‹ La comédienneChapitre 25 sur 48 · POUR UN BRACELET, POUR UNE ROBE, POUR UN PRINCE · texte numérisé non relu

POUR UN BRACELET, POUR UNE ROBE, POUR UN PRINCE

N a VU beaucoup de femmes se brouiller pour un homme. Esther se brouilla avec deux amies pour un bracelet et pour une robe. La première comédienne du monde avait tous les orgueils : si elle était dans un salon, elle ne voulait pas qu'une femme fût mieux habillée; si elle portait un bijou, elle ne voulait pas qu'une autre en portât un pareil.

La comtesse de L — , enthousiasmée d'une robe à traîne qui habillait Rachel au temps des robes courtes, envoya chez elle sa couturière sous prétexte de lui vendre des étoffes d'Orient. Naturellement, on causa chiffons. Esther ne fit pas de façon pour montrer les siens. La couturière comprit du premier coup le dessin de la robe jalousée, si bien qu'elle en fit une toute pareille à la com-

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tesse. Ceci se passait dans le haut demi-monde, presque dans le monde.

Un prince étranger donne un grand souper en l'honneur d'Esther. La comtesse y est invitée. Elle arrive la première, parce que la comédienne voulait toujours arriver la dernière. Du premier regard, elle voit sa robe. Un peu plus elle se trouverait mal. Elle avertit l'amphitryon qu'elle ne soupera pas. On lui a volé son bien, elle se sent démodée, elle frappe du pied et disparaît. Nul ne comprend, sinon la comtesse, qui ne croyait pas que ce fût si tragique. Quand la comtesse se présenta chez Esther, elle ne fut pas reçue.

— Vous lui direz qu'elle est trop mal habillée. La duègue, qui n'a peur de rien, répète le mot

à la dame, laquelle s'écrie :

— Est-ce parce que je m'habille comme elle? Autre histoire pour le bracelet.

Esther voulait enrouler son bras d'un serp'

à la mode antique ; elle va chez Froment-Meurice pour le commander. Que trouve-t-elle ? Le serpent qu'elle avait rêvé.

— Pour qui ce serpent.^

— C'est pour la marquise de Païva.

C'est son amie, elle va chez elle et lui dit

— Laissez-moi mon serpent.

Pour un bracelet, pour un prince i6g

Ici la comédie tourne au drame, parce que les ieux volontés les plus aciérées du siècle sont en [présence. C'est sur ces deux caractères altiers ilju'on pourrait écrire la théorie de la volonté. jl Peut-être se seraient-ils brisés l'un l'autre, en luttant face à face. Ils se sont détournés. Et pourquoi? Pour le serpent qui perdit Eve.

Ces dames s'étaient connues par je ne sais ^ )lus quelle rencontre. L'étrangère avait enseigné i la comédienne, non pas l'art des représentaions théâtrales, mais l'art de la représentation nondaine. Nulle femme du faubourg St-Germain le savait mieux recevoir son monde par la grâce souveraine et la bonté souriante. Esther prit des feçons de la marquise comme Napoléon en prit le Talma. Jusque-là elle était encore un peu ■aide et un peu aiguë. Sasouplesse s'adoucit jusqu'au charme ; en voyant faire l'étrangère elle deiVint la maîtresse de maison la plus exquise. ' Mais elle ne porta toujours pas le bracelet qu'elle avait rêvé, parce que son amie le portait j ivant elle.

i . Quand la marquise se fut montrée aux Italiens avec le serpent, levant vingt fois son bras ; pour qu'on vît bien les grands yeux de diamants

jfJe la bête symbolique, elle envoya le bijou à

ijo La schne et les coulisses

Esther; mais Esther le lui retourna par le mên courrier avec ces mots : C'est hier qu'il falliM me le donner.

Les princes de sang sont aussi des bijoux poi ces dames, puisqu'elles peuvent s'en parer quar elles ne les aiment pas. Mais le titre de prince i gâte rien à l'amour. Esther aimait un seignei bien connu à la cour et au théâtre; il adorait E ther; cette passion menaçait de durer longtemp mais un soir elle jouait Hermione. Le prince i cache pas assez dans sa baignoire une conif dienne du même théâtre qui voulait doublerilj grande camarade. Hermione envoie une amba sadrice pour ordonner au prince de venir tout c suite dans la coulisse. Le prince ne comp que les ordres qu'il donne ; il demeure dan: baignoire jusqu'à la fin de la représentati mais il est le premier à se présenter dans la l d'Esther.

