‹ La comédie protectionnisteChapitre 109 sur 265 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pronostic pessimiste d'Adam Smith. — « Il n'y a pas de libreéchangistes sans exceptions ». — Influence de la réaction économique sur le Continent. — Le Pair trade, — La Commission « on the Dépression ». — Deux rapports. — L'optimisme du Cobdeîi club, — Made in Germany. — Campagnes protectionnistes. — Les Memoranda prepared hy the Board of Trade, — La Conférence Coloniale de 1902.

J'ai discuté le Programme Chamberlain, j'ai annoncé son échec dans le Siècle dès qu'il fut connu. Je Tai combattu dans diverses publicalions et dans plusieurs études dont voici les principales : Preferential taiiffî and M, Chamberlain^ article publié par la Fornighlly review du 1®' juillet 1903; le Programme de M, Chamberlain^ publié par le Journal des Économistes du 15 i"illet ; M, Bal four' s Economie notes, publié dans la Mon 'y revieiv du l""" novembre 1903 ; le Vieux neuf protec iniste en Angleterre, publié par le Journal des È •misies du mois de mars 190i.

Ici, je vais en parler comme d'un phénomène historique, appartenant au passé. M. Méline seul croit encore en son succès. Il est vrai que M. Méline croit avoir inventé le Colbertisme. C'est le Colbertisme qui est vieux et c'est la liberté commerciale qui est jeune. Elle Test tellement que quand Adam Smith publiait son Traité de la Richesse des nalionsy en 1776, il disait :

A la vérité, s'attendre à ce que la liberté du commerce puisse jamais être entièrement rendue à la Grande-Bretagne serait une aussi graude folie que de s'attendre à y voir jamais réaliser la République d'Utopie ou celle de rOceana. Non seulement les préjugés du public, mais, ce qui est encore beaucoup plus impossible à vaincre, l'intérêt

' privé d'un grand nombre "d'individus, y opposent une résistance insurmontable.

Cn membre du Parlement qui appuie toutes les proposi-

, tions tendant à renforcer ce monopole est sûr, non seulement d'acquérir la réputation d'un homme entendu dans les affaires de commerce, mais d'obtenir encore beaucoup de popularité et d^influence dans une classe de gens à qui

: leur nombre et leur richesse donnent une grande irapor-

j tance. Si, au contraire, il combat ces propositions, ni la probité la mieux reconnue, ni le rang le plus éminent, iri

[ les services publics les plus distingués ne le mettront à l'abri des outrages, des insultes personnelles, des dangers même que susciteront contre lui la rage et la cupidité de de ces insolents monopoleurs.

Cette psychologie des protectionnistes est toujours actuelle, mais Adam Smith calomniait ses compatriotes.

^'^1 seulement, ils avaient adopté les principes du li] échange en 1846, mais ils étaient arrivés à le ce •-'.érer comme aussi indiscutable que la règle de tr Cependant Gladstone disait avec finesse : « Tous le ' ^lais, sans exception, sont libre-échangistes, mais

ils ne sont pas tous libre-échangistes sans exceptions.»

Quelques protectionnistes tâtaient le terrain en mettant en avant des prétextes divers. La réaction économique qui se manifesta en 1879 sous Bismarck en Allemagne, qui se produisit en France après 1877, provoqua des inquiétudes en Angleterre et suscitâtes appétits protectionnistes. On vit apparaître, vers 1880, Texpression de fair irade^ le commerce loyal. L'agitation fut assez forte pour provoquer, en 1885, la nomination d'une Commission chargée de rechercher les causes de la Dépression of trade et elle abouti t à deux rapports, Tun de la majorité qui était libre-échangiste et Tautre d'une minorité, composée de quatre membres, qui demandait un droit de 10 p. 100 sur les objets fabriqués et sur les objets d'alimentation que Tlnde et les autres colonies pourraient produire.

' Certains propriétaires fonciers continuaient à prolester contre le free trade, mais sans conviction. Ils considéraient qu'ils devaient payer. ce tribut à la tradition.

En 1896, le Cobden Club célébrait son jubilé. Ses principaux membres, je dois l'avouer, ne cachaient pas un certain dédain pour les free traders du Continent. — Vous êtes bien aimables, dévoués au free trade, convaincus. Nous vous admirons de vous voir compromettre, dans cette campagne, votre situation politique; mais cela prouve que les libre-échangistes n'ont pas d'influence dans votre pays. Tant pis pour vous et tant pis pour la France.

Ils traitaient à peu près de la même façon les libreéchangistes allemands.

