillis etavait élevé la jeune fille. Agnoia, dans son monologue, nous a expliqué pourquoi : la vieille craignait que quelque embarras ne survînt après sa mort, étant donnée la situation incertaine de Glycère : celle-ci n'est, en effet, que la maîtresse, non la femme légitime de Polémon. Dans le cas de quelque malheur possible Glycère pourrait ainsi s'adresser à son frère, — Ceci nous préparait à ce qui suit : Glycère dans l'embarras a recours à Myrrhiné, la mère adoptive de son frère ; il nous semble naturel qu'elle se réfugie chez elle — Polémon, d'autre part, après sa brutalité, a été pris de remords, mais peu disposé à pardonner puisqu'il croit Glycère coupable, il donne, comme déjà nous avons vu faire les héros de Ménandre,un banquet auquel il convie ses amis, afin d'oublier. Il festoie, mais au lieu de prendre part à la joie des convives, il se met à pleurer ; puis, brôlant d'impatience, désirant savoir ce que fait Glycère, comment elle a pris la chose, prêt dès lors à pardonner — et nous verrons qu'il pardonnera — il envoie Sosias aux nouvelles. Quel est ce Sosias ? Ce n'est pas, à vrai dire, son esclave ; c'est un soldat lui aussi, mais un sous-ordre de Polémon, qui est, lui, d'un rang important. Nous n'avons pas de terme pour rendre le mot grec correspondant. M. Legrand dit : « le militaire ». Cette traduction ne me satisfait guère. — Bref, Sosias est un soldat attaché a Polémon, une ordonnance, si vous voulez. Sosias est arrivé à la scène au moment où Glycère allait se réfugier chez Myrrhiné ; et il est reparti sans savoir qu'elle avait fui. — Tout ce début avait pour principal intérêt de mettre en relief les caractères de deux personnages: Polémon, que nous n'avons pas encore vu, mais qu'on nous a représenté comme emporté, mais très bon au fond, et Moschion, fils de famille, enfant gâté, un peu fat, amoureux de sa sœur. — Toute la suite de l'action va dépendre de ces deux personnages. Vous savez, en effet, que si les événements qui la précèdent sont presque toujours fantaisistes et conventionnels en même temps, s'ils se retrouvent dans presque toutes les comédies nouvelles, du moins ce sont les caractères qui produisent et dirigent l'action; elle résulte de leur jeu réciproque : ici, c'est de l'amour de Moschion et de Polémon pour Glycère. Polémon est prêt à pardonner ; Moschion agit en jeune homme inexpérimenté, d'une manière désordonnée. Ces traits vont déterminer les événements principaux de l'action.
LA COMÉDIE iNOUVBLLE
Moschioa vientd'entrer chez Griycère. Si>n esclave Daos lui a fait croire que sur ses instances il avait décidé Myrrhiné à recevoir Glycère et que la mère du jeune homme ne demandait qu'à faciliter leurs amours. Moschion, ne sachant s'il devait croire son esclave menteur, est entré, partagé entre la crainte et l'espoir, chez sa mère. Arrive alors Sosias. Polémon, dans son iuipatience, le renvoie à nouveau chercher des nouvelles. Et voyez comme ce soldat a l'imagination peu fertile en inventions ; la première fois il envoyait Sosias sous le prétexte de perler à Glycète un manteau ; celle fois, il lui fait reporter chez lui sa chlamyde et son épée qu'il a quittés pour banqueter. C'est là du moins la meilleure interprétation des vers de Sosias. Comme plus loin nous verrons Sosias et Polémon faire le siège de la maison où s'est réfugiée la bien-aimée, et lui donner l'assaut, on a pensé, puisque Sosias arrive avec épée et chlamyde, que déjà il s'occupe du siège. Je ne le crois pas. C'est le prétexte de son retour, dont le vrai motif est identique à celui de sa première arrivée.
