LES SURPRISES DU CŒUR
STHER ne se contentait pas de continue les surprises de l'amour de Marivaux; so plus grand bonheur était de préparer les sur prises du cœur. Lili avait été engagée au Théâtn Français non pas seulement parce qu'elle éta la sœur d'Esther, mais parce qu'elle était elle même douée du génie de la scène. Si elle ava moins de force que la grande comédienne ell avait plus d'émotion. Elle emportait moins l'es prit, elle touchait plus le cœur. Quand Eslhe jouait P//èire, elle donnait le grand spectacle de figures d'Eschyle, mais Lili représentait Arici avec une figure toute imprégnée d'amour : c'éta bien la grâce antique des éplorées. Son vrc triomphe fut dans le rôle de la Catarina Braga dini créé par Victor Hugo. Ce fut encore le fa meux duel de la femme et de la maîtresse d tyran de Padoue. Toutes les deux étaient victo rieuses. Elles rappelèrent les triomphes de Mar et de Dorval. Et pourtant ni l'une ni l'autr n'avait été à cette grande école. Ce fut un vraie fête pour les Parisiens de voir ainsi le
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eux sœurs donner une âme aux héroïnes du rand poète.
On soupa chez Victor Hugo: gai souper; mais Hit à coup Esther s'écria : Treize! Elle avait jompté les convives. Jules Janin a écrit cette jiste légende où tous les convives du grand |Oéte furent sitôt exilés ou couchés dans le pmbeau, moins Girardin et celui qui écrit ces gnes. En effet, combien qui sont partis presque assitôt ! Combien qui n'ont pas vécu leur ic ! Lili , M'"^ Arsène Houssaye , M'"« Emile e Girardin, le comte d'Orsay, Pradier, Gérard s Nerval, Alfred de Musset. Toute la famille S Victor Hugo proscrite ou expatriée. Enfin sther qui elle-même devait mourir en pleine unesse.
Au second souper qui suivit la représentation 'Angelo, on ne fut plus treize. Esther avait invité directeur, sa sœur Valia, sa sœur Lili, Jules in et Théophile Gautier. Nous pensions natument que nous allions chez elle ; mais elle i% dit : « C'est chez Lili. »
^On était au dernier acte, il y eut comme l'avant- ?ille un rappel enthousiaste, tout aussi accenjé pour Lili que pour Esther.
-- Ma chère enfant, dit la grande comédienne
■2o8 La scène et les coulisses
en embrassant sa sœur, tu as joué mieux qu( moi, je veux t'en récompenser, nous allons allai souper chez toi.
— Chez moi! tu veux dire chez ma mère? C'est quejusque-làLili demeurait toujours che;
M">« Bonheur avec ses deux plus jeunes sœurs.
— Non, reprit Esther, chez toi, tu ne sais pa; où. Tiens, voici la clef.
— Tu te moques ! tu veux parler de la clef di podestat Angelo.
— Mais non, la clef de ton chez toi ! Puisque ti ne sais pas le chemin, je vais t'y conduire.
On descendit du théâtre, Lili monta dans l coupé d'Esther.
Sept ou huit minutes après, on s'arrêtait ru ^ogador.
Lili paraissait très inquiète, croyant que c'étai une moquerie, quoique sa sœur lui eiJt toujour été très douce.
On entre dans une maison.
— Tu ne reconnais pas ton escalier.
— Tu vas me faire croire que nous répét une comédie que je ne sais pas encore.
On arrive au troisième étage. H
— Ouvre ta porte, puisque tu as la clé, ai Esther.
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A peine Lili a-t-elle mis la clef dans la serrure que la porte s'ouvre : l'antichambre est tout illuminé ; une femme de chambre accorte et rieuse dit quelques mots de bienvenue; on passe dans iun salon bien plus illuminé encore, meublé dans le goût du jour, avec le sentiment artistique ; la pendule, les candélabresyles chinoiseries, tout a été choisi de main de maître. Autre surprise, tin portrait d'Esther sourit à un portrait de Lili, deux adorables pastels de MuUer.
— Ce n'est pas tout, dit la fée.
Et elle conduit sa sœur avec une baguette
magique dans une chambre à coucher, comme pn rêvent les jeunes filles. Là, c'est le demi-jour; deux bougie^ roses à la cheminée, un lit de milieu, laqué rose et blanc, sous des rideaux couleur bleu de ciel.
Lili va se trouver mal, un peu plus il faudrait la coucher : elle pleure de vraies larmes et se jette dans les bras de sa sœur.
— Ce n'est pas tout, dit Esther.
• Elle entraîne Lili dans un cabinet de toilette, où l'on voit encore la main de l'artiste jusque dans V indispensable d'une forme oblongue en vieux sèvres.
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— Ce n'est pas le moment, ditEsther en riant,: regarde plutôt ton linge.
Elle ouvre une armoire pleine de merveilles, toute parfumée d'iris. Un peu plus Lili s'y arrêterait pour essayer ses chemises de nuit, elle, qui jusque-là avait fait de ses chemises de jour ses chemises de nuit.
— Ce n'est pas tout, dit encore Esther.
On passa dans la cuisine toute lumineuse de beaux cuivres à la flamande et à la vénitienne. Et la cuisine exhalait une capiteuse senteur de perdreaux truffés qui avivait la faim. Lili était redevenue rieuse. Elle dit à sa sœur :
— J'espère que ce n'est pas encore tout.
— Tu n'y es pas, il y a du vin à la cave, du bois au grenier. Pour ce qui est du loyer, il est payé pour un an ; si tu n'es pas contente de ton propriétaire, tu me l'enverras.
Nous arrivions alors: on nous fit passer par la culsme pour faire le tour de l'appartement. Tout le monde embrassa Esther, puis Lili, puis Léa, puis la Bergamine, une vrai gamine de Molière que tout le monde aimait.
— N'oublie pas, dit Esther à Lili, que tu fais les honneurs de ta maison.
— A table! Messieurs, dit Lili; ne me sifflez
La mort de Lili 2 / /
tpas, car je ne sais pas encore ce nouveau rôle j dans la comédie de ma sœur.
Le plus charmant souper de comédie I