I. — Part de la nourriture dans le salaire
Je vais maintenant contrôler ces résultats par les données fournies dans le document intitulé : Bor'^ dereaux de salaire^ publié par l'Office du Travail, en 1902. Il contient lès résultats d'une enquête faite auprès des instituteurs et des conseils de prud'hommes sur le prix de pension par mois payé par les ouvriers célibataires et sur le coût de la nourriture d'une famille de quatre personnes.
i prix suivants comprennent le logement et la
Tmand Gautier» op. cit., 2^ éd., p. 52.
nourriture mensuels pour les ouvriers célibataires :
Paris 85 à 90 fr.
Reims T5
Amiens 60 à 65
Fougères 60
Nancy 60 à 75
Lyon 70
On peutdire que, dans les villes industrielles, ce prix va de 60 à 90 francs.
Rapproché du salaire du manœuvre à Paris, 5 francs par jour pour vingt-cinq jours de travail, nombre exagéré, ce prix représente à Paris de 65 à 70 p. 100 du salaire; pour l'ouvrier de métier à 7 fr. 50, de 50 à 55 p. 100. Mais dans les départements, il arrive vite à 80 p. 100.
Quant au coût de la nourriture pour une famille, YOfftce du Travail a choisi comme type de comparaison le type de ménage le plus répandu en France, le petit ménage de quatre personnes, et « 'on a reconnu, dit-il, que la consommation d'un ménage de ce genre pour les denrées alimentaires les plus importantes représente, le plus souvent, dans le courant d'un mois, les quantités suivantes » :
Pain 50 kilogr.
Bœuf 10 kilogr.
Lard 4 kilogr.
OEufs 6 douzaines.
Lait 34 litres.
Pommes de terr*3 22 kilogr.
En outre, la boisson se compose, suivant les régions, soit de 44 litres de vin, soit de 80 litres de bière O" \ 100 litres de cidre.
Si nous comparons ces chiffres à ceux de la ra type, nous voyons qu'ils sont de beaucoup inférie
Suivant la formule que nous avons adoptée, nous réduisons à trois la famille de quatre personnes et nous trouvons :
Pain, 600 kilogr. par an qui, divisés par 3 = 200 kii. au lieu de 360 kilogr. de la ration type, ou 555 grammes par jour au lieu de i kilogr.
Yiandc de boucherie et de porc, 168 kilogr. par an qui, divisés par 3, donnent 56 kilogr. au lieu des 108 kilogr. de viande de la ration type, soit 155 grammes par jour au lieu de 300.
Les œufs, le lait et les pommes de terre qui viennent ensuite sont loin de compenser Tinsuffisance constatée. Maintenant quel est le prix de revient de cette ration relativement au salaire?
En appliquant à ces quantités, supposées invariables
dans les diverses localités d'une même région, les prix
courants appliqués au détail dans ces localités, on a
obtenu les résultats suivants d'après quatre groupes de
communes : celles de moins de 1.500 habitants, celles
de 1.500 à 5.000, celles de 5.000 à 50.000 et celles de
plus de 50.000.
Les réponses fournies se classent de la manière sui-
I vante d'après la valeur moyenne de la dépense par
mois :
Nombre Dépenses
des
fte à 1.500 habit.
De 5.001 à 50.000 — '.
l>e plus de 50.000 — *.'
communes
Nourri-
observées
ture
Boisson
Total
fr. c.
fr. c.
fr. c.
turellement, il y a des variations selon les villes; ^ le rapport moyen entre les petites communes et 'us grandes villes n'est qlie de 15 p. 100.
Notezque, dans ces chiffres, on ne compte ni sucre, ni café, ni épicerie, ni légumes autres que les pommes de terre.
