LE DERNIER ADIEU
UAND Esther était partie pour l'Egypte, M. de La Marche l'avait accompagnée jusqu'au navire qui portait Phèdre et sa fortune, (( selon l'expression de la tragédienne ». En Egypte, Esther écrivit quelques belles lettres à M. de La Marche, mais ce n'était plus qu'une amie détachée de tout souvenir des passions. Elle lui disait : « Quand vous m'aimiez, c'était le corps plus que l'âme; aujourd'hui, je ne suis plus qu'une âme sans corps. »
La vérité, c'est que M. de La Marche l'avait aimée plus encore pour son charmant esprit que pour sa beauté variable.
J'ai dit qu'il était allé l'embrasser à Thèbes, mais il n'avait pu rester avec elle jusqu'au retour en France.
A son départ pour Cannes , il parla d'être du
Le dernier adieu 28j
voyage ; mais, se voyant si malade , elle refusa par un sentiment de coquetterie. Il lui eût été bien doux d'être ainsi accompagnée par l'amitié qui succède à l'amour, mais comment se donner en spectacle dans le prosaïsme d'une maladie impitoyable à des yeux qu'on a tant charmés.
— Non, mon ami, dit-elle tristement, je vous appellerai là-bas.
Quand elle fut au Cannet, pensant toujours à iM. de La Marche, elle essaya de travailler de ses mains, tour à tour glacées ou brûlantes, à le recevoir selon son cœur; elle commença à pavoiser de fleurs tout une chambre au-dessus d'elle; mais elle s'arrêta tout à coup en se regardant dans un miroir.
— Eh bien ! non, il ne faut pas qu'il vienne ! D'ailleurs, depuis quelques jours, cette image
aimée s'effaçait de son âme. Elle ne voyait distinctement que les figures de ses enfants, de sa mère et de ses jeunes sœurs. On part de la famille, on revient à la famille. Les greffes les mieux prises finissent par se détacher de l'arbre, quand il est atteint mortellement.
Esther ne revit donc plus M. de La Marche.
— Si c'est une pénitence, dit-elle, tant mieux.
La tnort