« S. — Il m'y a envoyé rapporter sa chlamyde et son épée pour que je voie ce qu'elle fait, et que je retourne le lui dire. Je devrais lui dire que j'ai trouvé son amant auprès d'elle, afin qu'il se levât d'un bond et vînt en courant. Mais je le plains profondément. Je ne me rappelle pas avoir jamais vu mon maître si malheureux. »
Vous voyez que Sosias est très attaché à son maître, mais est aussi très ardent. C'est un soudard qui veut qu'on emploie la force. La douceur ne servira de rien : il faut enlever Glycère par force. Il est scandalisé de voir son maître pleurer au lieu d'agir. Mais son attachement est plus fort que sa violence. — A ce moment quelqu'un apparaît, à laporte d'une maison. De laquelle? C'est évidemment celle de Myrrhiné. Mais Sosias ne le voit pas. Le personnage reste sur le seuil, dans l'enlre-bâillement ; ou peut-être encore est-il à une fenêtre ou dans la ruelle, angiportus, qui sépare les deux maisons ; il se dissimule, et regarde Sosie. Ce personnage est Daos, et non pas Doris, qui ne viendra que plus tard. Daos se rend compte que Sosias est animé d'intentions belliqueuses ; il se trompe sur son équipement. Et ce qui montre bien que Sosias est un soldat, c'est qu'il l'appelle ;£vo:; : étranger, mercenaire.
« D. — Voilà une fâcheuse arrivée. L'étranger est là 1 Tout cela ne vaut rien, par Apollon 1 Et encore, je ne parle pas du principal, du maître ! Quand il reviendra de la campagne, quel beau tapage il fera en apparaissant ! »
Selon la reconstitution que l'on adopte, le sens de ces vers
■QoÂ--' KEVUE UES COUnS KT COINKÉKKNOKS
varie. Il s'agit, en effet, d'un maître ; quel est ce maître ? Deux hypothèses sont possibles : ou bien, et c'est celle que j'adopte, le maître est celui de Sosias, c'est-à-dire Polémon, et Daos se demande ce qui se passera lorsque le maître arrivera puisque le serviteur est déjà si emporté ; ou bien il s'agit du maître de Daos. Ces vers feraient allusion à un nouveau personnage qui apparaîtra plus loin. J'indique cette hypothèse sans y insister pour le moment ; j'y reviendrai plus loin, à propos d'une autre scène. Je vous propose simplement mon interprétation.
Cependant Sosias est entré chez Polémon ; il a appris que Glycère s'estéchappée. Furieux, il ressort, et afin queles spectateurs apprennent ses sentiments, Ménandre feint qu'ilparle sur le seuil de la porte à ceux qui se trouvent à l'intérieur ; il fait une scène aux esclaves. C'est certainement Sosias qui parle et non Polémon, comme certains l'ont pensé. Polémon n'est point revenu brusquement ; il est plus probable que son serviteur parle ainsi :
« S. — Scélérats, gredins, vous l'avez donc laissée échapper ; vous l'avez laissée passer la porte... (/ci une fin de vers et un vers inutile.) Et elle s'en est allée droit chez le voisin, parbleu ! chez son amant ! Elle nous a dit un bel adieu 1 »
Daos, qui continuait de l'observer, entend ces plaintes et dit en a parte :
« Daos. — Notre soldat a un devin à son service ; il est sur la bonne voie.»
Alors Sosias se dispose à aller trouver Myrrhiné afin de l'interroger.
« S. — Je vais frapp er à la porte. »
Daos lui répond. Il faut donc supposer que Daos n'était pas en dehors, ni sur le seuil de la porte, sinon Sosias l'aurait aperçu. Daos était sans doute à une fenêtre ; et il répond :
« D. — Hé, l'homme ! que veux-tu, coquin ?
S. — Tu es de cette maison ?
D. — Peut-être, mais qu'est-ce que tout ce grabuge?
S. — Vous êtes fous, par les dieux ! Vous voulez retenir une femme libre malgré son maître ; vous osez l'enfermer chez vous? »
Le terme qu'emploie Sosias et que je traduis par maître, y.6p'.oi, désigne le tuteur qui a des droits légaux ; mais ce n'est pas le cas pour Polémon, qui n'est pas uni à Glycère par un mariage légitime ; mais Sosias considère Polémon comme le maître de Glycère. — Suivent des vers mutilés oîi Daos répond :
« D. — Tu nous accuses à tort.
S. — Pensez- vous que nous n'ayons pas de cœur, que nous ne soyons pas des hommes ?
LA COMÉDIK NuUVELLK ""GS^-
D. — Cesse de crier, par Zeus. Mais si tu te fais acccompagner de pareils vauriens nous n'aurons pas de peine à nous défendre. »
Donc Sosias n'est pas seul ; il est accompagné d'esclaves qui, nous allons le voir, ont de ces petits boucliers ronds, TisXTai, fort en usage depuis la guerre du Péloponèse et qui avaient été surtout portés par les soldats d'Iphicrate. Daos se retourne vers cette escorte de Sosias et il les appelle « soldats de quatre drachmes », c'est-à-dire des vauriens.