— Monseigneur, vous vous trompez de poi la loge delà servante de Molière est tout à o on va vous y conduire.

Mais les femmes, qui ne pardonnent pas femmes, pardonnent aux hommes. Esther se damna pourtant pendant quelques jours au plice d'Hermione.

Pour un bracelet, pour un prince ij i

\ Elle rencontra le prince chez la comédienne et iî'en alla avec lui après avoir écrit ce mot sur un album où il est encore :

I « Vous savez Molière par cœur; je dis comme llui : On prend son bien où on le trouve. » i Esther était curieuse de tous les spectacles. iUn soir, un de ses amis, — teinté d'amour, — [se disant jaloux, comme si c'eût été son droit, ■quoiqu'il ne fût qu'un amoureux à distance, chercha à savoir où elle allait en quittant le specjtacle, car elle avait dit à Valia qu'elle l'a retroujverait vers cinq heures du matin.

î — Où allez-vous?

— Je ne sais pas.

— Voulez-vous que j'aille avec vous ?

— Jamais, vous auriez peur.

( — Mais enfin.

I — Ceci ne vous regarde pas.

Elle descend, elle se jette dans son coupé et dit adieu de la main. L'amoureux donne un louis à un cocher de fiacre en lui disant.

— Suivons cette dame.

■ Ce fut un vrai voyage. On s'arrêta ici, on s'arrêta plus loin. Enfin, vers quatre heures et demie le coupé dépassait la barrière Saint-Jacques, suivi de deux autres voitures de maître.

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— Que diable va-t-elle faire par-là?

Tout à coup il voit un échafaud dressé. Esther descend de voiture et monte dans un cabaret où elle avait retenu une fenêtre, c'est-à-dire une avant-scène. Sa sœur était déjà à la fenêtre. La comédienne voulait étudier les affres de la mort sur la figure d'un chimiste qui avait empoisonné sa femme à petites doses. C'était en 1850; quelques-uns se rappellent encore l'histoire. Le chimiste fut le premier guillotiné après la Révolution de 1848; la machine fonctionnait si mal que le bourreau s'y prit à trois fois, ce qui fit retourner au patient impatienté la tête sous le couteau.

J'étais là, ce fut horrible! Esther ne voulut pas voir deux fois ce cinquième acte de drame en action. Mais combien d'autres spectacles elle voulut voir! Les descentes de la Courtille, les bals de l'Opéra, les filles de Saint-Lazare, les folles de Bicêtre, les crânes des catacombes. En même temps on ne pouvait rien lui proposer de plus agréable qu'une promenade au Louvre, pour les tableaux ou les statues. Ses curiositésétaient toujours celles de l'étude. En sa première jeunesse, elle avait beaucoup contemplé les vases antiques, où elle retrouvait son idéal

Rhéa 1 7 J-

dans les figures peintes par tant de merveilleux

anonymes.

Quoiqu'elle fût toujours une gamine de Paris,

elle ne prenait qu'un vague plaisir aux représen- ■ tations des théâtres pour rire, à moins qu'un

véritable comique ne fût en scène. Elle s'est

toujours imaginé que c'était l'acteur qui faisait ' la pièce : l'auteur indiquait les situations, mais

celui qui les représentait leur donnait l'âme et

la vie. Quand on n'avait pas l'air assez enthou- • siaste de son jeu, elle disait :

' — Eh bien! mes enfants, allez lire Corneille ' et Racine dans le silence du cabinet. Et on n'y allait pas.

RHEA

L était en ce temps-là, à Paris, une fille de beauté idéale, venue je ne sais d'où. Je ne dirai pas son nom. Ce nom, du reste,

elle l'avait masqué par un nom plus euphonique.

Je me contenterai de la nommer Rhéa, pour

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rappeler quelque peu son dernier baptême. Elle répandait un charme si doux qu'Esther se passionna pour sa beauté. On représenta à la comédienne que Rhéa n'était qu'une courtisane; mais elle répondit à ses amis que pour elle la beauté était la marque de toutes les noblesses. Naturellement elle rappela la royauté des courtisanes antiques. D'ailleurs Esther était de celles qui n'écoutent qu'elles-mêmes et qui ne veulent jamais avoir tort.

Rhéa devint donc son amie de toutes les heures. Elle l'imposa même quand on l'invitait à dîner et à souper. On ne faisait pas de façons, car Rhéa avait toutes les vertus hormis la vertu, comme ceux qui ont tous les honneurs, hormis l'honneur.

