GOUVERNEMENT DE GOUJATS
Nous avons sous les yeux la copie du décret par lequel notre ami Décbaud, maire de Domérat,\\eiiV^' ^\.\^\^n^q^^ .
(condamnation à mort.
Notre ami, M. Faubert, demandait hier (14 novembre 1895) ce que les socialistes penseraient des déiwarches faites p-av ^\.\iç>wrcv^\ ,mvw\^V\^d^^ Unances,
Que pensent les ministres de cette épithète « goth . vernement de goujats » que leur adresse le journal de M. Millerand, et que pense de cette épithète M. Car- : naud qui, la veille, dans le môme journal, disait : — Tout par la douceur ?
Oignez vilainB*.
Le jour où M. Bourgeois forma son ministère, le» socialistes furent heureux. M. Millerand recommanda les députés républicains au ministère Bourgeois de la manière suivante :
Rappelez-vous un vieux dicton qui jamais ne trouva plus eiacle application, et faites-en votre proût :
Oignez vilain, il vous poindra; Poignez vilain, il vous oindra.
Il est assez amusant de voir un socialiste invoquer ce vieux proverbe de seigneur féodal et signaler comme « des vilains » corvéables à merci, ses collègues de la Chambre suspects de ne pas vouloir glisser sur la pente de la Révolution sociale.
Si celte recommandation nous donne toute Tétendue de la confiance que le cabinet Bourgeois-Cavaignac inspirait aux socialistes, elle nous montre comment ces farceurs, qui parlent si souvent de la liberté, Fentendont pour les autres.
auprès de M. ie Rothschild. M. Marcel Sembat, ancien élève du collège Stanislas, nous donne la réponse que prévoyait M. Faubert dans sa lettre.
Comme M. de Rothschild s'est entremis, dès samedi, à ses risques et périls, pour enrayer la dégringolade, voici de quelle manière la Petite République le remercie :
Un jour, baron, vous serez appelé aussi dans un cabinet, au nom des pouvoirs publics, et vous y viendrez, non parce qu'il vous aura plu d'y venir, mais parce qu'il le faudra.
En entrant là, vous n'aurez plus d'arrogance ni de fierté. Vous serez plein de crainte, et vous aurez, au fond de Fâme, le sentiment que c'est fini.
Vous y resterez peu de temps; on vous y tiendra de fort brefs discours; sans qu'on vous le rappelle, vous songerez que vous avez détenu souveraine et royale puissance. Peut-être réfléchirez-vous que Louis XVI valait mieux que vous, et que, pour avoir été roi, il a mis sa tête sur le billot.
Baron, vous êtes roi.
Aujourd'hui, la République, bien humble, vous a demandé d'être bon prince, d'user à sa prière de votre pouvoir souverain.
Vous avez bien voulu. Vous savourez à la fois votre puissance et votre magnanimité.
Baron, faites attention! Prenez votre tête à deux mains! Il me semble que sous le poids de sa lourde couronne, je la vois choir de vos épaules.
Si M. de Rothschild, après cette déclaration, n*a pas confiance dans le ministère qui a pour principal point d'appui M. Millerand, rédacteur de la Petite Repuàlique, les socialistes trouveront, avec leur logique habituelle, qu'il a bien mauvais caractère.
Ils raisonnent de telle sorte que, menaçant tous les intérêts , ils leur défendent d'être alarmés. Ils
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annoncent que leur programme jest la. confiscatioD de la propriété et Us y ajoutent la suppression des personnes. Le lendemain oii les homnies du miDistëre i~ leur sympathie sont obligés de demander la protecti< d'une de ces personnes, ils en profitent pour la coi damner à mort.
On a TU l'effet produit par l'arrivée au pouvoir d* MM. Bourgeois, Doumerel Cavaignac; que serait dowS; l'effet produit par un ministère ayant à sa IëIp H. Goblet, flanqué de UM. Miirerand, Jaurès et H. Jules Guesde muni de son « fusil libérateur " ?
Les «ocialiitea «I le ministère.
