‹ La comédienneChapitre 39 sur 48 · LA COLOMBE · texte numérisé non relu

LA COLOMBE

Je reviens mourir où il m'a aimé, car il ne m'aime

plus.

N'est-ce pas que c'est joli? Et moi aussi, je suis allée bien loin, bien loin, poursuivant mon rêve qui m'a trahi. Aussi je veux mourir dans le pays où, j'ai été aimée. Mais que retrouverai-je?

Voici l'autre chanson : elle est encore plus triste; mais les Muses ne sont pas gaies en Egypte.

— Oh ! jeune inconnue en robe couleur du temps, pourquoi frappes-tu à cette porte?

— Je viens prendre un joli enfant à sa mère pour le porter au ciel.

— Comment te nommes-tu? Et pourquoi es-tu si pâle?

— Je me nomme la mort et je suis condamnée à vivre. Voilà pourquoi je suis si pâle.

— Pitié pour l'enfant qui sourit au sein de sa mère.

— Ne crains rien, le ciel du prophète est toule lumière.

276 La mort

— O mort ! tu ne sais ce que tu dis. C'est dans un tombeau tout noir que tu coucheras cet enfant.

— C'est le chemin ; mais la tombe s'ouvre sur le Paradis.

Au moins ici, la mort n' est fas représentée sous l'affreuse figure de l'art chrétien. Les Égyptiens se souviennent des Grecs, à moins qu'ils n'aient inspiré les Grecs. J'apprends à écrire l'arabe. Je vous enverrai une autre fois en arabe, dans celle écriture qui est un peu la vôtre, un maouâl de cinq vers : les cinq doigts de la main.

Au fond, la présente n'est à autre fin que de vous dire bonjour et de vous apprendre que je ne vais pas mal du tout. On dit que j'ai toujours la fièvre; mais est-ce que je n'ai pas toujours eu la fièvre. Serrez la main à M. de Saint-Victor. Comme il a bien parlé de moi ! Pour lui, les absents n'ont pas tort. Esther.

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