Prenons le salaire moyen du manœuvre constaté également par VOffice du Travail^ 2 fr. 75 par jour; multiplions-le par 300, ce qui est exagéré, car cela suppose qu'il n'y a ni chômage, ni intempéries des saisons, i ni indispositions. Prenons la moyenne de 55 francs, 1 prix de la nourriture par mois. Nous avons: j
Part p. 100 I de U nourriture
Salaire 825 fr. »
Nourriture 660 80
Si on ajoute la boisson, évaluée à 14 francs par mois, soit 168 francs par an, soit en chiffres ronds 170 francs, nous avons :
Salaire «25 fr.
Nourriture et boisson 830
Dans ces conditions, le manœuvre, même travaillant 300 jours par an, serait en déficit, s'il consommait la ration indiquée dans l'enquête, et cependant elle est insuffisante.
Quant à l'ouvrier de métier, il arriverait au résultat suivant :
Part p. 100 de la Dourritore
Salaire annuel : 3X 300. . . .. 900 fr. •
Nourriture sans boisson. . • .', 660 73
Nourriture avec boisson 830 91
La situation, pour l'ouvrier du département c a Seine, serait la suivante :
Part p. 100 de la nourriture Pour le manœuvre : —
Salaire annuel . . . 1 . 500 fr. » j
Nourriture sans boisson : 62X12* 744 49 k
Nourriture avec boisson : 79X12. 948 63
Pour VouvHer de métier :
Salaire annuel : 7,50 X 300 . . . 2.250 fr. »>
Nourriture sans boisson : 62 X 12. 744 33*
Nourriture avec boisson : 79X12. 948 46
IL — Salaire, nourriture et loyer.
D'après Tenquête sur les Salaires (t. lY, p. 253), le loyer ordinaire d'un ménage d'ouvriers représenterait iOO francs pour la France entière et 360 francs par an à Paris.
Nous aurions donc pour Tensemble le résultat gui vaut :
Part p. 100
de la nourriture
et du loyer
Pour le manœuvre : —
Salaire 825 fr. »>
Nourriture et loyer 760 93
Nourriture, boisson et loyer. . . 960 11 (aa-dessous).
Pour r ouvrier de métier :
Salaire 900 fr. »
Nourriture et loyer ....... 760 84
Nourriture, boisson et loyer. . . 960 10 (au-dessous).
A Paris, la situation serait :
Pour le manœuvre :
Salaire 1.500 fr. »
Loyer et nourriture . ...... 1.104 73
' )yer et nourriture avec boisson. 1.308 87
Pour Vouvrier de métier :
Uaire 2.250 fr. »
)urriture sans boisson et loyer. 1.080 48
►urrilure avec boisson et loyer. 1.308 57
De ces chiffres, il résulte que, dans Fensemble des départements, si le manœuvre consommait la ration choisie comme type par YOffice du Travail, il n'aurait pas un salaire sufflsant pour y pourvoir.
Aussi n'y pourvoit-il pas. Il y a quantité de ménages en France qui ne mangent jamais un morceau de bœuf.
Même pour l'ouvrier de métier, on arrive à un chiffre de 84 p. 100 comme part de nourriture dans le salaire. Si on y ajoute le loyer, il se trouve en déficit.
Il n'y a qu'à Paris où l'ouvrier pourrait vivre avec son salaire, d'après les chiffres indiqués et qui doivent être trop bas. Qu'on y ajoute la boisson et le loyer, le salaire du manœuvre est absorbé dans la proportion "de 87 p. 100.
Comme les résultats indiqués par ces chiffres ne peuvent se produire d'aune manière normale, ils impliquent les alternatives suivantes^ qui se trouvent souvent réunies dans les mêmes ménages : le travail de la femme et des enfants, la privation jusqu'à la misère et l'assistance.
Notez que YOffice du Travail a pris comme type une famille ne comprenant que le père,' la mère et deux enfants. C'est une petite farnille. iMême si le mari est un ouvrier de métier, dans les départements^ il faut, pour qu'elle ne soit pas dans la gène la plus étroite, que la femme et les enfants apportent un gain à la maison.