CHAPITRE PREMIER
LA RATION ET L'EFFORT
Les rations militaires. — L'insuffisance d'alimentation - et le travail. — La sobriété du soldat japonais.
Nous avons pris comme type de la ration nécessaire, la ration du soldat français qui, étant donnés les déchets, est de beaucoup au-dessous de la ration de Tadulte se livrant à un travail modéré actif, déterminée par Atwater.
Cependant, elle est parmi les plus élevées. Quoique le pain de munition ne soit fait qu'avec de la farine blutée à 80, il tient le premier rang parmi les rations militaires du monde, avec une proportion de 14,69 p. 100 de matières azotées, tandis que le pain prussien n'en contient que 7,20.
La ration de viande est de 375 grammes en Anglete; de 340 en Prusse, au lieu de 300 grammes comme en *dnce; mais elle n'est que de 190 grammes en Al che, de 200 en Italie et en Russie, de 250 en Belgi 'it de 277 en Suède.
Puisque l'humanité s'est conservée et se développe avec une ration de beaucoup inférieure à la ration physiologique d'Atwater ou à la ration empirique du soldat français, elle ne lui est pas indispensable pour se maintenir.
Mais le lazzarone napolitain qui, couché au soleil, peut se contenter d'une tranche de melon, le moujik russe qui, pendant des mois d'hiver, couché sur son poêle, peut se contenter de choux aigres et de concombres conservés dans de la saumure, sont incapables d'efforts.
A un moment donné, un homme mal nourri peut faire un effort; mais il ne peut le supporter longtemps. Le Kabyle est sobre et travailleur; mais partout en Algérie les cultivateurs vous disent : « On reconnaît le coup de charrue d'un Français et celui d'un Kabyle. »
On entend des éducateurs de la jeunesse, des moralistes, qui se donnent la mission de guider les autres personnes sans savoir toujours se diriger elles-mêmes, vanter la sobriété, à qui? A des gens qui n'ont pas la ration indispensable à leurs exigences physiologiques;
célébrer les vertus du travail, à qui? A des gens qui ontTestomac vide. Autant vaudrait exhorter une ma* chine à vapeur à donner de la force motrice sans charbon. Ils rappellent ce que le maréchal Saint-Arnaud écrivait à la fin d'avril 1854 au ministre de la Marine Ducos : « 11 n'y a de charbon nulle part, et Ducos ordonne de chauffer avec le patriotisme des marins *. » Certains médecins qui, semblant avoir hérité des théories de Diafoirus et de M. Purgon, ordonnent la dièle et l'eau bouillie à leurs malades, ont cru, -*"**' la guerre russo-japonaise, triompher avec les Japo.
i. Camille Housset. Histoire de la guerre de Crimée^ t. I,
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Mais ils ne vivent pas de brouillards. Le lieutenantcolonel Gertsch, chef de la mission militaire suisse auprès de l'armée japonaise, a constaté que « l'alimentation de la troupe en campagne était excellente. Beaucoup de riz, mais avec de la viande de conserve épicée dans une sorte de sauce aux tomates et du poisson séché ».