Le 27 novembre 1895, dans une' discussion de l'interpellation sur Madagascar, sachant que le minisléf Bourgeois n'avait rien à craindre sur cette queslioa, les socialistes se montrèrent violents. Trop de mtnislérialisme était compromettant. S'il poo venir aux socialistes parlementaires, ceux-ci savent qu'il y a beaucoup plus de socialistes qui ne jouisacal pas de l'avantage de siéger au Palais-Bourbon et qui traitent volontiers de trallres et de lâcheurs ceux qui ont pu en forcer l'accès. Ces députés, qui parlenl manœuvres politiques, sont près d'être tout aussi suspets que les autres. S'ils lU- crient pas très haut, leurs clients les accusent de s'eodormîr dans les fauteuils de la salle des onférencesou de s'attarder à la buvette.
C'est pour sortir de celt« pénombre que MM. Chaih vin et Coulant crièrent à M. Ribot : Assassin! C'est mot facile à répéter et qui a dîi faire dire dans milieux socialistes :
— Hein I ils ont été crânes !
Si les électeurs de ces farceurs étaient moins naïfs, ils auraient vu que leur crânerie a été de la dernière platitude. ,
Quand M. Ribot signala cet outrage, Jf • Henri Brisson répondit : — « H n'est arrivé aux oreilles du président aucune parole blessante pour vous. »
Si MM. Chauvin et Coûtant avaient eu le courage de leur épithète, c'était une belle occasion de la répéter à M. Brisson, pour qu'il fût complètement édifié. Ils gardèrent le silence le plus prudent. Ce ne fut que le lendemain matin que, dans la Petite République, ils se vantèrent d'avoir crié ce mot.
On définit l'esprit que l'orateur trouve après être descendu de la tribune « l'esprit de l'escalier ». MM. Chauvin et Coûtant ont aussi le courage de l'escalier, car ils ne veulent pas qu'injure rime avec censure.
Voici en quels termes, au mois de février 1895, M. Henri Turot traitait les magistrats de Toulouse qui avaient refusé d'obéir aux sommations des socialistes :
Calvinhac élu! L'inéligible proclamé conseiller général! Le peuple a déchiré l'infâme arrêt de justice rendu par les drôles d'Albi et de Toulouse ! Il a, une fois de plus, souffleté les domestiques enjuponnés, les Bertrand, les Amilhau, les Macaire, les Granié, les Le Gall.
Honte aux juges iniques ! Honte aux consciences viles ! Et vive Garmaux !
Henri Turot.
Pendant la grève de Carmaux, les magistrats d'Albi et de Toulouse ont tous les jours reçu des injures • semblables.
Voici comment la Petite République^ ayant pour rédacteur en chef M. Millerand, traitait le préfet de police au mois de janvier 1896 :
M. Lépine, préfet de police, s'est conduit hier, au Père-La chaise, comme le dernier de ses mouchards.
De tout cela, il résulte clairement que le commandeur de police Lépine, agent des modérés et des réactionnaires en la circonstance, n*eût pas été fâché de créer -des difficultés au cabinet radical au pouvoir.
Nous ne voulons pas croire, en effet, que M. Bourgeois lui-même ait voulu donner un gage aux opportunistes en leur démontrant qu'il n'est pas moins bon gendarme que Dupuy et Leygues.
Quelle était la situation d'un ministre dont les plus fermes soutiens traitaient les fonctionnaires de cette façon?
Cependant, je dois avouer que les aménités des socialistes français sont faibles, relativement à celles de certains socialistes anglais.
Le fondateur de Y Independent Labour Party, M. Keir Hardie, ayant échoué à South West Ham, remercia dans ces termes les électeurs :
Tout ce qui est le mieux et tout ce qui vaut le plus s'est rallié à la cause de l'humanité représentée par moi.
Ceux qui ont voté contre moi sont de sales chiens,
des gredins, des canailles, des niais, des cornichons, des
mbéciles, des rien du tout, des esclaves, des syco-
»hantes, des lécheurs de crachats (spitlickers) des exploi-
leurs de sueurs, des coquins, des boîtes à cacophonie,. ■ de crapuleux couards .
Il appelle un de ses concurrents u cockney, écossais à tète de chou ».
M. Keîr Hardie prouve qu'il n'est pas content de sa ' défaite. Les socialistes de tous les pays montrent quelles charmantes mœurs assureraient leur victoire ' aux peuples qui jouiraient de leur gouvernement.
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