CHAPITRE III
L'ESSOR INDUSTRIEL ET LA PROTECTION
L'augmentation de la consommation ne vient pas de la protection. — Celle-ci réduit le pouvoir d'achat. — La charge de rindustrie métallurgique aux Etats-Unis.— Son développement résultant des besoins.
Pour prouver cette vertu de la protection, il faudrait démontrer qu'elle est la cause de P augmentation de la consommation.
Mais comment le tarif aurait-il pu contribuer au développement des lignes de chemins de fer? S'il en a augmenté le prix de revient, il Ta restreint. A dépense égale, on aurait fait plus de voies, avec des rails plus lourds. Un droit protecteur ne peut pousser à la consommation qu'en provoquant à la surproduction; il écrase les prix et c'est en effet ce qui est arrivé à certaines époques aux États-Unis ; mais alors il aboutit à une crise et à un gaspillage de capitaux qui ont perdu leur pouvoir d'achat. Quand il joue normalement, loin d'inciter à la consommation, il la diminue, puisqu'il réduit le pouvoir d'achat des acheteurs, en leur faisant payer 20, 30, oO p. 100 plus cher les objets q' s auraient pu se procurer d'après les prix fixés p' e cours naturel des échanges.
Les protectionnistes qui admirent le progrès a
L'ESSOR INDUSTRIEL ET LA PROTECTION 309
consommaiioû du fer et de Tacier aux États-Unis ont tort de l'attribuer aux droits de douane. Loin d'y avoir contribué, ils Font retardée.
M. David A. Wells, Fancien commissaire du revenu, qui a eu à opérer la liquidation de la guerre civile, a exposé la situation sidérurgique des États-Unis, de 1878 k 1887, de la manière suivante* :
Pendant ces dix années, la production de la fonte dans le monde était de 20.800.000 tonnes, sur lesquelles les États-Unis en produisaient 4.758.000. Ils en importaient i.iOO.OOO tonnes, auxquelles on peut ajouter 225.000 tonnes de machines, de quincaillerie, etc.
M, D. A. Wells examine la, différence des prix entre l'Angleterre et les États-Unis : il prouve que, pendant celle période de dix ans, 1878-1887, les consommateurs des États-Unis ont payé, en plus de ceux de la Grande- Bretagne, 560 millions de dollars ou 56 millions de dollars par an.
Pour la seule année 1887, la différence de prix aux États-Unis était de 80 millions de dollars, tandis que les sommes perçues par la douane sur le fer et l'acier s'élevaient à 20.783.000 dollars.
D'après le Census de 1880, les ouvriers employés dans les industries du fer et de Tacier étaient au nombre de 300.000, ayant un salaire moyen de 400 dollars par an, soit un total de 120 millions, sur lesquels les consommateurs des États-Unis payaient 80 millions de majoration.
On ne manque pas de répondre : — C'est la preuve que les droits de douane donnent du travail aux ouvriers. 3e n'examine pas, pour le moment, si une partie de s ouvriers, qui ne produisent pas la matière première,
i. Récent Economie changes, 1889, p. 468-474.
mais remploient, ne voient pas leur salaire réduit, la demande de leur travail diminuée par les droits qui les font tributaires des producteurs. M. Atkinson estimeà 100 millions de dollars la perte que, pendant cette période, le prix élevé du fer et de Tacier a causée en en restreignant la transformation en produits d'un type supérieur.
Mais sans les droits, est-il vrai que les hauts fourneaux ne se seraient pas établis et qu'il n'y eût pas eu production de fonte et d'acier aux États-Unis?
Pendant cette période, la production de la Grande- Bretagne était en moyenne de 7.559.000 tonnes. La consommation des États-Unis, de 6 millions de tonnes, en représentait donc les trois quarts. L'Angleterre et l'Allemagne n'auraient pu suffire à elles deux aux besoins des Élats-Unis. Le prix du fer et de l'acier eût augmenté en Angleterre de telle sorte qu'il eût été fort avantageux d'établir des usines métallurgiques aux Étals-Unis. Elles se seraient constituées naturellement, et n'auraient pas subi les crises que la surproduction, provoquée par les tarifs de douanes, leur a faitéprou* ver à certains moments.
La production de la fonte {pig'iron) a subi les fluctuations suivantes depuis 1892