CHAPITRE VI
LA DÉCLARATION pu MINISTÈRE BOURGEOIS
Pleine d'astuce. — « Projets de mutualité, d'assistance. » — Classement des républicains. — Ve^jue. — « Vieil esprit républicaiu. » — Cacophonie.
La déclaration ministérielle lue le 4 novembre 1895 par le.ministère Bourgeois comprend trois parties :
Dans la première, le gouvernement annonçait une information complémentaire et la publication intégrale du dossier des instructions judiciaires. C'était Tos jeté aux socialistes et aux partisans de la politique de calomnies et de scandales. Le gouvernement espérait ainsi se concilier leur sympathie et obtenir leur appui, car il les tenait en éveil par cet appât. S'ils le renversaient, ils pourraient voir cette proie leur échapper, et ce serait dommage.
Nous rendons toute justice à Thabileté de ce début.
Dans le second paragraphe de cette première partie, le gouvernement exclut de la Chambre tous les membres des conseils d'administration des sociétés ayant des traités avec TEtat, et il annonçait un projet frappant de déchéance tout député faisant partie de syndicats financiers.)
Dans la seconde partie, le ministère abordait son prograiiinn' politique, économique et social.
Il annonçait Timpôt général sur le revenu. Il n'osa j)a.s <lin' : impôt personnel et progressif.
Proj<'ts (le mutualité, d'assurance, de préToyance. m cours d*ôtudes : « Nous les défendrons », dit le gouv<'Tnem<Mit. Tous? Sans choix? Il menaça ensuite nos financiers du système des retraites des traTailleurs '< amorcé par le vote des deux millions inscrits aa hud^'ptdel89() ».
C'était du socialisme anodin d'apparence, d'autant plus dangereux sous l'estompage de la forme.
Ensuitt^ vint un paragraphe obscur annonçant un projet de loi sur « la liberté d'association », faisant régir toutes les associations par le droit commun.
M. Cavaignac ainsi que M. Lockroy restèrent muets sur jours fi:rands projets à l'égard de l'armée et de la inarinc.
C<^tt<' noniniiciature épuisée, le gouvernement, alors. <ié('lara qu*il cherchait une majorité.
«' Maj(nilé (mi deiiors des adversaires de la RépuhliipK» (4 d(» ('(Mix qui ont accepté la forme de nos instiliiiions sans en accepter Tesprit et les conséquences j)oliiiqn(îs <»l sorial(»s ; et en dehors de ceux qui croient qu(» le pro^M'ôs ])eul sortir de la lutte des classes et de la violiMice. »
Lo premi(^r paragrai)he visait les ralliés : le second l(^s socialistes; et cependant le gouvernement savait bien qu'il ne pouvait s'appuyer que sur ceux-ci; et depuis la première ligne jusqu'à celle-ci, la Déclaralion avait pour but de flatter leurs passions haineuses et envieuses et de leur demander leur conûance.
Que voulait dire la Déclaration, quand elle rejetait de la République ceux qui « ne veulent pas en accepter
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les conséquences politiques et sociales »? Quelles conséquences? Me rejetait-elle de la République parce que je repousse les impôts progressifs et personnels ? Parce que je n'admets pas la tyrannie des syndicats? Faudra-il un acte de foi à un credo pour être jugé digne d'être républicain? Votre credo est-il intelligible?
Or, il ne l'est pas. Le gouvernement se représentait comme « fidèle au vieil esprit républicain ». Ce « vieil esprit républicain » était-il donc socialiste? Le gouvernement déclara qu'il serait « exactement impartial danâ les conflits économiques entre le capital et le travail ». Il dit qu'il voulait assurer « la liberté individuelle et la liberté collective garanties parles lois syndicales » ; il affirma qu'il était chargé d'assurer « le progrès moral et social ».
La première qualité morale, c'est la franchise : et ce programme était un programme d'équivoques. Il était impossible qu'on en dégageât une pensée claire, nette, précise, qui indiquât une direction politique.
(Le Siècle du 5 novembre 1895.)