‹ La comédie socialisteChapitre 75 sur 199 · LETTRE DE M. FAUBERT A JAURÈS · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. FAUBERT A JAURÈS

abstenezj c'est pour ne pas priver « de travail et de pain » ceux qui viendraient vous écouter? Aviez-vous donc tant de scrupules quand vous provoquiez, attisiez et entreteniez la grève des verriers?

Vous ajoutez qu'il n'y a plus « ni liberté, ni garanties, ni droit pour Timmense majorité d'entre vous ». Qui, vous? pourquoi Timmense majorité?

La liberté, les garanties, le droit, existent donc pour les uns et n'existent pas pour les autres? Comment cela? Voiis auriez bien fait, monsieur Jaurès, d'expliquer comment ce cboix est fait et comment, dans un pays d'égalité comme la France, ce partage serait établi. Nous savons bien que si vous et vos amis vous étiez au pouvoir, il n'y aurait ni liberté, ni garanties, ni droit pour nous : mais vous n'y êtes pas encore, et M. Méline n'emploie pas à regard des socialistes les procédés que ceux-ci promettent « aux bourgeois » si jamais ils deviennent les maîtres.

Vous terminez, monsieur Jaurès, en prononçant cette grave parole :'« Il n'y a plus aujourd'hui qu'un recours, qu'un salut : la force! » Ce n'est pas la première fois que les «ocialistes déclarent que s'ils se soumettent à la loi, ce n'est que contraints et forcés.

Il est vrai qu'en homme avisé vous avez soin de dire que l'emploi de la force serait dangereux pour vous aujourd'hui, ce qui est vrai. Vous l'ajournez pour le moment où il ne sera dangereux que pour les autres, je reconnais là votre prudence habituelle. Elle vous permet •de dire : « Je serai parmi vous, au premier rang, pour les sérieuses et décisives batailles. » Seulement, vous les remettez à une époque indéterminée. Vous ne donnez point à ce nouvel engagement d'échéance fixe. Vous ajoutez cette promesse aux autres ; et elle prouve la foi profonde que vous avez dans la crédulité de vos dupes, puisque vous supposez qu'il s'en trouve encore quelquesunes pour croire à vos paroles.

Recevez, mon cher monsieur Jaurès, l'expression de toute la pitié que j'éprouve pour vos victimes.

r.VUBKRT.

Page 1