‹ La comédie socialisteChapitre 82 sur 199 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

I.'Son procédé de discussion. — II. Le plus joyeux. — III. Ce pauvre Pelletan I — A la queue des socialistes. — « Le nez gangrené. » — Malpropreté des autres. — Va te laver.

J*ai parlé ailleurs de M. Camille Pelletan (1). Il n'est pas un républicain qu'il n'ait poursuivi de sa haine, de ses insinuations, et de ses calomnies. Quiconque différait d'opinions avec lui « était l'ami des grandes Compagnies », et il insinuait qu'il avait de bonnes raisons pour cela. Il prit « les conventions scélérates » commes thèmes à discours, aussi interminables que peu variés et que peu exacts. Nombre de députés, qui aimaient mieux aller fumer une cigarette dans la salle Casimir Perier que l'écouter, n'en disaient pas moins ; « Il connaît bien la question ! » M. Camille Pelletan complétait son discours par un article hebdomadaire dans la Voie ferrée. Le 26 mai 1894, il devint même le collaborateur de la Semaine financière du Figaro, à la veille du coup de Bourse qui frappa les actions du Midi et de l'Orléans.

(1) V. Trois ans au Ministère des travaux publics.

Aux élections de 189â, M. Clemenceau est battu : M. Pichon est battu. Quelqu'un triomphe à la Justice, C'est M. Camille Pelletan.

Je faisais part de mon étonnement à un homme connaissant fort bien les coulisses de la politique.

lime répondit par cette question :

— Savez-vous quel est l'homme qui déteste le plus Clemenceau ?

— Non, lui dis-je. .

— Citez des noms.

— MM. Judet, Marinoni ?

— Vous n'y êtes pas.

— Les anciens amis de Gambetta ?

— Non, vous ne brûlez pas.

— Une femme ?

— Non.

— Alors, je renonce.

Mon interlocuteur reprit :

— Eh bien ! l'homme qui déteste le plus Clemenceau, c'est Camille Pelletan.

— Bah ! dis-je étonné.

— Oui, Camille Pelletan se considère comme plus instruit que Clemenceau; et il a raison. Il travaille plus que Clemenceau; il croit mieux connaître les questions que Clemenceau. Il a en plus haute estime ses talents^ d'écrivain que ceux de Clemenceau. Il se croit plus grand orateur que Clemenceau, parce qu'il prépare et récite des périodes patiemment construites.

Et cependant, tandis que M. Polletan est le travailleur, l'écrivain, l'orateur, le connaisseur de questions, c'est Clemenceau gui e^ï le hader : \\ esV\ft à\^feçX^w\

du journal et biffe ou supprime Pelletan; il est l'orateur influent; il est l'homme célèbre, dont Camille Pelletan n'est que le clair de lune.

Etant donné l'esprit de Camille Pelletan, son caractère, sa manière de tout voir et de tout interpréter, vous comprendrez ce que cette comparaison perpétuelle entre sa situation et celle de Clemenceau, sa subordination à celui qu'il considère comme soo inférieur, ont accumulé de fiel en lui. De là, le toD triomphant de son article d'hier. En voyant Clemenceau à terre dans le Var, il n'a pu contenir un cri de joie :

— Enfin, j'en suis délivré, je reste seuil Voilà ce que me dit mon interlocuteur, disciple de |

La Rochefoucauld, et je dois ajouter que lorsqu'il ma demanda :

— N'est-ce pas que j'ai raison?

je répondis :

— La thèse est vraisemblable.

Ce pauvre Pelletan, il s'était tant réjoui de l'échec de Clemenceau! — Enfin, s'était-il écrié, en levant les bras au ciel : « Il ne sera plus là pour m'éclipser ; je n'aurai plus l'air d'être son satellite. Je brillerai par ma propre lumière. Je serai soleil à mon tour, entraînant dans mon orbe des foules d'astres colorés de toutes les nuances du rouge. »

Pas du tout, le pauvre !

Tandis qu'il tournait dans son coin, le silence et l'ombre se faisaient autour de lui.

Son ancien collaborateur en sous-ordre, Millerand, devenait le chef de l'union socialiste et Tancien centre

gauche Jaurès en devenait le grand homme. Jules Guesde le repoussait du coude pour lui indiquer que sa place était derrière les vrais socialistes. En le regardant, Chauvin doublait son mépris d'allemaniste de son mépris de coiffeur. Pelletan, bien humble, se glissait derrière Millerand et Jaurès, en leur criant : — « Ne me lâchez pas ! » Et il se cramponne aux basques de leurs paletots.

En 4892, il était allé à Carmaux avec Clemenceau pour désavouer l'arbitrage, que Clemenceau avait imposé à la bienveillai^te faiblesse de* M. Loubet. Il aurait voulu être le premier. M. Clemenceau était là.

En septembre 4895, il va à Toulouse pour soutenir une autre grève de Carmaux : il se trouve là confondu avec Rouanet, Thierry-Cazes, bien loin derrière Millerand et Jaurès. Tandis que la Z>^/)^cAe fait les honneurs de toute sa première page à Jaurès, elle tronque Pelletan. C'est fâcheux, car les échantillons qu'elle nous donne de son discours montrent tout son bon goût.

Ce gouvernement, on ne sait par quel bout — avec un ty remarquez-le, car on pourrait confondre. — {Nouveaux rires,),,, on ne sait pas par quel bout le prendre. {Applaudissements, )

Le ministère me rappelle Thistoire d*une cure chirurgicale. Un malade avait un nez gangrené ; il va trouver un chirurgien pour se faire opérer, et préalablement, il demande au chirurgien : « L'opération sera-t-elle douloureuse ? — r Non, répond, le praticien, il suffit de monter sur une chaise et de sauter à terre. »

Le client obéit, et son nez en putréfaction tomba sur le sol.

Il en sera ainsi du ministère, il tombera tout seul. (Rires et applaudissemeiits.)

« Puis il parle » des miasmes fiévreux qui se déga-

gent d'affaires putrides — comme celle de la Voie ferrée, sans doute.

La Dépêche n'a eu garde de reproduire l'interruption d'un des auditeurs, au moment où Pelletan parlait de la malpropreté dies autres. Il lut cria ; — Ya te laver !

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