CHAPITRE IV
Le jeu du droit protecteur à rinverée de rabondance des récoltes. — La matière première et le prix du pain. — La taxe du pain.
En voici la preuve que j'emprunte aux Memoranda prepared by ihe Board of Trade établis en 1903* :
Royaume-Uni France Allemagne États-Unis
Les prix anglais et allemands dépassent les prix en France pendant cette dernière année du régime libéral de 1861, qui avait établi le droit de 0,60 les 100 kilogr. En 1883, le droit est porté à 3 francs. Nous avons les cours suivants :
Royaume-Uni PVance Allemagne États-Unis
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d.
1. Les Memoranda prepared by the Board of trade (p. 121), donnent le prix moyen du blé par « impérial quarter ». (L'imperied quarter = 2 hectol. 91 lit. soit 480 livres de 453 grammes; 1 shilling par quarter = fr. 573 par 100 kilogr.; 40 shillings par quarter = 22 fr. 92 par 100 kilogr.). Nous prenons Tir rial quarter comme de 480 livres, soit 217 kilogr. 1/2, cepen son poids n'est pas compté le même pour tous les blés, d peuvent résulter des différences. (Voir Dictionnaire du commarticle Grains et article Mesures), 1 fhilling = 1 fr. 25).
Le prix du blé baisse. Il tombe en Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne. La différence était en notre faveur en 1882 relativement au prix de la Grande- Bretagne. Elle est maintenant à notre détriment de près de 3 shillings.
En 4887, le droit est porté à 5 francs en France, en Allemagne, à 5 marks les 100 kilogr. Nous trouvons les prix suivants :
Royaume-Uni France Allemagne États-Unts
sh. d.
sh. d.
sh. d.
sh. d
En 1894, nous avons le droit de 7 francs. L'Allemagne abaisse son tarif à 3 marks 90. Il en résulte les différences suivantes :
Royaume-Ufii France Allemagne États-Unis
sh. d. sh. d. sh. d. sh. d.
Le droit de 7 francs par quintal métrique représente pour le quarter impérial 12 sh. 2 1/2.
On voit qu'en 1897, année de mauvaise récolte, le droit a eu plus que son plein effet, 30,2 à 43,9 soit 13 sh. 7 d.
M. Méline dut suspendre, le 4 mai 1898, le droit de 7 francs sur les blés. Dans Je rapport qui précède le décret, il dit : « En quelques jours, on a vu le prix du blé monter de 30 à 33 et môme 34 francs. »
1" mai 1903, à Paris, le prix du blé était de 2 lianes; à Londres, de 16 fr. 50; à Vienne, de
I r. 80; à Budapest, de 16 fr. 40; à Anvers, de
II • 30; à New-York, de 15 fr. 94. La différence entre
Londres et Paris était donc de 8 fr. 50, au lieu de 7 francs.
On peut dire, d'après rexpérience générale, que le droit sur les blés ne peut pas relever le pnx du blé à son niveau dans les années abondantes el au contraire il le relève au-dessus de son niveau datis les années de déficit.
Les commerçants, des pays protégés n'osent pas acheter; ils doivent attendre. De plus, en France, ils redoutent la suspension des droits; et ainsi, ils provoquent les hauts prix qui devront Vamener^ car ils n'approvisionnent pas le marché.
Le lendemain de la suspension des droits, le 4 mai 1898, ils achetèrent en masse : cette mesure coïncida avec la spéculation de Leiter à Chicago, et eut pour effet de contribuer à la hausse : le 10 mai, le prix d'exportation à New-York atteignit le chiffre de $ 1,93 par bushel, soit 34 fr. 47 par hectolitre *.
Quand le droit de 7 francs joue complètement, le prix de chaque kilogr. de pain, vendu chez le boulanger, est rehaussé de fr. 07. Je sais qu'en 1887, quand le droit sur le blé fut porté à 5 francs les 100 kilogr., M. Méline refusa de frapper le pain d'un droit. Il avait, en effet, soutenu que le droit sur la matière première n'avait pas d'influence sur le produiL II affirmait que les intermédiaires, c'est-à-dire les boulangers, en supporleraient le poids.
C'était supposer que les boulangers qui, pour la plupart, sont de petits commerçants, pouvaient faire un cadeau, si le droit de 7 francs produisait son plein effet sur les 70 millions de quintaux de blé qui passent sur le marché, de 490 millions aux propriétaires ciers. Auraient-ils éprouvé des sentiments altru s