Ici encore un passage mutilé qu'il faudrait examiner lettre par lettre. Sosias finit par se fâcher tout rouge et déclarer la guerre :
a S. — INous prendrons aussitôt cette bicoque (o'.xîStov). Va dire au séducteur de prendre les armes . »
La réplique de Daos est obscure. Sosias parle de ses compagnons, T^a'os;, qui seront sans doute peu redoutables pour Daos.
« S. — Ces esclaves, ces peltastes, en un clin d'œil vont tout saccager ; tu peux les traiter de soldats de quatreoboles !
D. — Je voulais rire : tu n'es qu'un cry.a-uôcpavo;. »
Déjà nous avons rencontré cette injure chez Ménandre.
Je laisse encore quelques'répliques obscures. A ce moment, apparaissait Doris ; ce qui prouve bien que c'est Daos qui parlait tout à l'heure — Doris cherchait à apaiser Sosias : Myrrhiné n'est qu'une femme chezqui Glycère s'est réfugiée ; pourquoi donc Polémon se met-il tant en colère ? Et Sosias de retourner l'argument : si Glycère est si craintive, que va-t-elle se réfugier chez une femme ? Non, c'est chez Moschion, chezsonamant, qu'elle est accourue, chez son galant, \i.'Ckt^]i.'j. .
Il y a bien des points obscurs, mais les grandes lignes se voient nettement.
Dans les scènes suivantes, nous assistons à l'assaut de la maison où s'est réfugiée Glycère. C'est un thème banal dans les comédies antiques. Lucien l'a repris dans ses Dialogues des Courtisanes. Il est difficile ici de saisir l'originalité de Ménandre. Rappelez-vous une scène analogue dans la comédie latine, dans VEunuque de Térence. Cette pièce est imitée de deux pièces de Ménandre combinées suivant le principe de la conlaminatio : le RôXa? et Vl^'myy/o^, Térence emprunte au KriX^ï, que nous avons perdu, le type du parasite et du soldat fanfaron, et par suite aussi la scène de l'assaut qui se trouve dans sa pièce. Dans Térence, cette scène est franchement bouffonne. La courtisane Thaïs, chez qui s'est réfugiée l'amie du soldat, s'est barricadée chez elle. Elle est à sa fenêtre avec un jeune homme tout craintif et tremblant. Thrason et le parasite Gnathon, accompagnés d'esclaves, font le siège de
656* KEVUE DES COUHS ET CUNKEKENCES
la maison. C'est, comme dilTéreuce, un manipule de coquins — 7nanipidus furiim — armée grotesque. La scène est tout entière dans un ton de comique très monté et bouffon. Thrason dispose ses troupes suivant un ordre de bataille ; et il y a d'énormes drôleries. La scène, qu'il a imitée de Ménandre, est poussée à la charge ; Ménandre, dans la Périkeirornené, avait traité tout différemment le même thème. Polémon n'est pas du tout un type de soldat fanfaron. Peut-être s'en trouvait-il dans d'autres pièces perdues de Ménandre, poussées à la caricature et à la charge. Ce n'est point ici le type conventionnel de la comédie latine, mais un type individuel, un caractère très personnel. Il a des traits de profession ; il est bouillant, ardent, mais ce n'est pas, comme chez Piaule et Térence, un fanfaron ni un grotesque. Dans la scène du siège, Polémon n'est qu'au second plan, tandis que tout l'intérêt va se porter sur Sosias qui, bien que personnage de second ordre, va jouer le premier rôle. Le gros comique n'est donc pas étranger à Ménandre ; mais les grosses bouffonneries ne tiennent chez lui qu'une place secondaire. Aussi, à ne juger de Ménandre que d'après les imitations latines, risquait-on de se tromper^beaucoup.
