I. HENRY MARET
L'égalité des pots. — Le pot de fer et le pot de terre. — La suppression des pots de fer. -— Le fort bâton. — La suppression du millionnaire. — Suppression de la propriété, fruit du travail d'autrui. — Observations du candidat propriétaire.
Henry Maret dit (29 septembre 1893) que nous avons « une compréùension toute différente de la liberté ».
C'est peut-être vrai, parce que nous avons surtout ^ne différence de méthode. Henry Maret part de métaphores qu'il prend pour des réalités, puis de ces mé- ^^phores il déduit des raisonnements, comme les sco- '^stiques du moyen âge. Moi, je cherche à appuyer mes Jugements sur des réalités objectives.
Henry Maret commence sa réponse en disant : ^< Quand Yves Guyot voit le pot de fer et le pot dé terre se promener ensemble. . . »
Je ne sais si Henry Maret a assisté à ce spectacle ; quant à moi, j'avoue humblement que, n'en ayant ja-
(1) V. dans Les principes de 89^ d'autres arguments d'Henry Maret.,
mais été favorisé, j<». n'ai pu suivre d'un œil bienveillant ni l'un ni l'autre pot.
Mais Henry Maret qui, paraît-il, a été- plus heureux, se sont très ému du sort du pot de terre; et alors que veut-il? que l'Etat proclame l'égalité des pots, en supprimant les pots de fer.
Et si un Etat supprime les pots de fer, n'y aura-t-il pas dans le reste du monde de terribles pots de fer qui feront un beau massacre de vos pots de terre nationaux, ô Henrv Maret!
Faire consister la grandeur et la force d'une natioï dans la fragilité des pots, c*est une conception égalitaire, mais modeste à coup sûr.
Dans sa sympathie pour les pots de terre, Henry Maret demande que l'Etat commence par casser les pots de fer, au nom de la liberté.
Mais Henry Maret nous apprend qu'il n'est libéral qu'à une condition : c'est qu'on le ramène à l'état de naturo do Rousseau, qui n'a jamais existé que dans son imagination, comme le démontrent tous les travaux anthropologiques.
Du moment qu'Henry Maret est dans un pays ^ù existent des lois, et où se trouvent des gendarmes, il no voit pas de limites à l'intervention de l'Etat : et il lui impose le devoir de supprimer les riches.
Quelle différence y a-t-il entre un homme armé d^un fort bâton (état de nature) et un homme armé de forts millions (état social)? Tous deux sont mes maîtres, et s'ils sont lil)ros tous deux, moi, je ne suis pas plus libre d'un côté que de l'autre.
Donc, pour assurer la liberté de celui qui n'a pas de millions, il faut supprimer celui qui en a. Mais que fait Maret de celui qui n'a que des centaines de mille