‹ La comédie socialisteChapitre 84 sur 199 · M. HENRY MARET · texte numérisé non relu

M. HENRY MARET

francs? Est-ce qu'il faut les lui laisser? Cependant à l'égard de celui qui n'a rien, il est un pot de fer. Et celui qui n'a que des dizaines de mille francs? Henry Maret va-t-il les lui laisser? C'est un pot de fer aussi^ 9t la plupart des patrons ont commencé avec des dizaines et même des unités de milliers de francs. Jusju'où s'étend l'expropriation Henry Maret? Quand le pot de terre devient-il pot de fer?

Pour un communiste, la réponse serait facile : mais Henry Maret ne veut pas être communiste :

Nous entendons réserver la propriété, fruil du Iravail personnel, et n'en voulons qu'à la propriété, fruit du travail d'autrui, laquelle est un vol.

Eh bien! mon cher Maret, je suppose que votre vœu soit réalisé. Vous êtes chargé de le mettre en pratique.

Un brave homme, qui croit remplir les conditions que vous indiquez, vient vous trouver.

M. Henry Maret. — Alors, vous êtes candidat propriétaire?

Le candidat propriétaire. — Oui.

M. Henry Maret. — Et pour combien?

Le candidat propriétaire. — Pour cinq cents francs-

M. Henry Maret. — Je n'ai pas d'objection contre la somme. Elle est modeste. Cependant vous devez justifier qu'elle ne vous vient pas d'héritages et qu'elle n'est pas « le fruit du travail d'autrui ».

Le candidat propriétaire. — Comment?

M. Henry Maret. — Prouvez-moi qu'elle, est exclusivement due à votre travail.

Le candidat propriétaire. — Oui, les vingt premiers francs, je les ai économisés sur motvs^V^vt^.

M. Henry Mabet. — Bien. Et après"?

Le candidat propriétaire. — Puis je les ai placés à la caisse d'épargne, ainsi que les autres.

M. Henry Maret. — Et vous avez touché des intérêts?

Le candidat propriétaire. — Oui.

M. Henry Maret. — Ah! permettez. Je ne peux pas admettre cela. Ces intérêts ne sont pas le fruit de votre travail. Vous ne pouvez en être légitimement propriétaire. Il faut les rendre.

Le candidat propriétaire. — Et moi qui les avais, cumulés !

M. Henry Maret. — Raison de plus.

Le candidat propriétaire. — Et à qui les rendre?

M. Henry Maret, avec sévérité, — Aux pots de terre !

Si Henry Maret, dès cette première velléité de « capitalisme », comme on dit à la salle Favié, n'arrête pas le candidat propriétaire, son système s'écroule.

Mais cela ne suffit pas. Je suppose que le candidat propriétaire a bien prouvé que ses épargnes ne venaient que du fruit de son travail. Le voilà titularisé. Lui permettez-vous, ô Maret, de toucher des revenus de sa propriété? Si vous ne le lui permettez pas, sa propriété devient une charge inutile. Si vous le lui permettez, toutes les épargnes qu'il fera et toutes les propriétés qu'il pourra acquérir par la suite « seront le fruit du travail d'autrui, lequel est un vol ».

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