Il y a une lacune de 60 à 70 vers difficile à combler. Puis nous trouvons la partie lisible du manuscrit de Leipzig qui complète heureusement le papyrus. Polémon revient de ce banquet où ii s'est montré si attristé. Il est accompagné d'une jeune joueuse de flôle qu'il a louée pour le festin ; elle porte un nom qui nous est familier, Habrotonon ; mais elle n'a ici qu'un rôle épisodique, peu intéressant. — Polémon trouve Sosias en train de faire le siège de la maison de Myrrhiné. Celui-ci lui apprend tout: furieux, le soldat est prêt à pousser les choses ; il seconde Sosias, bien mieux il prend le commandement de la troupe ; il va employer la violence qui est de son caractère. A ce moment arrive un troisième personnage, qui va jouer le rôle de conciliateur. Il est nouveau pour nous ; il va rester au premier plan : c'est Pataekos. Il va chercher à calmer la colère du soldat pour le faire recourir à des négociations: il réussira — Quel est ce Pataekos? Pourquoi se mêle-t-il à cette histoire*? C'est comme Chaireslratos, le personnage énigmatique de toute comédie mutilée. On a fait bien des hypothèses. A la fin de la pièce il sera reconnu pour le père de Moschion et de Glycère : cela seul justifierait l'importance de son rôle. Mais est-ce simplement un voisin qui connaît à la fois Polémon et Myrrhiné et ne s'intéresse à eux que parce qu'il les connaît assez intimement ? On a proposé d'en faire le mari de Myrrhiné. Ainsi son rôle serait plus étroitement lié à l'action.
LA COMÉDIE NOUVELLE "6o?
Jadis il était riche ; il perdit sa femme et fat en même temps ruioé par le naufrage dans la mer Egée du vaisseau qui portait sa fortune. II se serait remarié. Il serait le vrai père de Moschion et en même temps son père adoptif. Celte hypothèse est séduisante et offre bien des commodités.
Néanmoins tout n'est pas très clair et il n'est pas facile de se prononcer. Voici quelques objections que l'on peut adresser à cette dernière hypothèse. Dans les scènes précédentes, on ne parle pas d'un père adoptif ; il n'est jamais question que de Myrrhiné ; à quoi l'on répond précisément en interprétant différemment des vers que je vous ai signalés plus haut. Daos parle d'un maître ; mais c'est le sien, c'est Pataekos, le mari de Myrrhiné ; si on ne parle pas de lui, c'est qu'il est absent, il est à la campagne où il a été appelé pour la surveillance de ses biens. Il va revenir bientôt ; et combien cette explication serait plus naturelle que celle-ci : Polémon est allé à la campagne, èv àvpw, pour banqueter ; voilà qui est peu vraisemblable 1 Tel est le côté séduisant de celte hypothèse que je ne partage pas: en effet, il est très difficile alors d'expliquer les premiers vers du papyrus de Leipzig. — Sosias parle à Polémon en lui désignant Pataekos qui arrive. Ces vers n'ont de sens que si c'est Sosias qui les prononce. Pataekos s'est offert dans une scène antérieure à des négociations entre Polémon et Myrrhioé. El la supposition de Sosias n'a pasde sens si Pataekos estle mari de Myrrhiné. Ou bien c'est l'explication même du texte que, après Kôrte, je vous propose qui est fausse : et jusqu'à ^présent on n'en a pas proposé d'autre:
« S. — Il arrive de chez eux ; crois-moi, il a accepté de l'argent ; il te trahit toi et ton armée.
Pat. — Va-t'en dormir, l'ami ; laisse là ces combats, tu n'es pas dans ton bon sens. C'est à toi que je parle, parbleu ! tu es ivre I
PoL. {avec indignation). — Moi ! mais j'ai bu moins d'un cotyle (1) ! Je prévoyais tout ceci, malheureux que je suis, et je me tenais sur mes gardes en vue de l'avenir.
Pat. — Voilà qui est bien parlé ! Ecoute-moi.
PoL. — Que veux-tu que je fasse?
,^Pat. — Tuas raison maintenant de me le demander : je vais te le dire. »
Sosias seretourne vers Habrotonon: la scène devient bouffonne. Mais Ménandre n'a pas abusé de ces situations de haut comique et de haute bouffonnerie comme ont fait Plante et Térence. Sosias
(1) Un cotyle est un quart de litre environ.
©S§. HEVUK DES COURS ET CONFÉKENCES
ne veut pas entendre parler de la paix et il dit à la joueuse de flûte:
« S. — Habrotonon, sonne la charge I
Pat. (à Polémon). — Renvoie celui-là àla maison, avec la troupe tout d'abord.
S. (à Habrotonon'). — Tu ne sais pas mener la guerre ; il va négocier quand il faudrait tout enlever de force !
H. — C'est ce Pataekos qui m'annihile.
S. — Ce n'est pas lui qui commande.
PoL. — Au nom des dieux, homme, va-t'en !
