II. — La perte et le virement
Mais admettons que les propriétaires fonciers français eussent été incapables de faire ce qu'ont failles Danois sous la pression de la concurrence.
Admettons que si le droit de 7 francs n'existait pas, les propriétaires des exploitations qui produisent assez de froment pour qu'elles puissent en vendre, perdrai les 350 millions que leur paient les acheteurs de blé
i. Voir Livre I, ch. XXIII.
par conséquent, les consommateurs de pain. Admettons que sans le droit de 25 francs les 100 kilogr. de viande fraîche, porté à 35 francs par la loi du 31 juillet 1903, \ les propriétaires de prairies perdraient non pas les 1 700millit)ns énoncés par M. Debussy, mais 450 millions. j Ce serait pour les producteurs de blé et de bétail une i perte de 800 millions. Soit, mais toute la question est de I savoir qui doit la supporter.
I Un déficit, résultant d'un événement quelconque, j trop de pluie ou trop de sécheresse, cherté des engrais ou bon marcbé des produits, concurrence intérieure ou j concurrence étrangère, exploitation ignorante et routi- ! nière, etc., doit-il incomber aux intéressés, dans ce cas, aux propriétaires, qui courent aussi les chances de I plus-values de leurs terres, ou doit-il incomber aux i gens, qui ne participant en rien à la direction de leurs I affaires, n'ont pas plus d'intérêt à leurs chances de gain qu'à leurs risques de pertes?
Qu'ont fait les législateurs qui ont mis les droits sur les blés? Ils ont cru peut-être et ils ont persuadé à l'opinion publique, mal informée des questions économiques, qu'ils <;onjuraient la perte résultant de la concurrence étrangère. Pas du tout. Ils se sont bornés à la repasser allègrement aux consommateurs de pain^ c'est-à-dire aux plus nombreux, à ceux qui ont la nourriture la moins variée, aux salariés de tous genres, et ils ont rogné la ration de viande de ceux qui doivent fournir pour la plus grande part au renouvellement de la population.
A Taide de la loi, ils ont pris dans la poche de ceux c[ -iOiveiit, par leur labeur quotidien, subvenir à leur e ence et à celle de leur famille, qui doivent encore P Jver quelque chose sur leur salaire en vue de 1' ir, pour donner à qui? à des personnes qui, outre
leurs gains personnels, reçoivent des revenus fournis par des propriétés.