Il y avait bien d'ailleurs quelques points de ressemblance entre ces deux femmes. C'était le même sourire magique, le même corps svelte et serpentant et les mêmes attitudes de déesse. Quand on était avec l'une, on aurait voulu être avec l'autre. Dans le pays des Mormons ou dans le pays des Turcs, on les aurait prises toutes les deux.

Il n'y avait donc pas de tableau plus attrayant que celui d'Esther et de Rhéa, deux symphonies

Rhéa 175

perdues dans un duo. Quand elles dînaient dans le haut demi-monde, on ne manquait pas de les mettre loin l'une de l'autre pour leur faire une niche; mais on était bien sûr qu'au dessert elles s'arrangeraient toujours pour être ensemble. Jusque-là, elles se disaient mille choses adorables par la télégraphie des regards, tout en charmant les convives par leur esprit railleur et imprévu. On s'accoutuma bien vite à cette amitié à la vie à la mort, qui s'est pourtant trahie une fois.

En ce temps-là Sapho ressuscita dans Paris, ne sachant pas si elle aimait Phaon ou Erinne. Pourquoi ne pas le dire? Ce fut des hautes régions de l'intelligence que descendirent les voluptés inavouées. Il y avait bien longtemps que Sapho dormait sous le rocher de Leucade quand on réveilla ses passions. Erinne, Myrrha, Chloé, toutes ces nymphes éperdues se dessinèrent dans le demi-jour des chambres à coucher comme des fresques renouvelées des Grecs, comme des basreliefs divinisés par la main d'un Clodion.

Naturellement on décida que Rhéa et Esther apprenaient par cœur les poésies de Sapho. Mais qui n'accusait-on pas alors de se passionner à la poésie antique! Un jour, les deux amies faillirent se brouiller pour une chose plus sérieuse.

it6 La scèue et les coulisses

Le bruit se répandit dans les clubs que la sublime Esther était descendue de son piédestal comn>e tant d'autres pour courir les aventures nocturnes, et qu'on l'avait reconnue le lendemain matin, presque au lever de l'aurore, sortant comme Messaline d'une maison inavouée, celle deM'"° de Planés. Cette dépaysée venue d'Espagne pour le bonheur des Parisiens de haute lignée, — voilà le plaisir, messieurs, voilà le plaisir, mesdames! — avait l'art de marier les gens sans leur donner l'ennui de passer par le discours de M. le Maire. Pour un billet de mille francs on s'épousait aujourd'hui et on divorçait demain.

Un beau soir, dans un souper, un joli seigneur étranger s'attribua l'honneur d'avoir, cette nuit-là, fait répéter son rôle à la grande artiste, qui, selon lui, n'avait jamais été si éloquente. Aussi avait-il voulu lui payer la représentation comme au Théâtre-Français, c'est-à-dire trois cents louis, plus deux cents louis pour les feux; il trouva que c'était pour rien, quoique la comédienne eût joué avec un masque.

Tout le monde se promit d'aller faire un tour chez la marchande de plaisir. On n'y rencontrait d'ailleurs que la très bonne compagnie.

Je me hâte de dire que le seigneur étranger

Rhéa 1 -jj

s'était mis le doigt dans l'œil. Il avait payé cinq cents louis une pure illusion. M""* de Planés n'en faisait pas d'autres. Elle aVait sous la main quelques demoiselles bien stylées, quelques femmes comme il faut, tombées dans le troisième dessous, qui consentaient à jouer le rôle de telle ou telle célébrité.

De même qu'Esther jouait beaucoup de rôles à la Comédie-Française, Fihéa jouait beaucoup de rôles chez M™* de Planés. Elle faisait cela inconsciemment, ne se doutant pas des drames qu'elle préparait.

C'est toujours l'histoire d'Armande Bejart; c'est toujours l'histoire du Collier de la Reine.

Or, à ce souper où le seigneur étranger parlait de sa rencontre nocturne avec cette femme masquée, qui n'était autre, disait-il, que la célèbre Esther, une femme se leva en brisant son verre.

C'était Rhéa.

On s'étonna de lui voir prendre une figure superbe, la vraie figure d'Esther dans ses révoltes.

— Vous en avez menti ! cria-t-elle au beau parleur.

Tous les regards, qui s'étaient portés sur Rhéa, se portèrent sur l'étranger.