Quant à eux, ils avaient la satisfaction du su îS indiscutable et indiscuté, et ils ne dissimulaient pî a sérénité qu'il leur donnait.

Cependant un membre de la Chambre des Commi >»

ancien chef de la police métropolitaine de Londres, l M. Howard Vincent, avait obtenu un acte qui obligeait I toute marchandise de porter sa marque d'origine. Les f objels fabriqués en Allemagne étaient timbrés : Made \ in Germany, Un membre du groqpe de socialistes temi porisateurs, qui a pris le nom de Fabian society, i M. Williams, publia sous ce titre un volume qui montrait qu'une quantité de petits objets dont se servaient : tous les jours les Anglais, chromolithographies, portefeuilles, porte-cartes, bibelots à bon marché, portaient . cette estampille; et, d'une boite à surprises, verfue de { Nuremberg, il fit surgir le croquemitaine allemand 1 I Beaucoup de grands enfants ont conservé la peur du ^ croquemitaine ; il manquerait quelque chose à leur ^ existence, si elle n'y était pas mêlée. La Conlemporary , Rev'tew publia une série d'articles de M. E.-J. Dillon j et d'un anonyme signant « Ogniben », qui répétaient, ; en 1901 et en 1902, ce cri : « Nous déclinons en agriculture, tandis que la France et l'Allemagne progressent; en industrie, tandis que les États-Unis et l'Allemagne sont en progrès. » Ils se plaignaient même du déclin de la marine marchande * . •

Toutefois, le directeur de la Conlemporary Review^ voulant qu'elle conservât une certaine impartialité, me demanda d'y répondre, ce que je fis en juillet 1902. Je répondis en même temps à un volume écrit par un Allemand, installé comme industriel en Angleterre, . M. 6. Byng, et intitulé : Pt^olection, 11 était d'un ton sentencieux et impérieux, mais basé tout entier sur la balance du commerce, de sorte que, dès qu'on le tou- C"i il n'en restait rien.

1 yntemporary Review, avril, mai, juin 1901, février, mars.

Le Board of trade éprouvait le besoin, en 1901, de demander à sir Alfred Bateman, contrôleur du conamerce, un Mémorandum on the Comparative Statistics of Population^ Industrij and commerce in the United Kingdom and some Leading Foreign Countries, En 1902, le croquerai taine américain avait succédé au croquemitaine allemand, et sir Alfred Bateman dut publier un nouveau mémorandum spécialement consacré aux États- Unis.

En 1896, M. Chamberlain avait déjà proposé une union douanière du Royaume-Uni avec les colonies. Le 30 juin 1902, fut ouverte une conférence coloniale à laquelle prirent part tous les premiers ministres des colonies ; et M. Chamberlain déclara qu'« il désirait établir le principe du libre échange dans TEmpire, tout en reconnaissant les nécessités des nouveaux pays. » Il insista spécialement sur l'initiative prise par le Canada de donner des tarifs de faveur à l'Angleterre.

La première résolution adoptée affirmait que le principe d'un tarif de préférence stimulerait et faciliterait les rapports commerciaux ; mais la seconde déclarait « qu'il était impraticable d'adopter un système général de libre échange entre la mère patrie et les colonies anglaises au delà des mers ». Cependant la troisième ajoutait qu'« il était désirable que les colonies donnassent un tarif de faveur sérieux aux produits du Royaume-Uni ». Dans la quatrième résolution, « les premiers ministres des colonies demandèrent respectueusement au gouvernement de Sa Majesté d'assurer dans le Royaume-Uni un traitement de faveur aux produits et aux objets manufacturés des colonies, soit nar l'exemption, soit par la réduction des droits impos k Ceux des Anglais et les étrangers, qui n'ont pas ^. ri les détails de ce mouvement, furent très étonnés, ç"' d

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le 16 mai 1903, en ouvrant leurs journaux, ils lurent deux discours.

L'un avait été prononcé par M. Balfour, premier ministre, à la réception d'une députation des Associations opposées au rappel des droits sur le blé et la farine. Elle demandait le maintien du droit de 3 d. par cwt* sur le blé et de 5 d. sur la farine, imposé Tannée précédente par sir Michaël Hicks Beach, comme impôt de guerre. Elle était présentée par M. Chaplin, membre du Parlement, ancien président du Board of Agriculture de 1886 à 1892.

L'autre avait été prononcé par M. Chamberlain dans une réunion réservée à ses électeurs de Birmingham.

i. 3 pence égalent un peu plus de fr. 30. Le cwt=50 kil. 8. La taxe était donc à peu près de fr. 65 par quintal métrique.

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