S. — Je m'en vais. »
Habrotonon se retire à l'écart ; Sosias se recule mais reste dans un coin de la scène. Il adresse alors à Habrotonon des vers que je ne vous traduirai pas. Je dois néanmoins vous les signaler, afin que vous connaissiez complètement Ménandre : ce sont des plaisanteries très grossières, trèscrues, telles qu'on en rencontre fréquemment chez Plante. Il reste donc de l'Aristophane chez Ménandre, mais il faut reconnaître qu'il en reste fort peu.
Pataekos et Polémon restent en présence, et c'est alors une des plus jolies scènes de la pièce. L'amour si simple et si naïf de Polémon y éclate avec une force touchante. Il est sincère et plein de candeur. Et à la fin de là scène Ménandre a eu une jolie idée que vous allez goiUer bientôt.
« Pat. — Si tout s'était passé comme vous le dites, Polémon ! S'il s'agissait de ta femme légitime...
PoL. — C'est comme tu le dis, Pataekos. Il n'y a pas de différence ! Je l'ai toujours regardée comme une femme légitime !
Pat. — Ne crie pas ! Qui te l'a donnée en mariage ?
PoL. — Qui me l'a donnée ? Mais elle-même.
Pat. — Parfait ! Sans doute tu lui plaisais alors; tu ne lui plais plus. Elle t'a quitté, parce que tu ne la traitais pas comme tu le devais.
PoL. — Que dis-tu ? Pas comme je le devais ! Yoilà de toutes tes paroles celle qui me fâche le plus ! »
Avec quelle naïveté et quelle sincérité, qui le rendent si intéressant, Polémon exprime son amour. Il n'admet pas qu'on doute de sa passion. Il traitait sa Glycère comme sa femme légitime ; il satisfaisait tous ses caprices. Pataekos essaie de le calmer ; il lui donne de bons conseils :
« Pat, — Tu diras un jour, je le sais bien, que ce que tu fais maintenant, c'est folie pure 1 Où prétends-tu aller ? Qui veux-tu aller prendre de force ? Elle est maîtresse d'elle-même ; quant à celui qui l'aime et qui est rebuté, c'est son affaire de gugner son. cœur.
PoL. — Mais alors celui qui l'a séduite en mon absence ne me fait pas tort ?
Pat. — S'il te fait tort, si tu veux entrer en discussion avec lui, dépose une plainte ; si tu recours à la force, tu t'opposes toi-même à l'affaire. Ce n'est pas un tort dont on puisse tirer vengeance.
PoL. — Quoi I je ne puis donc pas maintenant.
Pat. — Non tu ne peux pas maintenant. »
Quand j'ai essayé de déterminer le lieu de l'action, vous vous rappelez que j'ai placé la scène à Corinthe. Ce passage vient peutêtre à l'appui de cette conjecture, car à Athènes certaines formes de concubinage sont légales , par exemple lorsqu'on prend une maîtresse pour avoir d'elle des enfants libres. Un texte de Démosthène, 23-53, cite ce cas : ^~'- -aXXaxf, t,7 av £-' âXsjOépot; -aiTÎv È'/r,. Cette forme de concubinage est de même nature que le mariage : on peut tirer vengeance de l'aiultère. Mais, dit Pataekos, tu ne peux pas ; c'est donc que la scène est ailleurs qu'à Athènes, à Corinihe ; mais l'argument n'est pourtant pas décisif, puisqu'il n'y a pas eu flagrant délitet que cette circonstance seule autorise la vengeance. Alors vient un couplet de Polémon qui est devenu fort célèbre depuis la découverte du manuscrit du Caire. Il est bien préparé antérieurement. Pataekos passe de la colère au pardon. 11 aime tellement qu'il pardonne. Très simple est l'expression de cet amour violent dans une âme simple et naïve ; l'inversion du verbe est tout l'effet de style. La passion est ainsi plus vivement exprimée que dans une tirade où brilleraient les procédés de rhétorique:
« PoL. — Je ne sais plus ce que je dis, par Déméter ! Je n'ai qu'à me pendre. Glycère m'a abandonné ; elle m'a abandonné, ma Glycère, Pataekos ! Mais puisqu'il te semble que c'est le meilleur parti, toi qui la connaissais, qui lui as souvent parlé déjà, va lui parler, sois mon interprète, je t'en supplie I
Pat. — Oui, voilà ce qu'il faut faire !
