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VI. — L'amendement Wharton et la situation politique

Voici le fait. M. Pirie avait déposé un ordre du jour ainsi conçu :

La Chambre, vu ragitation continuelle en faveur des tarif préférentiels et protectionnistes, agitation encouragée par le langage de certains ministres de Sa Majesté, juge nécessaire d'exprimer qu'elle ne saurait donner son approbation à semblable politique.

Un des députés ministériels, M. Wharton, avec l'approbation de M. Balfour, y ajouta Tamendement suivant : « approuve les déclarations formelles des ministres de Sa Majesté que leur politique de réforme fiscale ne comprend pas un système général de pi ction, ni de tarifs de faveur basés sur des droits su es objets dalimentation. » Aussitôt 112 membres du ' 'ti ministériel se réunirent et firent savoir à M. B' iir

h I.A. DÉFAITE DE M. CHAMBERLAIN 297

I que si cet amendement était soumis à un vote, ils vote- ; raient contre, ce qui entraînerait la chute du ministère. Docilement, M. Balfour se soumit et invita M. Wharton à retirer son amendement. Le ministère fut sauvé pour le moment : car l'ordre du jour de M. Pirie fut repoussé par 289 voix contre 243, soit à une majorité de 46 voix.

Le Times du lo août 1905 estimait que la majorité du ministère Balfour ne dépassait pas 71 voix.

D'un côlé, les- libre-échangistes ne voulaient pas presser la dissolution. Ils considéraient que plus ils auraient de temps et plus l'opinion publique comprendrait le danger et le vide du programme de M. Chamberlain. Peut-être en partie pour les mêmes raisons, à coup sûr pour d'autres, M. Balfour n'était pas pressé d'en appeler aux électeurs. Sur les 34 sièges qui ont été contestés depuis le 15 mai 1903, neuf étaient occupés par les libéraux et vingt-cinq. par les Conservatives ; maintenant vingl-deux sont occupés par les libéraux et douze par des Conservaiives (3 juin 1905).

Dans les élecfions antérieures, le nombre des voix conservatrices avait été de 136.000 ; le nombre des voix libérales de 119.300. Dans les élections partielles la majorité a été renversée : 158.200 voix libérales ; 137.600 voix unionistes : majorité libérale 20.600. C'est donc un gain pour les libéraux de 39.000 voix.

Ces résultats permettent de prévoir une forte majorité libérale aux élections générales. Elle sera probablement assez forte pour être indépendante des nationalistes irlandais. Mais malgré les invitations faites par ^d Roosebery au parti libéral, il oppose des candidats X 33 unionistes qui se sont déclarés pour le free de. C'est un tort, car il est utile que le libre-échange reste pas dans le Royaume-Uni le monopole d'un

parti. Lord Hugh Cecil, fils de Lord Salisbury, a protesté, dès le 28 mai 1903, contre la politique de M. Chamberlain et a rappelé que c'est à Sir Robert Peel, uû tory, que TAngleterre doit la suppression des droits sur les blés. Il faut espérer qu'un certain nombre de ces free traders reviendront au parlement. M. Chamberlain aura ouvert en même temps la porte de la Chambre des Communes à une quarantaine de membres du labour party qui viendront s'ajouter aux douze membres qu'il compte actuellement. Le parti libéral aura à se défendre contre la politique interventionniste que ces free traders à l'extérieur voudront lui faire faire à l'intérieur.

M. Balfour ne restera pas premier ministre, mais il ne cédera pas sa place à M. Joseph Chamberlain. Au lendemain du 15 mai 1904, un des hommes qui Vont le plus appuyé dans cette campagne, me disait : « Chamberlain a fait son pointage. Il est sûr du succès. » Je lui énumérai alors les raisons suivantes que j'avais déjà publiées dans le Siècle et qui me faisaient affirmer la défaite de M. Chamberlain.

Vil. — Raisons de la défaite de M. Chamberlain.

1^ M. Chamberlain invite 42 millions d'Anglais à se mettre à l'amende pour 12 millions d'habitants des colonies autonomes, et ce ne sont pas ces 12 millions qui nomment les membres du Parlement de Westminster;

2° Le protectionnisme des colonies est établi contre l'industrie anglaise; donc, quand M. Chamberlain parle du free irade dans l'empire, il se trompe ; car les ce' nies resteront protectionnistes;

3° Les colonies ne voudront jamais soumettre 1' politique douanière à l'ingérence du Royaume-Uni;

4* Réciproquement, jamais le Parlement de Westminster n'admetlra que le Canada, l'Australie, l'Afrique du Sud s'ingèrent dans la politique fiscale du Royaume- Uni ;

5** Pour donner un avantage aux colonies, M. Chamberlain serait obligé de frapper de droits tellement forts les objets d'alimentation et les matières premières que jamais il n'osera; .

6° S'il ne place que des droits légers, alors la prime qu'il promet aux habitants des colonies pour « cimenter VEmpire » est insignifiante, et elle ne peut servir à élargir pour les produits anglais le débouché colonial ;

7** Pas plus que la Cité n'a consenti à jeter la moitié des créances de l'Angleterre dans la mer en adoptant le bimétallisme, jamais elle ne consentira à risquer que la traite sur Londres ne soit plus reconnue comme le moyen d'échange international du monde entier.

Quand M. Chamberlain prononça son discours du Guildhall, il était transmis presque instantanément par le téléphone dans diverses salles. Entre autres, il fut répété dans le People's palace^ institution philanthropique qui se trouve dans l'East End, le quartier le plus pauvre de Londres. Tandis que l'auditoire du Guildhall accueillait avec une froide politesse les appels de M. Chamberlain à l'impérialisme, son mot de la fin: « Pensons impérialement », l'auditoire du People's palace l'acclamait avec un enthousiasme délirant; seulement comme la plupart de ceux qui le composaient ne payaient pas 10 liv. st. de loyer et avaient été inscrits à l'assistance publique, ils n'étaient pas électeurs.

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