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LE SUFFRAGE UNIVERSEL ET L'AUDACE PROTECTIONNISTE

AuCcord des grands propriétaires et des socialistes contre la concurrence. — Le protectionnisme du suffrage universel. — Politique impériale de liberté économique. — Violente opposition. — Coalition pour les rails. — Im{)uissance de l^Empereur contre son Corps Législatif. — Nécessité de lui opposer un traité.

Après la Révolution de 1848, les socialistes sont d'accord avec les grands propriétaires à vote cumulé de la Restauration, avec les grands industriels du Gouvernement de Louis-Philippe, pour dénoncer la concurrence; et M. Victor Grandin, manufacturier de la Seine- Inférieure, qui, pendant le régime déchu, s'était distingué par sa passion protectionniste, devint, à l'Assemblée Constituante, le rapporteur du Comité du Commerce. 11 faisait porter les droits sur les glaces à 27 p. 100, et il prohibait toute importation de nankin par navires étrangers. L'Assemblée Législative, en 1850, se livra contre un projet libéral de M. de Sainte-Beuve, ^ manifestation protectionniste où M. Thiers se ^^ ni beaucoup moins modéré qu'en 1832 et en 1834. ^s le Coup d'État, l'Empereur voulut orienter sa Po ue vers la liberté commerciale. De 1853 à 1855,

M. Magne abaissa les droits sur les houilles, les fontesi les fers, les aciers, les laines, les graines oléagineuses les bois de teinture, et remplaça par un droit de 1 p. 100 sur les bestiaux, les viandes, les céréales, le vins, la prohibition des bâtiments de mer construits TÉtranger.

On était alors dans la période dictatoriale de l'Empire le Corps Législatif, composé de candidats officiels, était muet; et cependant il osa, dès 1856, résister à TEnipereur : il nomma une Commission protectionniste. L'Empereur ne s'arrêta pas et proposa, par un projet du 9 juin 1856, la suppression de toutes les prohibitions. Les protectionnistes, en dépit des articles 471 et 472 du €ode pénal, avaient établi un Comité Central à Paris, relié à des Comités locaux. Roubaix, avec la même violence qu'en 1834, n'admettait que « la prohibition absolue sous peine de voir ses ouvriers réduits à la misère et à la mendicité ». Des droits de 30 et de 40 p. 100 ne suffisaient pas à des fabricants qui menacèrent de provoquer des émeutes en fermant leurs usines, et le (iouvernement fut obligé de retirer son projet. Cependant le Ministère des Travaux publics échouait dans une adjudication de rails pour la voie de Paris à Chartres. Il offrait 345 francs par tonne ; les maîtres de forge auraient pu livrer à 250 et à 300 francs par tonne; mais à ce moment le droit était de 206 francs par tonne : les étrangers ne pouvaient donc livrer à moins de 400 francs, et les maîtres d,e forge coalisés exigeaient qu'on leur accordât ce prix. Le Gouvernement dut établir un droit spécial pour les rails, qui en permettait l'importation moyennant un droit e 40 p. 100 inférieur à celui inscrit au tarif. L'Ëmpei r avait prorogé) à plusieurs reprises, le décret du 18 " t 4853 qui avait suspendu Téchelle mobile : cepend" 3

12 mai 1857, il fut obligé de remettre eu vigueur la loi de 1832 1

Mais la Constitution de 1852 donnait le droit à TEmpereur de conclure des traités de commerce : pour réduire cette opposition à Fimpuissance, il dut se lier avec TÊlranger, de manière à lui opposer un non possumus.

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