LA PA TRIE DE MIGNON
Dans le bleu pays des verts orangers, Pays où j'ai bu le lait de ma mère, Je vivais gaiement; mais des étrangers M'ont prise un matin pour la vie amére.
Ils m'ont entraînée aux pays brumeux, Moi, le doux grillon qui chantais dans l'âtre , Et, morte de froid, je chantais comme eux, De tristes chansons sur un gai théâtre.
Ah ! que j'ai pleuré mon pays perdu,
Le doux coin du monde où Dieu m'avait mise :
Mais mon cri de mort ne fut entendu
Par aucun des tiens, ô terre promise !
La mort sur ma joue a mis sa pâleur ; Que de fois j'ai dit à ma pauvre harpe Tout mon désespoir, toute ma douleur :
Les pleurs ont souvent lavé mon écharpe !
Enfin j'ai quitté le chemin fatal, Croyant retrouver ma candeur flétrie :
Je reviens. Hélas! le pays natal, C'est le ciel : — le ciel, la seule patrie !
Esther avait à peine fini, quand elle vit, tout près d'elle, sous les arcades, un cercueil en velours noir surchargé de fleurs. Elle ressentit une vive émotion ; sa voi.x mourut sur ses lèvres.
— Vois donc,Valia, ce beau cercueil noir sous ces gerbes de fleurs.
i^ Une étoile qui se lève
— C'est magnifique! dit Valia.
Un peu plus elle eût cueilli une rose.
— Dis-moi, Valia, reprit Esther, est-ce que tu n'es pas comme moi? Il me semble que je suis couchée dans ce cercueil. Embrasse-moi, je crois que je suis morte.
— Es-tu assez bête !
■ Esther se nicha dans les bras de sa sœur, comme si la mort l'eût touchée.
— Écoute, Valia, si je meurs jeune et si tu es riche, tu me donneras un pareil cercueil avec une moisson de violettes et de roses blanches.
Vision de la destinée !
C'est sous la même arcade qu'on verra plus tard le cercueil d'Esther, dernière robe de velours noir, couverte de violettes et de roses blanches.