UN FAUX SOCIALISTE
J'ai reçu la lettre suivante d'un garçon coiffeur :
22 septembre 1893.
« Monsieur,
« Que M. Chauvin renonce au rasoir et au peigne pour se consacrer complètement à ses électeurs, je crois qu'il* a raison. Mais voici le point qui me blesse :
« En voyant patronner M. Chauvin par les socialistes, nos amis, je croyais que, représentant la lutte ^e classes, il était un ouvrier comme moi, un simple feiseur d'extras, réservant tous les jours de la se- Dïaine, sauf le samedi, à faire de la politique.
« Mais la nouvelle de la vente de son fonds m'ap- Prend qu'il n'est pas ouvrier, mais patron. Or, qui dit patron, dit bourgeois, exploiteur et capitaliste. S'il l'eprésente la lutte de classes, il est dans le corps auquel le quatrième Etat doit donner assau^. Cet assiégeant est du côté des assiégés. C'est un ennemi.
« Il vient de le prouver complètement. Ce fonds, <lans lequel il employait le surtravail de ses ouvriers, comme dit Karl Marx, la sueur du peuple, comm^ dirait Ooris Hugues, il aurait pu le ^livrer auiLÎt^^^^^X.
amis, à un syndicat de coiffeurs, aux extras de la : Bourse du travail. Non. Il le cède à un M. Dufoar, un ■ autre patron, un autre capitaliste présent ou futur, an ; autre exploiteur. Tas de bourgeois, va! i
« Chauvin est un traître ! Peuplé, on te trompe, et puisque Chauvin vend son fonds, c'est un vendu! A bas Chauvin !
« Voilà mon opinion.
« Un garçon coiffeur. »
Depuis, M. Chauvin est de plus en plus patron. H exploite une marque de savon.
Il ferait fortune si son savon pouvait servir à nettoyer le moral et Tintelligence des socialistes.