PoL. — Je sais que tu es beau parleur !
Pat. — Un peu.
PoL. — Il faut que tu sois éloquent, Pataekos 1 Voilà le salut ! Car pour moi, si j'ai eu un tort une fois !... Que n'ai-je pas fait en toutes choses pour la contenter !... Si tu veux venir voir ses toilettes?
Pat. — Je veux bien.
PoL. — Viens les voir, Pataekos, au nom des dieux ! Tu me prendras davantage en pitié.
Pat. — 0 Neptune I »
Polémon, ayant changé d'avis, va aussi ardemment à la réconci-
660 REVUK DES COUKS ET CONFÉKENCES
liation que tout à l'heure aux mesures violentes. Il parle en langage entrecoupé, en phrases inachevées, que l'on a voulu bien à tort restituer. Il parle, parle et entraîne Pataekos.
« PoL. — Viens ici ! Tu verras quelles robes ! Comme elle est belle quand elle en met une ! Tu ne l'as peut-être pas vue encore ?
Pat. — Mais si !
PoL. — Comme elle était magnifique, il fallait la voir ! Mais que parlé-je de magnifique ? Fou que je suis ! je parle pour d'autres.
Pat. — Non, par Zeus !
PoL. — Il faut donc que tu les voies ; viens ici !
Pat. — Passe ; j'entre ! »
Cette invention de Ménandre, qui fait montrer à Pataekos par Polémon les toilettes de Glycère, a un objet plus particulier que celui qu'elle semble avoir ici. Quand on connaît la comédie nouvelle et la manière dont elle est conduite, on a l'impression que Pataekos verra autre chose que des toilettes : sans doute quelque objet, quelque bijou personnel de Glycère qui amènera à la reconnaissance, et mettra Pataekos sur la voie. Ainsi le dénouement se prépare dès que Glycère s'est réfugiée chez son frère ; il est préparé encore mieux dans cette scène. Mais si la scène a cet objet, elle est si naturellement amenée que cela ne nous étonne pas.
Et ce que nous devons le plus louer, c'eslle naturel de tous ces incidents qui sont l'action elle-même et qui en même temps nous approchent du dénouement. Comment se produit-il ? nous l'étudierons la prochaine fois.
« La Belle aux boucles coupées » [fin).
J'ai terminé ma dernière leçon en vous montrant comment nous avions réussi à restituer assez bien tout le milieu de la pièce, si malheureusement mutilée ; nous avons vu l'essentiel de l'action, mais il ne faut pas nous exagérer l'exactitude de notre reconstitution. Je ne me flatte pas de l'avoir établie dans tous ses détails; cela vous apparaîtra manifeste aujourd'hui ; nous n'avons pas pu deviner partout où il manque quelque chose et retracer tous les groupes de scène qui nous font défaut. Ce qui me reste à vous exposer pourrait se lire presque intégralement, si nous n'étions gênés précisément par ce qui nous manque plus haut.
Le groupe de scènes que nous avons récemment étudié avait pour noyau le siège de la maison de Myrrhiné où s'est réfugiée Glycère, ou plutôt la menace de ce siège ; car si Sosias, plein d'emportement, veutpousser les choses à bout, le sage conciliateur Pataekos fait entendre à Polémon de raisonnables conseils ; il lui prêche le calme; il lui montre que c'est là la seule chance qui lui reste de reconquérir le cœur de sa maîtresse enfuie. lUe convainc : et il y réussit sans peine, car la colère de Polémon est peu redoutable : tout à son amour, le jeune homme souffre trop d'être séparé d'elle. Il met donc tout son espoir dans l'éloquence et Is persuasion de Pataekos, comme il l'avait mis auparavant dans l'emploi de la violence. Vous vous rappelez combien il est touchan dans la sincérité de son amour ; et quand Polémon esquisse quelques reproches, avec quelle vivacité il proteste qu'il l'a toujour; traitée en femme légitime, la voulant belle et bien parée. Et poui mieux convaincre Pataekos, il l'entraîne pour lui montrer le; toilettes de sa maîtresse. Je vous avais signalé le procédé qui vî préparer la reconnaissance ; Pataekos va sans doute voir parm les objets de toilette de Glycère quelque bijou qui piquera s; curiosité, amènera des explications entre lui et celle qui ser; bientôt reconnue pour sa fille.
Mais que devient Moschion, l'un des personnages qui avei