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— Madame, je n'ai jamais menti, dit-il en brisant son verre à son tour.

Alors Rhéa, d'une voix tragique :

— Cette femme, ce n'était pas Esther, c'était moi!

Grande émotion parmi les soupeurs. Tout le monde s'était levé. Rhéa reprit la parole.

— Vous m'aviez juré le secret, vous venez de le trahir pour votre vanité : j'ai le droit de dire la vérité.

L'étranger eut le bon esprit de prendre gaiement son parti, d'avoir payé l'illusion pour la réalité.

On ne saurait dire la fureur d'Hermione en apprenant cette mésaventure.

Quoi! Rhéa l'avait trahie? Quoi! un homme avait osé dire tout haut dans un souper qu'il s'était rencontré avec la grande comédienne chez une marchande de plaisirs ! La voilà qui part en guerre pour se venger. Pareille à la femme de Molière, elle veut que le fat vienne lui faire des excuses dans sa loge, quand tous ses amis seront là.

Elle envoie deux témoins en disant qu'elle se battra plutôt que de céder le pas devant cet outrage.

Les témoins sont constitués. C'est un prince

Va lia Jjç

et un duc. Ils provoquent l'étranger, qui répond d'assez haut qu'il ne peut rien changer à ce qui s'est passé. Il a été de bonne foi, puisqu'il a payé. C'est M"® Rhéa qui est seule coupable. II refuse le duel avec le duc comme avec le prince. II ne l'accepte qu'avec M"* Esther. Pendant tout un jour le duel est décidé. Elle a la main ferme au pistolet. Elle s'évertue à manier l'épée.

Mais comment se vengera-t-elle de Rhéa? Rhéa accourt toute éplorée et lui jure que M™® de Planés seule est coupable. Pour elle, Rhéa, elle a mis un masque, mais sans jouer un autre rôle que celui de courtisane.

Esther fut-elle bien convaincue > Je ne sais pas ; mais elle n'eut pas le courage de briser. Rhéa se jeta dans ses bras. Valia ouvrit la porte et leur dit :

— : Je savais bien que c'était à la vie à la mort.

Rhéa mourut de chagrin quand mourut Esther.

VALIA.

STHER triomphait à peine d'un obstacle ^j qu'elle en rencontrait un autre. Il en est qui arrivent au succès soulevées par les vagues

La scène et les coulisses

d'une destinée généreuse. Esther n'y arriva qu'à force de luttes héroïques.

Elle s'écriait souvent :

— Je suis vaincue !

Et alors il fallait que Valia fut là, parce que cette réjouie la relevait de ses noires tristesses.

Valia courait les aventures, mais la mouche du théâtre l'avait piquée. Elle voulait se relever dans l'opinion, elle qui n'était qu'une fille de marbre, jusqu'au piédestal de bronze de la scène.

Qui n'a aspiré à être comédienne parmi toutes celles qui ont joué la comédie de l'amour? Les unes pour être mieux en scène, les autres pour se distraire, celle-ci pour se consoler, celle-là parce que le théâtre donne des émotions suprêmes !

Valia cherchait à se mettre en scène pour accroître ses suivants ; mais elle débuta aussi pour l'amour du théâtre. Le feu qui brûlait Esther et ses autres sœurs, la brûla aussi. Elle débuta à l'Odéon, qu'on appelle le Théâtre-Français souvent par antiphrase, puisqu'il a révélé beaucoup de poètes et de comédiens à qui la maison de Molière avait refusé la porte. Elle joua la comédie et le drame en fille intelligente

Valta

:jui joue tour à tour de la raillerie et de l'émotion. Quoiqu'elle fût belle en scène, elle n'eut jamais ju'un demi-succès, parce qu'on eut le tort de ,)enser au génie de sa sœur. Il en fut ainsi d'ailifeurs pour les trois autres sœurs d'Esther qui :taient vraiment douées du génie dramatique. Mais on fut plus juste pour celles-ci à cause de a dignité de leur vie. •

i De rOdéon elle passa au Théâtre-Français où Mie ne joua pas mal du tout Célimène. On fut • urpris ce jour-là de la trouver si grande dame. ^>'est qu'elle avait, comme Esther, l'impertinence ■trincière.

