‹ La comédienneChapitre 5 sur 48 · LA PA TRIE DE MIGNON · texte numérisé non relu

LA PA TRIE DE MIGNON

Dans le bleu pays des verts orangers, Pays où j'ai bu le lait de ma mère, Je vivais gaiement; mais des étrangers M'ont prise un matin pour la vie amére.

Ils m'ont entraînée aux pays brumeux, Moi, le doux grillon qui chantais dans l'âtre , Et, morte de froid, je chantais comme eux, De tristes chansons sur un gai théâtre.

Ah ! que j'ai pleuré mon pays perdu,

Le doux coin du monde où Dieu m'avait mise :

Mais mon cri de mort ne fut entendu

Par aucun des tiens, ô terre promise !

La mort sur ma joue a mis sa pâleur ; Que de fois j'ai dit à ma pauvre harpe Tout mon désespoir, toute ma douleur :

Les pleurs ont souvent lavé mon écharpe !

Enfin j'ai quitté le chemin fatal, Croyant retrouver ma candeur flétrie :

Je reviens. Hélas! le pays natal, C'est le ciel : — le ciel, la seule patrie !

Esther avait à peine fini, quand elle vit, tout près d'elle, sous les arcades, un cercueil en velours noir surchargé de fleurs. Elle ressentit une vive émotion ; sa voi.x mourut sur ses lèvres.

— Vois donc,Valia, ce beau cercueil noir sous ces gerbes de fleurs.

i^ Une étoile qui se lève

— C'est magnifique! dit Valia.

Un peu plus elle eût cueilli une rose.

— Dis-moi, Valia, reprit Esther, est-ce que tu n'es pas comme moi? Il me semble que je suis couchée dans ce cercueil. Embrasse-moi, je crois que je suis morte.

— Es-tu assez bête !

■ Esther se nicha dans les bras de sa sœur, comme si la mort l'eût touchée.

— Écoute, Valia, si je meurs jeune et si tu es riche, tu me donneras un pareil cercueil avec une moisson de violettes et de roses blanches.

Vision de la destinée !

C'est sous la même arcade qu'on verra plus tard le cercueil d'Esther, dernière robe de velours noir, couverte de violettes et de roses blanches.

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