C'était d'ailleurs la meilleure fille du monde, l'une gaieté inépuisable, soupeuse vaillante ■ntre toutes; comme on disait déjà alors, on ne .'embêtait pas avec elle. Esther fut toujours son imie, quoique Valia lui jouât quelques mauvais 'ours. C'était une vieille habitude de cœur. On le répudie jamais celles qu'on a aimées en ses eunes années. On rouvre sans cesse avec un battement de cœur les premières pages de sa '■ie. Les figures qui sont restées debout ont la i'onsécration du temps.

f^ Aussi Esther voulait que Valia fût toujours •à, dans les grands jours, quand elle affrontait

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un rôle nouveau et surtout dans une pièce noi velle.

Valia m'a montré tout un volume de lettre charmantes d'Esther qui se consolait de l'ai sence de sa sœur en lui écrivant.

En voici une qu'elle lui envoyait au temps c ses débuts, à Dieppe, où Valia venait de part pour les bains de mer (29 août 1838).

On dit que le bien vient en dormant; voilà c que je n'ai jamais vu; j'ai beau dormir^ je m réveille ni plus riche ni plus avancée. Que a fois je crois marcher en avant quand je march en arrière. Dans quel découragement je tombera\ si je n'étais pas si bien trempée. 1° Je chante an toi, je n'en deviens pas plus riche , on me jeti des pommes vertes pour m'allonger les denti 2° Autre chanson, le bonhomme Choron me pren à son école croyant qu'il va faire de moi un ang pour chanter des cantiques. Chez lui, il n'y même pas de pommes vertes. y° Après avoi chanté des cantiques, je vais chez un saint homm qui s'appelle Saint-Aulaire et qui m'inculqu l'éloquence des fortes en gueule. 4° Je joue ai Théâtre-Molière {il ne faut pas confondre ave la maison de Molière) , les servantes dudit Molière; là on ne me jette pas de pommes vertes, mai

Valta i83

■>'•< pommes cuites. Heureusement je m'indigne et

s superbe dans Hermione. j" On me fourre au

' .onservatoire oii on ne me conserve pas, puis-

ju'on m' envoie vendre des fleurs. 6° Je perds pied

<ur le théâtre, on me racoquille par la vertu de

V"'^' Desmouseaux, qui est un peu moins bête que

'es hommes, y" Cela ne me mène pas plus loin

]uc la salle Chantereine ; plus je rais et plus je

l'.vance pas. Il y a pourtant là un homme qui

crier miracle : ce bon Poirson, qui m'ouvre

to portes du Gymnase. 8° C'est un traquenard

ic ma destinée : celle bonbonnière n'est pas bonne

■■ moi, je ne sais pas faire la bouche en cœur

< avoir mangé du chocolat praliné. On dé-

que je détonne parce que je ne parle pas

me une flûte, c/ Le directeur du Théâtre-

mçais me voit par hasard et se souvient de ses

nesses, il m'engage au Théâtre-Français.

'c remonte sur ma bête. 10° Patatras ! me voilà

es quatre fers en l'air, il n'y a pas un chat dans

e Monument, je joue pour les souris et pour les

raignées. Tu vois que je sais compter jusqu'à

i.v, mais je ne vais pas plus loin. Ècris-moi

'lie je suis sublime ou bien je cours te rejoindre

l je me jette à la mer pour en finir, car f en ai

siez de nager entre deux eaux.

184 La scène et les coulisses

f espère bien que tu vas revenir four mes autres représentations. Tu me donneras du courage, non pas contre les spectateurs qui sont pour moi, mais contre ces messieurs et ces dames de la Maison qui me regardent comme une bêtt curieuse. Ta petite Esther qui t'embrasse.

Valia adorait sa sœur, mais elle était si occupée! Elle avait à ses trousses des seigneurs de toutes les qualités, entre autres un ministre e1 un maréchal de France. Quand venait le ministre, si le maréchal était là, on disait : Madame esi avec son notaire! Quand venait le maréchal, c'était plus grave, on disait : Madame est en conférence avec son avoué. Or, le maréchal qui avaii toutes les peines du monde à payer ses dettes rebroussait chemin sans se le faire dire deuj fois.

Tout le monde lui a connu un jeune souspréfet de l'Empire, célèbre par ses bonnes fortunes : il avait l'art de lui être agréable par sa voix de baryton, à ce point qu'elle lui disait, à la première chanson : je te ferai nommer souspréfet à Saint-Denis ; à la deuxi ème chanson : je te ferai nommer préfet ; à la troisième chanson; je te ferai nommer préfet de la Seine !

La pomme i85

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